« La justice en France est injuste » : nouveau témoignage depuis la prison pour sans-papiers de Vincennes

Dans un contexte d’état d’urgence sanitaire l’état et la préfecture continuent d’enfermer au CRA de Vincennes, alors qu’un 5ème cas de corona virus est confirmé dans le centre. Compte tenu des mesure d’hygiène inexistante dans le CRA, la totalité des retenu est probablement infecté.

Avant hier (mardi 14), un référé liberté à été fait au tribunal administratif, de la part de quelques associations et avocat.e.s, pour demander la fermeture du centre. La préfecture prétextant faire le test pour le virus à tout le monde et prendre des mesures d’hygiène… a réussis à empêcher la fermeture du centre et la libération des tous les prisonniers.

En gros, le juge du tribunal administratif a décidé que : aucun nouveau prisonnier ne doit être enfermé à Vincennes pendant deux semaines ; les prisonniers qui présentent des symptômes doivent être mis en isolement ; ceux qui sont déjà malades doivent être hospitalisés. Quelle radicalité, quel courage ! Mais ça montre aussi bien que ces trois trucs ne sont pas évidents pour la préf…

Le choix, de la préf comme du tribunal, est donc de continuer l’enfermement malgré le risque énorme pour tout les retenus. En fait, et c’est pas une nouveauté, l’état, les flics et la justice en ont rien à foutre : même pour faire emmener les personnes malade du corona à l’hôpital, les prisonniers sont obligés de foutre le bordel et de mettre la pression collectivement aux keufs !

Les prisonniers sont veners, craignent pour leur vie et n’en peuvent plus de cet enfermement avec, en plus des conditions de merde habituelles, le coronavirus dans le centre. Ci-dessous le témoignage d’un prisonnier sur la situation actuelle dans le centre.

La solidarité avec les prisonniers-ères est aujourd’hui plus importante que jamais. Ne les laissons pas isolé.e.s ! Soutenons leur luttes !

Pour ça, voici des idées de petits trucs à faire malgré le confinement , et quelques messages de solidarité qu’on a reçu 

Et ce samedi 18 à 18h, oublions pas de faire du bruit pour les prisonniers-ères ! 

 

Je suis au 2a depuis le 31 mars, je me suis fait arrêter après m’être rebellé après un contrôle de police près du commissariat du 7ème arrondissement. Je suis marié à une française, je ne sais pas ce que je fais là. Ils m’ont dit que je serai libéré le 22 avril quand je vais passer devant le juge. J’avais déjà été arrêté et mis au CRA de Nice mais j’avais gagné et j’avais été libéré.

Aujourd’hui ils sont venus faire les tests pour savoir si on avait le coronavirus mais j’ai été le seul a refusé de faire le test. Pourquoi ils nous font le test que maintenant ? J’ai refusé car c’est un acte politique. C’est inadmissible qu’ils nous fassent faire le test que maintenant. Nous sommes 27 au 2a mais je suis le seul à avoir refusé. De toute façon il y a déjà eu 3 cas de contamination au 2a, nous avons tous le Corona. Les deux premiers ils les ont amené à l’hôpital mais le 3ème ca fait 4 jours qu’il est tout seul dans une cellule. J’ai parlé à un policier qui m’a dit qu’ils n’étaient pas testés eux aussi. On ne sait pas quoi faire, pourquoi on nous laisse dans le centre de rétention ? Les policiers nous provoquent, la bouffe est périmée, on a pas de gel, pas de savon, rien…

J’ai été en contact au téléphone avec un détenu de Rouen qui m’a raconté ce qu’il s’était passé au Mesnil Amelot. Pourquoi ils n’en parlent pas à la télévision, pourquoi BFM et C news ne parle pas de nous ? Ils ont juste libéré une personne qui était là depuis 3-4 jours. Pourquoi ils nous libèrent pas tous ? Il faut écrire à Macron, qu’il ferme tous les centres de rétention . La justice en France est injuste.

Mise à jour : hier 5 prisonniers ont été libérés du centre, et un prisonnier malade a été hospitalisé.

Fermeture immédiate des CRA.

