Situation au CRA de Lille : photos et témoignages

Au CRA de Lille, ils ne sont plus que 8, regroupés dans un
bâtiment. La moitié d’entre eux sont passés directement de la prison au CRA. Parmi eux, deux prisonniers racontent la situation à l’intérieur : les insultes, les tabassages et surtout l’incompréhension de laisser le centre ouvert et de les garder enfermés.

Mais aussi les conditions d’hygiène désastreuses, comme le confirment des photos sorties du centre. Enfermer et laisser des gens enfermés dans ces prisons est, d’autant plus en ce moment d’épidémie, un choix politique : les préfectures et l’Etat ont décidé de “courir le risque” de faire créver des sans-papiers. Ripostons, soyons solidaires avec les prisonniers-ères !

“Nous on est juste des roumains madame, on veut partir de notre propre volonté. On ne veut pas rester en France. Mais le problème là avec le virus, il n’y a pas d’avions, c’est fermé. Donc je ne comprends pas, ici on est 8 personnes.

Aujourd’hui ils nous ont changé de secteur. Ils nous emmenés dans un secteur entre guillemets “propre”, mais les douches sont sales, il y a de l’eau partout. C’est crade ici. Je vois par terre il y a des mégots. Devant le centre c’est propre. Mais nous là où on vit c’est pas propre. Ca veut dire qu’on a aucune garanties sur notre santé.

La dame qui s’occupe du magasin, on lui a demandé si il y avait un coca ou un jus d’orange. Elle nous a dit nous on fait pas les courses comme ça comme partout, ils parlent avec nous comme des chiens. En plus le tour d’aujourd’hui, les policiers qui sont ici, ils nous ont très mal traités.

Après moi j’ai demandé le commandant, j’ai parlé avec lui et je lui ai expliqué le comportement des policiers de ce matin. Il a répondu que ça c’était la France, que si cela ne nous convenait pas, il fallait ne pas venir en France. Je lui ai dit “mais pourquoi vous nous parlez comme des chiens ?”, nous on vous respecte, donc on vous demande le respect.

Ici c’est dommage qu’on ai pas de portable avec des photos, parce qu’ils ne sont pas malades, si ils nous laissent avec des téléphones avec caméra, je prends des photos et j’envoie direct à la direction des droits de l’homme à Bruxelles, pour qu’ils voient dans quelles conditions on vit ici.

On comprend que quand on a fait une bêtise on paie, mais on est pas des chiens ou des moutons pour vivre comme ça, dans ces conditions.

Moi juste avant j’étais en prison. J’ai fait ma peine. J’ai fait une bêtise, j’ai payé. J’ai été trop vite sur l’autoroute et ils m’ont mis 5 mois en prison. J’ai dit ok. Je paye. J’ai fait trois mois et 20 jours de prison et je suis sorti. J’habite en Belgique, depuis 5 ans, j’ai acheté là-bas ma maison. Et je travaille, j’ai un contrat de travail, j’ai tout.

Et donc je dis : je rentre dans mon pays. Même s’ils m’envoie en Roumanie ce n’est pas grave. En 2h et demi je suis de retour en Belgique. Mais comme ils ont fermé les aéroports tout ça, j’ai compris. J’ai dit bon, je ne peux pas rentrer en Roumanie, envoie-moi en Belgique, c’est 65km ! Ca fait 30 minutes de route.

Ma nièce a envoyé tous les papiers. Aujourd’hui j’ai vu mon assistante sociale, elle m’a dit que je passerai devant le juge dans 20 jours. Mais j’ai dit : “pourquoi dans 20 jours ?”. Vous me dites que vous avez tous les papiers, mais vous ne pouvez pas me relâcher. Je ne comprends pas le système comment ça se passe.

Ils profitent des roumains. Ils disent qu’on ne connait pas trop les lois, qu’on ne connait pas trop les choses. Mais moi ça fait 20 ans que j’habite en France. Je suis marié avec une femme française. J’ai deux enfants avec elle. Ensuite on s’est séparés. Donc on connait la France, ça ne veut pas dire qu’on ne connait pas nos droits.

Nous on ne met pas tout le monde dans la même casserole. Il y a des gens bien et mauvais partout. Ici il y a des arabes. Il y en a certains qui n’ont pas d’argent, qui n’ont pas de famille. Ils n’ont rien du tout. Et bien on achète du café pour nous, on leur achète aussi pour eux. Des cigarettes aussi. On partage.”

S est roumain lui aussi, son arrivée au CRA s’est faite de manière
violente, suite à une arrestation dans la rue et une garde à vue où il a été frappé par les flics.

“En fait j’étais tout simplement en train de dormir dans une voiture, dans ma voiture. Et en fait quand je me suis réveillé, il y avait les flics à ma fenêtre et du coup, je baisse ma fenêtre, ils me demandent mes papiers. Je leur donne tout, le permis tout.

Quand ils voient que je suis roumain, ils commencent à me mettre des claques, des patates en me disant “ouais c’est vous qui ramenez la maladie en France, c’est à cause
des gens comme vous”. Il m’a frappé directement dans la rue, tu vois ma lèvre elle est encore ouverte à l’intérieur. Et mon œil, il n’est pas bleu mais il est gonflé.

Quand ils m’ont frappé, je me suis mis en colère, je lui ai demandé : “de quel droit tu me mets des patates ?”. En garde à vue, j’avais demandé à porter plainte, mais ils se sont foutu de ma gueule, en garde à vue ils m’ont aussi foutu des claques. Parce qu’en fait je demandais à avoir un avocat et un médecin.

Je ne comprends pas c’est quoi cette violence envers les roumains. Parce qu’en fait dans notre pays aussi en Roumanie il y a des français. Du coup, je ne crois pas que la France aimerait que quand on attrape des français dans notre pays ils leur fassent la même chose.

Parmi tout les roumains en France il n’y en a pas un seul qui est malade. Alors c’est quoi ? C’est juste une violence contre les roumains quoi.”

La lutte contre les CRA est aussi une lutte
contre la domination raciste.

Ces témoignages montrent une fois de plus que le CRA est une des formes les plus violentes du racisme d’Etat, contre les personnes noires, arabes et roumaines (entre autres) qui vivent dans ce pays. Mais les prisonniers parlent aussi des solidarités qui se tissent à l’intérieur. Soutenons-les depuis l’extérieur ! 

Libération immédiate de tou.te.s les prisonniers-ères ! Abolition des CRA !

“L’histoire dira son mot un jour. Pour l’instant, on est des morts réservés” : témoignage d’un prisonnier de Mesnil-Amelot

On reçoit et on publie le témoignage d’un prisonnier du CRA de Mesnil-Amelot.

Malgré le virus, le confinement et l’impossibilité de déporter les gens, des sans-papiers se font encore arreter et enfermer dans ces prisons. Après la grève de la faim lancée lundi dernier (grève qui continue pour certains prisonniers), et l’appel lancé aux groupes solidaires avec les sans-papiers, une trentaine de prisonniers y sont renfermées, dans des conditions “pas humaines”, comme le dit le prisonnier.

Ca fait seize jours que je suis dans le CRA du Mesnil Amelot, j’ai été arrêté le 17 mars. Ce qu’on est en train de vivre ici c’est inhumain, la démocratie est bafouée en France.

Selon le gouvernement, le virus ne peut pas atteindre le centre, mais il n’y a pas de gel, pas de masque, pas de gants. Ici il y a des gens qui arrivent tous les jours, hier quatre personnes, aujourd’hui encore trois ou quatre et pas de dépistage.

Il y a eu deux libérations hier, mais des nouvelles personnes arrivent donc ça sert à quoi ? C’est sale, partout. La CIMADE est fermée. On est qu’avec les policiers. On est plus de 30 personnes ici.

Il y a encore deux personnes qui font la grève de la faim, moi je l’ai fait quatre jours mais je suis allée manger hier. Ce qu’on vit ici c’est pas humain. Il y a que des Africains qui sont ici. On n’est pas des criminels. Si vous prenez ma place qu’elle sera votre réaction ?

La guerre dans mon pays, au Congo Brazville,
c’est un business. Les gouvernements font ce qu’ils veulent. J’ai servi l’armée nationale congolaise. En 2003 j’ai demandé l’asile en France. Ça fait 17 ans que je vis en France. Mais ce que je vis ici c’est encore pire qu’en Afrique.

Ce qu’on vit ici en France c’est de l’esclavage. Les Africains ne sont pas libres. Elle est où la déclaration universelle des droits de l’Homme ? L’histoire dira son mot un jour. Pour l’instant on est des morts réservés.

En ce moment, il est encore plus difficile que d’habitude de mettre en place des pratiques de solidarité réelle avec les prisonniers-ères dans les CRA. Un petit truc, pour montrer qu’on est au courant de ce qui se passe dans les CRA et pour tenter de ralentir le sale boulot des préfectures, c’est de participer au mail bombing, chaque jour à 11h.

Libération immédiate de tou.te.s les prisonniers-ères !
Fermeture et abolition des CRA !
Des papiers pour tou.te.s, ou pas de papiers du tout !

“Après quelques jours, tout le monde est parti et j’étais toute seule ». Témoignage d’une prisonnière de Oissel

La crise sanitaire, trop peu anticipée, dans les lieux de rétention, a isolé plus encore les prisonnier·es des prisons pour étranger·es. Les règles sanitaires ne sont pas appliquées et l’accès au soin est rendu plus difficile encore. Ici, à nouveau, les femmes trinquent particulièrement : saleté, rareté de la bouffe, peur de la police, manque d’informations et impossible accès au droit. G. raconte :