A bas les CRA, à bas l’enfermement.

Liberté pour Tout.te.s.

« on va faire la grève de la faim, ce soir on mange pas Pas de violence mais on va prendre les couettes et les mettre dehors » / Grève de la faim en cours des prisonniers du CRA de Oissel

Le CRA de Oissel est isolé dans une école de flics au milieu d’une foret à 20 km de Rouen et a 4km de la gare de Oissel. Les prisonniers racontent souvent que c’est l’un des pires à la fois pour la violence des équipes de flics et aussi pour le peu d’aide que fourni l’association humanitaire sensé faire du soutien juridique (France terre d’Asile) qui est à l’intérieur. Le 12 Avril, le lendemain de la révolte au Mesnil-Amelot les retenus de Oissel commencent une grève de la faim pour demander leur liberté !
A Vincennes, Lille, Mesnil-Amelot, Lyon et Oissel toutes les luttes menées par les prisonnier.e.s ces dernières semaines exigent la libération immédiate de tous les prisonnier.e.s et la fermeture de ces prisons pour étranger.e.s.
 
Voici le témoignage d’un prisonnier du CRA de Oissel retranscrit le 12.04 par l’observatoire du CRA de Oissel et que relayons :
 
« J’ai parlé à toutes les personnes, on va faire la grève de la faim, ce soir on mange pas. Pas de violence mais on va prendre les couettes et les mettre dehors. Beaucoup prennent du doliprane ici, on peut pas accepter, c’est dangereux. N’hésitez pas à m’appeler, je suis prêt à parler au nom des autres, rien contre la police mais on veut prendre en compte la crise sanitaire, les policiers n’ont pas le nécessaire, il faut désinfecter ici, la femme de ménage ne fait pas les chambres, les portes, qu’ils désinfectent le téléphone.
 
Le pot de gel, un pot pour 13 personnes ça peut pas durer, si tout le mond een prend, en 1 H c’est fini… On va faire dans les règles, la prefecture nous traite come des bons à rien, trop d’erreurs dans nos dossiers. Tous les jours ma femme risque d’être contaminée à son travail, c’est ma femme je l’aime. Si elle a un problème, mon fils ira chez son grand-père mais je suis son père je veux m’occuper de lui. J’ai payé ma dette, on nous donne pas une chance, faut que je me suicide ou quoi ? On a une petite bouteille d’eau le midi et rien jusqu’au soir, c’est pas normal. J’ai vécu mon adolescence en France, j’ai tous mes repères ici. Soit ils nous libèrent soit on va faire ça dans les régles, partir la tête haute »
 
 
Suite à la révolte au CRA du Mesnil-Amelot, les flics ont décrété qu’il y avait 8 « leaders » qu’ils ont transféré dans d’autres prisons pour sans-papiers. Cinq prisonniers ont été emmenés et isolés au CRA de Lille et trois personnes ont été violemment transféré à Oissel.
 
Le 14 Avril, la grève de la faim continue. Ils ont eu un échange avec FR3 région, ils essaient de faire savoir leur revendications. Un prisonnier raconte commence ca se passe deux jours après le début de la grève, la pression des flics, deux libérations mais trois transferts depuis le CRA de Mesnil-Amelot, toujours pas de nettoyage. Ces derniers jours les tentatives de suicides se sont multipliées.
 
Voici le témoignage d’un prisonnier du CRA de Oissel retranscrit le 14.04 par l’observatoire du CRA de Oissel et que relayons :
 
« Y’a un agent qui parle mal aux retenus comme si on est des chiens, dès que tu parles, il t’agresse…ça crée des tensions.. La femme de ménge, elle avait pas de masque… Ils nous ont tous jeté dehors dans la petite cour, la cour de promenade est toujours fermée, je sais pas pourquoi, y’a des travaux depuis ce matin…
 
Beaucoup de policiers dans le couloir et personne n’a de masque. Franchement je suis mal réveillé, un qui nous parle trop mal, tu lui demandes un truc gentiment, même son regard, il cherche quoi ?… Je lui ai fait comprendre, c’est pas parce que tu as l’uniforme, tu parles tranquille… Je l’ai dit à la journaliste pour ce policier, c’est pas parce qu’il a une matraque, je lui ai dit j’ai pas peur de toi.
 