« Je vous parle ce soir des Pays-Bas où j’ai été renvoyée avant-hier.
Quand je suis sortie de détention de la prison de Rennes, la PAF
m’attendait pour me renvoyer aux Pays-Bas parce que j’ai la nationalité ici. Mais sur la route de l’aéroport, il y a eu un problème de radiateur dans la voiture. Et du coup, j’ai perdu mon vol.
On était presque arrivé à l’aéroport. Donc ils m’ont emmené au centre de rétention de Oissel. C’était lundi ou mardi. Je devais aller au tribunal mais avec le virus du Corona c’était plus possible. Mon avocate m’a dit que si j’avais une adresse, je pourrai rester en France, il y avait des gens qui pouvaient m’accueillir à Paris et que je pouvais rester là. Je
connaissais personne ici donc j’avais que ça.
A la prison de Rennes, le coronavirus on en parlait pas. Ils disaient que le virus n’était pas arrivé, donc il n’y avait pas de protection, de mesures d’hygiène, ils disaient que c’était pas grève. On entendait au journal mais rien de plus.
Quand je suis arrivée au CRA de Oissel le 14 mars, il n’y avait rien. Et j’ai entendu à la télévision qu’il y avait la crise à partir du 16 mars et qu’on avait plus le droit d’être dans la rue et tout. Mais au CRA il n’y avait pas de protection.
Là bas les hommes sont plus protégés que les femmes. Il n’y a rien ni masques ni rien. Eux ils n’ont pas le droit de manger à plus de quatre à table. Nous même quand on sort ils nous protègent même pas. Et la police, ils nous touchent sans gants, sans rien, sans masques, ni des choses comme ça.
Quand je suis arrivée, il y avait quelques femmes. Dont une qui venait aussi de la prison. Quand arrive le jour de la libération, ils venaient nous chercher en prison. Une autre femme libérée, elle avait été emmenée à Oissel aussi. On était libérées de Rennes et la PAF nous amenait là.
La PAF c’était que des hommes. Ou quasi.
C’était très sale. Dans les chambres, ils ne passent que le balai et
c’est hyper sale parce qu’ils ne le font pas bien. Et moi, avec une
Espagnole qui était aussi enfermée, je leur ai demandé un balai et ils n’ont pas voulu nous le donner. Le lendemain, personne n’est venu faire le ménage et mon ami a insisté pour qu’ils nous donnent du matériel pour nettoyer. Nous avons nettoyé le petit coin fumeur qui était très très sale. Nous avons déplacé la machine à café et il y avait du café qui était déjà sec. Ils ne nettoient même pas les tables ou les chaises pour que nous puissions nous asseoir. Nous n’avons pas le droit d’avoir du
matériel de nettoyage
On était 7 femmes. Après quelques jours, tout le monde est parti et j’étais toute seule. Je ne sais pas pourquoi je n’étais pas libérée, mais sans doute parce que je viens des Pays-Bas.
Après quelques jours, j’étais toute seule au centre de rétention.
C’était vraiment bizarre. Ça n’allait pas mais je ne savais pas quoifaire. Et les associations n’étaient plus là. Il y a une femme qui m’aappelé une et deux fois. Et on a essayé de les appeler. Parfois la PAFvenait me voir, savoir comment j’allais, jouer avec moi. Ils faisaientdes commentaires.
Les derniers jours, ils m’ont donné des boîtes de conserves pour le repas.J’avais peur le soir. Il n’y avait que des hommes. Ils jouent beaucoup,
ils faisaient des commentaires pas propres. J’avais peur des policiers. La nuit, j’avais très peur, je me disais que j’étais toute seule et que les hommes pouvaient me faire ce qu’ils voulaient, me violer ou quoi.
Au moins en prison, il y avait des activités, du travail, des gens qui étaient là depuis longtemps et qui ont l’habitude. Là au centre de rétention, il n’y a rien, tu dois juste attendre. Attendre et rien faire.
Je connaissais pas mes droits. J’ai eu une avocate, ils m’ont donné un nom. J’ai vu une juge sur visioconférence à cause du coronavirus.
Un jour j’étais endormie et ils m’ont réveillé pour me dire « tu pars maintenant, tu as un vol ». J’y croyais pas, j’ai pas vu de juge, et là je dois partir là comme dans cinq minutes. Ils ne m’ont pas prévenue à l’avance. Je leur demande pourquoi ils ne m’ont pas dit avant. Ils m’ont dit qu’il n’y avait pas le droit. »

 

Les prisonniers de la section homme de Oissel ont sortit un communiqué sur la situation au CRA le 26 mars.

Un résumé de la situation dans les centres de rétentions qui date du 22 mars est disponible pour celles et ceux qui voudraient plus d’informations.

En ce moment encore plus que d’habitude, vous pouvez appeler les cabines des CRA pour témoigner de votre solidarité. Si vous ne l’avez jamais fait et que vous vous demandez quoi dire, voilà quelques idées.

Nouveaux témoignages de prisonniers de Plaisir et Vincennes

Les voix à l’intérieur des CRA continuent de crier, faisons les sortir !
Vous pouvez communiquer à l’intérieur des CRA, et envoyer vos messages sur ce site. Ne laissons pas les personnes détenues seules !

Nous relayons ici deux témoignages reçu sur notre mail:

22 mars 2020, Paris Vincennes CRA 1 :

On parle avec vous tout les jours, il se passe rien, personne parle de nous. On vient comme des animaux. Tout le monde s’en fou

Y’a des gens qui sont malades, ils vivent avec nous.

Y’a des pigeons mort ici, ils nous ramènent le virus.

Ça fait 3 jours y’en a qui mangent plus, la bouffe elle est périmé. Ils mettent un autre ticket sur les vieux ticket, on enlève le ticket la bouffe est périmé depuis 3 jours. Bizarement pendant 3,4 jours on nous serre la même bouffe. Ils veulent nous tuer.

Tout les jours ils libèrent 10,15 personnes. Nous on est encore 28.

J’ai 58 ans je suis diabétique, je suis malade et ils laissent pas passer l’ambulance.

Ici ont a rien, on ramasse les mégots, ont se transmet les microbes.

On passe la nuit à pleurer ici, y a plus d’avion on fait quoi ici ?

Tout le monde souffre on pleure en larme.

Je connaît même pas mon pays on a la rage.

Il nous manque beaucoup de soutien, voila comment on vit.

22 mars 2020, CRA de Plaisir

On est vraiment dans la merde, on est 3

Ils nous laissent enfermés comme des chiens.

Les policiers ils nous disent faut patienter faut patienter

On est dans la merde, on va se suicider, ils s’en battent les couilles.

Nous ils nous ont pas libéré, on sait même pas pourquoi.

On pète les plombs

On a pas de medecin rien du tout

Je vous jure on va se suicider

“Le monde est fermé, le monde est en confinement” Témoignage de deux prisonniers de Marseille le 23 mars

Il y a quelques jours le gouvernement à officialisé l’état de “pandémie” et annoncé l’état confinement. Dans le même temps, des keufs de la PAF* (PAF= Police aux frontieres, les matons du CRA) avaient diffusé des rumeurs comme quoi les prisons pour étrangèr.e.s allaient fermés. C’est ce qui avait été annoncé pour le cra de Marseille pour le samedi 21 mars, puis pour le 23 mars. Finalement la prison a pas fermé, et de nouveaux prisonniers arrivent. C’est des sortants étrangers et sans papiers des taules “classique”.

Avec la fermeture des frontières et donc l’arrêt des expulsions, les centres de rétentions montrent ici totalement leurs rôles de taules dont l’un des objectifs en plus d’expulser est bien d’enfermer des étrangèr.e.s.
Nous avions relayé il y a quelques jours des témoignages de prisonniers du même centre de rétention. Nous relayons aujourd’hui d’autres témoignages de prisonniers du 23 mars, qui continuent de se demander pourquoi ils sont enfermés et de demander leurs libération immédiate !

“Moi je suis portugais tu vois. J’ai le passeport portugais. Je suis sortit de prison avant-hier, le 21 mars. Ils m’ont pas prévenu que j’allais venir ici. Quand je suis sortit pour être libérable, ils m’ont envoyé directement ici. Alors que j’ai ma vie à Marseille. Aujourd’hui je suis passé devant le juge ils m’ont prolongé de 28 jours. Normalement ils vont me renvoyer en portugal. Ils m’ont confisqué le passeport. Le juge je l’ai vu par l’écran de télé, j’ai demandé un avocat ils m’ont dit “Mais c’est la grève en ce moment”. Je lui ai dit au juge que j’avais tout ce qu’il faut ici (toute ma famille). Je comprends pas pourquoi je suis là. C’est pas facile a 4 dans un batiment. Mais bon courage à vous aussi””
 
“Tu veux savoir quoi? Moi je leur ai dit: “En gros soit vous m’envoyez dans un pays soit vous me relachez”. J’ai rien à faire ici moi. Bref on est entrain de faire des jours, des semaines et ça gratuitement.

On m’a dit si t’es liberé c’est à 18h ce soir. Mais moi j’ai regardé, à 18h y a pas de train vers chez moi. Donc si on est libéré on va devoir passer la nuit dehors.C ‘est normal ça ? Moi je leur ai dit « Mais moi même si tu m’annonces que je suis libre à 18h fais moi sortir a 14h demain, je vais pas dormir à la rue ce soir ». Mais ils s’en foutent.
On a fait deux semaines gratuitement là. Déjà on sort de prison, et maintenant ça.
La on appelle les keufs. En fait on est comme des chiens. Une fois l’heure du repas ils viennent te chercher après tu les vois plus. Moi je comprends pas normalement on devrait être dehors avec notre famille, nos proches.
Heureusement il y a forum qui nous aide. Au moins pour voir si ils peuvent nous ramener l’argent à nos proches. Puis y a que eux pour faire nos demandes pour être libérés, y aurait pas forum y aurait pas de libération.
Moi j’ai le sac plein je sors de prison, c’est incroyable ils pensent pas à ça. Jvais sortir à 18h, sans argent et passer la nuit à attendre le train de demain ? Ils s’en battent les couilles de nous On existe pas pour eux. Incroyable. Ils s’en foutent si t’as un logement apres ou si tu vas dormir dehors si t’as un peu d’argent.. Incroyable. Déjà on a même pas le droit d’être là… On est entrain de faire le centre gratuitement ! Ils m’ont dit « Gratuitement ? Mais t’as pas de papiers ». Je leur ai dit “Bah ouai, le monde est fermé, le monde est en confinement ! Laissez nous rentrer chez nous!”.
Depuis tout à l’heure on sonne on sonne y a personne qui répond. Ils viennent juste nous chercher pour le repas.

Apparemment ils ramènent plus les gens pris dehors, que des prisonniers. Avant ils étaient 80 mais maintenant on est même pas 10. On crève là. On va faire deux semaines, un mois puis ils vont nous relacher c’est ça ?”

Un résumé de la situation dans les centres de rétentions qui date du 22 mars est disponible pour celles et ceux qui voudraient plus d’informations.

En ce moment encore plus que d’habitude, vous pouvez appeler les cabines des CRA pour témoigner de votre solidarité. Si vous ne l’avez jamais fait et que vous vous demandez quoi dire, voilà quelques idées.