Deux albanais, ils ont mangé hier, un j’ai pas trop confiance, l’autre 15 mn avant le repas, il est parti voir les agents, il ne se sentait pas bien, avait les mains moites, il est parti voir le médecin et après il a mangé, on l’a cramé…
Au CRA, on est 14, deux ont été libérés. Le ménage, à 10H15 aujourd’hui, pendant 40 mn, ils ont vérifié les chambres, voir si elles sont aux normes, ils ont peur des journalistes, ils corrigent. Depuis vendredi je croisais personne, là ils ont peur, ils viennent, ils corrigent, c’est pas sérieux…On va pas se prendre la tête avec eux, ils prennent des photos eux, peut-être même de nous…
 
Depuis hier, les gens ne mangent plus, c’est bizarre, d’habitude j’suis pas comm’ça, en prison j’étais pas comm’ça, ils me rendent nerveux. Le roumain, il a toujours sa plaie ouverte, un autre albanais voulait faire ça, on l’a calmé, on lui a dit non. Je m’occupe de ceux qui sont engagés dans le mouvement..Y’a un géorgien, il a un traitement à prendre, épilepsie, hépatite C et d’autres maladies, on a parlé jusqu’à 6H du matin, il veut plus prendre son traitement, on lui dit de les prendre, il dit qu’il veut rester comm’ça jusqu’à ce que les pompiers viennent le chercher…La dernière fois il m’a roulé une cigarette, je savais pas qu’il avait une hépatite, il me raconte ses maladies, je savais pas, j’ai fumé derrière lui… Je m’entends bien avec tout le monde, c’est moi qui leur amène les clopes, on se partage tout, il peut transmettre sa maladie aux gens…
 
Pour Mesnil Amelot, les transférés ils ont cru que c’était fermé, en fait on leur a dit le préfet prévoit de fermer. À Mesnil Amelot, ils sont durs les flics, ils ont transporté un mec comme une valise jusqu’au CRA de Lille avec du scotch et un casque…
 
Je passe en appel demain à 9H, mon avocate a tous les documents, le seul probléme mon passeport, à cause de ça il me bloque le juge pourtant y’en a qui sortent sans adresse et sans passeport, le JAP m’a pas laissé sortir pour le faire mon passeport et j’avais tous les papiers…
La dernière fois 40 mn devant le JLD (Juge des liberté et detentions) , mon avocate et moi, on y croyait, elle était souriante la juge et elle m’écoutait… Je venais de faire ma prière, mon nom au haut parleur, « vous restez avec nous…
 
J’ai parlé avec ma femme et mon fils ce matin, ma femme elle est en congés, parfois pendant trois jours comme elle finit trop tard mon fils est avec son grand-père. Les conséquences sur ma femme ça me rend fou, elle va devenir dépressive, elle est seule dans l’appartement, avant en prison, j’avais un iphone , je pouvais les voir et appeler…ça fait un mois et demi que je n’ai pas vu mon petit, il est distant avec moi, ma femme pleure tous les jours, ses collègues la soutiennent. J’en ai marre, la France je me sens plus à ma place, tout ce qu’ils m’ont fait subir…J’étais bon à l’école au Maroc et ma famille ils avaient des moyens… Hier soir, j’ai tout repris dans ma tête, mon dossier est complet… Au TA (Tribunal Administratif), la deuxième fois, le juge il me laissait pas parler et l’avocate m’a dit c’est lui qui décide, ça dépend des juges…
 
Ils ont remis du gel, une grosse bouteille, pas désinfecté le téléphone de la cabine ni les portes, la cour est sale, y’a des mégots et des gobelets partout… Juste un petit passage dans les chambres, et les carreaux, ils étaient marrons, ils les ont nettoyés.. Ils corrigent leurs trucs.
L’infirmière, elle est trop sympa… Le médecin pas aimable…
Personne n’est malade sauf le georgien.. J’ai peur, il est rempli de maladies, il est super gentil, il a 33 ans…
Tout le monde suit le mouvement, ceux qui parlent mal le français, les flics ils les regardent de travers, je tolère pas le manque de respect, on est respectueux, qu’ils nous respectent.
 