“Liberez nous, c’est tout” Témoignage d’un prisonnier du CRA2B de Vincennes pendant la grève de la faim

Ca fait 10 jours depuis l’annonce de la suspension des parloirs, que les keufs ont diffusées des rumeurs de fermeture du CRA, de libération massives qui finalement ne se sont pas réalisées.

Cette prison pour sans papier est dans une école de police, situé au bout du bois de Vincennes. Les étrangers y sont enfermés dans deux batiments : le CRA1 et le CRA2B (le CRA2A a brûlé début février). 

Le 16 mars la majorité des prisonniers du CRA1 de Vincennes ont débuté une grève de la faim pour exiger leurs libération immédiate et l’amélioration des conditions d’enfermement.

Depuis il y a une cinquantaine de libération les premiers jours (sur plus d’une centaine de prisonnier) puis … plus rien. Des dates de tribunal tombent : le 27 mars ou le 4 avril. Bref dans très longtemps dans cette période de confinement.

Samedi soir, le 21 mars, quasiment tout le CRA1 a décidé de se remettre en grève de la faim avec toujours les mêmes exigences: libérations, amélioration de la bouffe et des soins. Le lendemain ils étaient suivi par une trentaine de prisonniers du CRA2B.

Ce matin plusieurs dizaines de prisonniers du CRA2B ont décidé de commencer une nouvelle grève de la faim. Les keufs de la PAF (PAF = police aux frontières, les matons des CRA) ont déjà commencé à mettre la pression. Nous relayons ici le témoignage, récupéré par téléphone, d’un prisonnier en lutte.

Je vais raconter pourquoi on est grève de la faim. La première des choses : ils nous ramènent des trucs qui vont expirer hier, le 23 mars, tu sens que ça pue, un mauvais odeur. Encore, on a peur que dans la nourriture il y a la coronavirus, on sait pas d’où vient cette nourriture.
Le camion qui ramène la nourriture, ça fait 4 ou 5 jours qu’il marche pas. D’habitude le matin ils nous donnent le pain et la confiture, hier ils nous ont pas donné, ils nous ont donné ça le soir, comme des blocs. On mange pas tous la même chose : normalement, tout le monde mange pareil. Maintenant, une personne mange le riz, d’autres les pâtes, d’autres cous-cous. Ça veut dire que c’est du stock.
Ils ont arrêté le lange, pas de lange. Hier j’étais chez un infirmier pour avoir une pilule pour dormir, j’ai demandé le médecin, elle m’a dit pas de médecin. Aujourd’hui, pareil, pas de médecin.
Encore, les visites sont arrêtées. On a rien, ni à manger ni des cigarettes. Il n’y a pas de poste, je peux pas faire sortir l’argent de mon compte.
L’Assfam, ils sont pas là. On parle par appel téléphonique.

Il y a de prisonniers malades ?

Il y a de gens malades. Par exemple, en Égyptien est sorti de l’hôpital et est venu là.

Et les flics ?

Ils s’en battent les couilles. Si tu manges pas, c’est pas grave.
Ce matin, ils étaient six à manger, les autres on a pas mangé. Mais je ne sais pas si ça va durer ce soir, les gens vont manger peut etre.

Tu veux dire un dernier truc pour les gens à l’extérieur ?

Qu’ils parlent de nous dans les journaux, qu’ils viennent chez nous les journalistes, qu’ils fassent des manifestations… maintenant tout est fermé pour le virus. Nous on a pas de papiers ni rien, mais on est des êtres humains. On a rien fait, on est pas de criminels, on est pas de terroristes. Juste on a pas de papiers, ils nous ramènent là. Ils sont où les droits de l’homme? Ils disent la France, égalité fraternité. Elle est où l’égalité fraternité ? Je la vois pas.
Jusqu’à quand on va rester dans cette situation ? Jusqu’à quand ?
On est pas protégés, c’est ça, clair et net. A n’importe quel moment, un policier peut ramener la maladie. Deux médecins sont morts, j’ai vu ça. Tu veux que les policiers ne ramènent pas la maladie ?
Les juges, certains libèrent et d’autres libèrent pas. Pourquoi ?
Libérez nous, c’est tout. On va rentrer chez nous, on va pas sortir de la maison.”

 

 
En ce moment encore plus que d’habitude, vous pouvez appeler les cabines des CRA pour témoigner de votre solidarité. Si vous ne l’avez jamais fait et que vous vous demandez quoi dire, voilà quelques idées.

“C’est simple on demande la liberté” / témoignages de prisonniers en grève de la faim au CRA de Vincennes – batiment 1

La grève de la faim, débutée par les retenus samedi soir (21 mars), continue au batiment 1 du CRA de Vincennes. Encore beaucoup de prisonniers n’ont pas mangé hier soir les repas avec comme revendication principale, la liberté.

Beaucoup de prisonniers ont des problèmes de santé et l’équipe médicale ne fait rien à part donner des cachets. Un prisonnier a des graves problèmes respiratoires, il a appelé les pompiers à plusieurs reprises mais les flics ne les laissent pas entrer dans le CRA.

Voici ici deux témoignages de retenus, du batiment 1, en grève de la faim.

“Du coté de l’hygiène il y a plus rien, plus de nettoyage, rien. Les pigeons sont morts dans la cour c’est flippant. Les draps sont dégueulasses et pas changés, les toilettes collectives beaucoup sont fermées, il reste que 3 ou 4 toilettes et on est encore, quoi ? une vingtaine de personnes.. Parfois pendant plusieurs jours il y a plus l’Offi donc on peut rien acheter. Aussi la machine à clope elle accepte que les pièces. Certains ils ont des billets de dix mais ils peuvent pas acheter de cigarettes. Et puis depuis pas mal de jours déjà plus de visite ça c’est pas normal non? c’est la déprime un peu quand même..

La bouffe c’est de la merde c’est le même repas chaque jours à chaque repas… On a aussi un petit morceau de pain de genre 5cm c’est pas assez… Et il y en a qui mangent pas de porc mais la police ils veulent rien changer. Jusqu’à il y a encore 5 à 6 jours il y en a qui ont été emmené à l’aéroport. De retour au CRA ils ont été libéré. C’est arrivé à une dizaine de personnes à peu près. Mais depuis plusieurs jours il y a plus de libération on sait pas pourquoi. Par contre ils nous ont donné des dates de jugements : 28 mars, 30 mars, jusqu’au 7 avril pour certain, c’est pas possible !

A part deux ou trois, on est toujours en grève de la faim c’est simple on demande la liberté.”


« Ca fait trois jours que j’ai rien mangé, le policier m’a dit : ça n’a rien à voir avec la libération, tu vas à l’hôpital et tu reviens ici. J’ai dit tant pis… ça fais quatre jours que je mange pas, que de l’eau, de l’eau de l’eau. J’ai perdu 8 ou 10 kilo depuis le début, je suis très très maigre…

La police aussi a peur du virus, ils font rien pour nous. Ils sont pas des chefs, sont des stagiaires. Même la police ne se sent pas en sécurité, ils ont rien, ni masque ni rien. Même les infirmiers ont pas de masque, juste un médecin qui m’a donné un masque, avant hier.

À infirmerie, ils nous donnent que du Diazepam et du Valium. Que de ça. Moi je prends que du diazepam et de l’eau, je suis devenu très très maigre, je suis déshydraté…

Le ménage, de temps en temps. Le mec il a pas de masque, tout le monde qui travaille depuis l’extérieur n’a pas de masques ni de gants.
On a peur, c’est un virus mortel on le sait. Et on voit les pigeons qui meurent dans la cour. Même eux ils sont malades.

Pendant deux jours, tout le monde a rien mangé. Mais pas tout le monde a continué, ils ont peur de mourir. Il n’y a que trois ou quatre personnes qui ne mangent pas depuis quatre jours.

La bouffe, c’est de la bouffe périmée…

Il n’y a pas de vol, tout le monde ne peut pas rentrer… donc moi, je ne suis pas pourquoi je suis là. La date de l’avion est passée…

Il y a pas de visite, et s’il y a pas de visite, il n’y a pas d’argent et je peux pas payer le crédit pour parler avec ma famille. Je sais rien de ce qui se passe avec ma famille, avec ma femme et mon enfant, s’ils sont malades ou pas malades…

Avec les policiers, comment ça se passe ? Ils sont toujours agressifs avec vous ?

Pas tout le monde est agressif, mais si un est agressif, les autres suivent. Ils suivent les ordres…

Aucune personne parle de nous.
Ça fait une semaine, dix jours que les gens mangent le même… juste ils changent l’étiquette.

Une meuf, une policière m’a dit : si tu parles avec moi, tu dois respecter un mètre de distance, c’est la norme. Mais nous, entre nous les prisonniers, y a pas un mètre ! On fait comment ?

L’autre soir [pendant la grève de la faim], ils nous ont réveillé à trois heures du mat, pour nous casser les couilles, aucune raison a été donnée, juste comme ça.

Avant j’étais dans une chambre pour deux personnes, avec les toilettes et les douches. Maintenant ils m’ont changé d’étage, dans une chambre avec quatre personnes ! Les douches sont fermées, les chiottes bouchées… Les portes sont cassées, il fait froid et les pigeons peuvent rentrer jusque dans la chambre. »

À bas les CRA !
À bas l’enfermement !
Liberté pour tou.t.es !

“Depuis j’attends qu’ils me disent” Témoignage de prisonniers du cra de Marseille

Depuis la multiplication des fermetures de frontières au début de la semaine, beaucoup de prisonnier.e.s ont été libérés des centres de rétention. Les préfectures continuent jusqu’au bout  à essayer d’expulser quand c’est possible. A la prison pour étranger.e.s de Marseille, la rumeur de la fermeture du centre de rétention a tourné toute la semaine : c’était pour samedi, puis pour lundi… Les dernières infos semblent plutôt dire le contraire: il ne va pas fermé et des personnes continuent à y être enfermé. Si la plupart des prisonniers ont été libérés, il en reste encore une quinzaine à l’intérieur (contre plus d’une centaine en début de semaine). Ces derniers jours, de nouveaux prisonniers sont arrivés, tous des sortants des différentes prisons de la région : Luynes, à Aix, ou la Farlède à Toulon, par exemple. On relaye ici les témoignages de prisonniers détenus dans différents bâtiments de cette prison.
 