Les flics ils disent qu’ils sont enfermés comme nous, surtout les stagiaires de l’école de police, y’a des gens de l’extérieur pour les travaux sans masque et pas de contrôle. L’albanais, il était malade, il ont pris sa température et ils l’ont ramené chez le médecin et il est revenu avec nous, pourquoi ils ne l’isolent pas, ça va un peu aujourd’hui mais on a peur.
 
J’ai fait une connerie c’est vrai, suis arrivé en 2005, y’a eu les révoltes dans les quartiers, Bouna et Zyed, les petits qui sont morts.. j’étais à Argenteuil, j’ai dérapé…
 
Pour soutenir les prisonniers de Oissel continuons de relayer leurs lutte un maximum !

« Y’a pas de test pour le corona, y’a rien du tout »

Au CRA de Vincennes alors qu’un quatrième cas de corona virus est déclaré, l’état continue dans sa logique d’enfermement, sans aucune considération pour la vie des retenues, alors même que les frontières sont fermées. Les prisonniers se sont révoltés ce dimanche 12 avril au soir pour exiger l’hospitalisation de quelqu’un de très malade ayant les symptômes du coronavirus.

 

« Bonjour j’espère que vous allez bien c’est T. je suis au centre de rétention de Vincenne, je vais vous laissez un message, pour hier y’a eu le discours de notre cher président macron, j’espère que vous avez entendu comme moi, sauf si j’ai de la merde dans les oreilles, il à bien dit que les frontière non européenne sont fermées, là jusque là ils nous gardent on sait rien du tout, il nous relâche pas, ils veulent pas nous relâcher. Or les frontière elles sont fermées le président il l’a dit, il l’a dit et tout le monde a entendu.

De deux, on nous a promis, hier on nous à promis qu’on allait avoir les tests pour tout le monde, pour le corona virus, ce matin changement de programme y’a rien du tout, c’est des paroles dans le vent.

On à manger aussi la gamelle, même les rats mangeraient pas ça.

Et puis, j’ai appelé, moi personnellement, le consulat d’algérie, le consul d’algérie qui m’a dit moi je mettrait pas les pieds avant le mois de janvier, et encore, au centre de rétention.

Moi j’ai demander au consul qu’il me fasse un laisser passer, et je leur ai même demandé que je paye le billet pour rentrer chez moi. Il m’ont dit « Non c’est pas possible. » E Lui-même le consul il m’a confirmé que les frontières elles sont fermées, il m’a dit vous inquiété pas quand vous allez être relâché, ils peuvent rien faire. Et ça fait là il nous traite comme des moins que rien, et la bouffe c’est la merde.

Le consul il m’a dit, comme je vous l’ait dit encore une fois encore une fois je précise, le consul il m’a dit personnellement il à peur de venir ici il viendra pas. Je lui demandé si il peux faire quelque chose pour moi, je lui est donné le nom de ma famille, mon adresse à Alger, je suis capable même de payer mon billet. Il m’a dit non ça marche pas comme ça, je viendrais jamais jusqu’à avant le mois de janvier et même si je viens je vous ferais pas de laisser passez, les mecs qui vivent en Europe le laisser passer pour rentrer à Alger. Et sans laissez passez ils peuvent pas nous expulser.

Et puis il nous à dit de demander, il m’a donné un numéro de téléphone que malheureusement j’ai perdu. Comme quoi il pouvais faire un papier, un papier pour qu’il nous relâche parce qu’ils nous retienne pour rien du tout. Maintenant on comprend rien du tout.

Je vous redit y’a pas de test pour le corona, y’a rien du tout, on nous à promis ça hier, ce matin changement de programme y’a pas de test pour tout le monde et en plus y’a un 4ème cas ils l’ont embarqué ce matin, c’est un afghan. »

En solidarité avec les prisonniers enfermés au Mesnil-Amelot continuons d’harceler les préfectures et d’exiger la fermeture de toutes les prisons !