« On est plus que 8, 10 dans tous les bâtiments. Hier j’ai vu le juge, ils m’ont dit : « vingt-huit jours. » Ils m’ont ramené de la Farlède, la maison d’arrêt de Toulon. Hier ma famille m’a ramené tous les papiers : mon chéquier, mon certificat d’hébergement, l’extrait de naissance de mon fils. J’ai demandé aux keufs de les récupérer, mais ici ils se foutent de notre gueule. Ils rigolent et tout. Moi j’ai peur qu’ils les aient juste jeté. Depuis, j’attends qu’ils me disent. Lundi je passe en jugement à la cour d’appel à Aix-en-Provence. »
 
« Après-midi du 21 mars. Il reste cinq personnes au bâtiment 0C, et en tout y a 10 personnes dans le CRA. Vous savez, moi je regarde pas beaucoup la télé. J’espère qu’on va tous sortir de là, parce que j’ai une petite fille et un petit garçon qui sont à la maison. Liberté pour tout le monde ! »
 
« Ça se passe mal, c’est la merde ici. Ils ont relâché tout le monde. On attend notre sortie. On est plus nombreux du tout, donc avec les keufs c’est encore pire. Là on est trois au 1er étage, 3 à l’étage du dessous. On est là, et on a envie de sortir. »
 
« Moi, je sors de quatre ans pleins de prison. Apparemment ils veulent me renvoyer au pays ; mais avec la maladie, y a plus de vols vers chez moi. Je sors de quatre ans pleins, et au lieu de respirer, de souffler un peu, ils m’ont pété direct et ils m’ont ramené là. Les personnes qui restent, on demande tous la même chose : Soit on nous renvoie dans un pays, soit ils nous libèrent. »
« Moi je suis arrivé jeudi, je suis sorti de prison jeudi et je suis là. Si le juge accepte pas de me libérer, ça va pas le faire. Dans la prison d’où je viens aussi ca va être la merde : plus de parloir, plus d’activité. C’est sur ça va se révolter à un moment. »
« Dans mon aile y avait deux personnes qui étaient là. Moi j’ai pas compris pourquoi je suis là. Quand j’étais à la prison d’Aix-Luynes 1 – parce que j’étais condamné, Luynes 2 c’est pour les prévenus -, la Cimade m’avait affirmé que les centres de rétention allaient fermer. La dernière fois que j’étais à Fleury ils m’ont ramené direct aux Pays-Bas à la sortie. Mais là, les frontières de Schengen, elles ont fermé. Tout ce qu’on m’a dit, c’est : « Peut-être que vous allez passer devant le juge dans deux jours. »
 
« Quand je suis arrivé là aujourd’hui, on a trouvé un gars, ça fait dix jours qu’il est ici, un autre ça fait trois jours. Nous on est arrivé à deux de la même prison. Ça veut dire quoi ça ? Moi, normalement, j’ai fini ma peine, c’est pas normal ! …Et nos familles sont confinées dehors. Je passe lundi au tribunal, mais comment je fais pour me faire envoyer les papiers ? Parce que la poste est fermée aujourd’hui, et y a pas l’association dans le centre le week-end. Hier ils ont libéré 19 personnes, avant-hier plus ou moins pareil. Pour nous, la situation c’est comment ? »
 
« Ici y a rien : plus de parloirs, plus de gâteaux, plus de clopes, plus de recharges Lyca. Je mange rien, je bois juste un café le matin. »
 
 
Pour appeler les cabines en solidarité avec les prisonnièr.e.s c’est ici. Sur ces cabines c’est directement des prisonniers ou prisonnières qui devraient vous répondre ! A faire tourner un maximum !
Si vous avez des témoignages de proches incarcérés dans des centres de rétentions vous pouvez les envoyer sur: abaslescra@riseup.net
 

ILS NOUS DISENT : « VOUS, VOUS AVEZ FAIT DE LA PRISON, ON REFUSE DE VOUS LIBERER. » Témoignage de prisonniers de Lille-Lesquin

Témoignage de prisonniers d’un des bâtiments de la taule pour étrangers de Lille-Lesquin

Après l’annonce dans la presse qu’un prisonnier de ce centre de rétention administrative (CRA) avait le coronavirus et la suppression des parloirs pour plusieurs semaines, des prisonniers s’étaient mis en grève de la faim dans presque tous les bâtiments. On peut lire ici leur communiqué daté du 15 mars. Les frontières sont fermées depuis plusieurs jours, la préfecture ne peut plus expulser ; les juges ont donc commencé à libérer massivement : le vendredi 20 mars au soir, il ne restait que 18 prisonniers. Quasiment tous des sortants de prisons, comme à Oissel, Marseille, et sûrement d’autres centres encore. Ils se demandent pourquoi ils sont encore là. Nous relayons ici leurs témoignages. Tous les prisonniers à qui nous avons parlé nous ont dit de faire entendre la même demande : « Liberté pour tous, et maintenant ! »

19 mars 2020

L’OFII est fermé, donc y a plus de clopes, de recharges ou quoi. Le greffe pour les documents et les demandes de mise en liberté, c’est pas possible d’y aller ces derniers temps. Y a eu cinq libérations aujourd’hui. Tous ceux qui sont passé en jugements sont libres. Personne veut nous écouter. On nous dit juste de fermer notre gueule et qu’on sera peut-être libérés. Y a toujours pas de ménage dans les chambre (depuis vendredi 13). J’ai une tendinite et on me donne du doliprane et des anti-inflammatoires. Du coup, là, j’ai demandé le greffe. Hier ils m’ont vu avec le briquet dans la main ; ils m’ont dit: « Ok, tu peux le garder, mais tu fermes ta gueule. » La promenade ferme à 16 heures. C’est une petite cour. Ma première mise en rétention, c’était en août 2019, et c’était un peu mieux. Les promenades fermaient pas, déjà. Ceux qui ont des preuves [de domiciliation], au moins, faites-les sortir avec une assignation à résidence, je sais pas ! Si on demande un responsable, on nous dit : « Ferme ta gueule. » Y a plus du tout de familles qui viennent nous voir. Moi, je mangeais uniquement au parloir, quand on venait me visiter. Je vais faire comment ? Depuis lundi [16 mars] je mange pas ; je suis en grève de la faim. Ils mettent de la vieille bouffe. Devant les caméras, ils nous ont donnés des bouteilles d’eau Cristaline. Même dans les chambres, ils lavent que devant les portes. Comme ça pour les caméras c’est bon, la personne du ménage est rentrée dans les chambres. On veut pas rester comme ça dans la saleté. On veut pas. On leur a dit de nous donner des balais, et on fait nous-mêmes ! Ce matin, c’estt le commandant qui nous a dit de sortir de nos chambres et d’aller dans la promenade pour qu’ils puissent laver ; Et ils ont pas lavé.

Et l’association présente dans le centre, l’Ordre de Malte, il dit quoi?

L’Ordre de Malte? Ils viennent plus, là. Ils ont collé un papier sur la porte et tu peux les appeler. Ils sont réactifs, ça va ; ils répondent. Ils nous ont dit qu’il y a pas de date prévue pour les [comparutions devant le] juge des libertés et de la détention (JLD). Pour l’instant, y a pas de jugement administratif. Ils ont fait des demandes de mise en liberté et les ont fait passer dans les cellules.

Aujourd’hui y a 40 personnes qui vont passer devant le juge, d’après l’Ordre de Malte.

20 mars 2020

Midi

« On est plus que 18 prisonniers répartis sur trois bâtiments. Quasiment tous ceux qui sont là, ils sortent de taule ; on se demande pourquoi. »

 

« Le matin, ils [les policiers] ont fait semblant d’avoir mis des masques et des gants et tout ; sauf qu’après, à l’heure de manger, ben ils ont tout enlevé. C’est pour ça qu’on est énervés : ils vont à l’extérieur [du centre] et après ils reviennent nous voir comme ça. Normal, nous, on a peur ! Y avait un policier qui jouait sur la table de ping-pong qui a posé sa tête sur la table pendant un petit moment quand même. Après il est venu nous voir pour nous dire qu’il était fatigué et tout. Il a aussi demandé aux gens de jouer avec lui, et ça je trouve pas ça normal. »

 

« En plus, nous, ce qui nous inquiète encore plus, c’est ce qu’on entend ; parce qu’ici, on a le téléphone, on a la télévision. On entend qu’y a des gens qui sortent de la prison, et là, y a un copain à moi, ca fait huit mois qu’il est sorti de prison. Depuis huit mois, il a pas fait une seule garde à vue, et malgré tout ils lui ont refusé la sortie et il passe en cour d’appel dans deux jours. Aujourd’hui [le 20 mars] à midi, on nous a donné à manger un repas périmé depuis quatre jours. Ils nous ont donné des pommes de terres avec de la crème fraiche périmée depuis quelques jours, alors qu’on sait tous que les produits laitiers périmés, ça fait des bactéries et tout dans notre organisme. Ce sera tout pour moi aujourd’hui, et puis si j’ai des nouvelles je te recontacte. Mais si vous voulez m’appeler à n’importe quel moment, je serai là pour répondre. »

Le soir

« On n’est plus que 14. »

« Pour les témoignages, c’est vrai que c’est compliqué pour nous, parce qu’y en a beaucoup qui parlent pas bien français, mais moi je suis dispo, pas de problème. Ils nous disent : “Vous, vous avez de la prison, on refuse de vous libérer.” Y en a quand même deux qui ont été libérés aujourd’hui qui étaient sortis de prison. »

 

« Bonjour. Moi, je vous laisse un message, là, parce qu’ils sont en train de me torturer, ici. Je viens de sortir de prison, je suis sorti le 1er février. Je suis encore là : on m’a refusé hier une demande de remise en liberté. On va rester que trois ; qui va sortir de la prison, on sait pas. On espère que vous faites l’impossible pour nous sortir. On est pas bien ici, on est pas bien du tout. On mange pas halal. On nous ramène des repas pas halal, ça veut dire qu’ils nous respectent même pas. En plus, ils nous ramènent des repas plus valable, tu comprends ? De trois-quatre jours, ils sont plus valables. Ces gens-là sont en train de nous torturer, et personne parle de nous. On demande le responsable, le capitaine ou le commandant, il vient jamais. Et voilà, sur tout ça, on laisse ce message pour faire l’impossible pour le sortir et le passer à des gens.

« Ils ont dit que les gens qui ont fait de la prison, ils sortent pas. Eh ben y a une heure et demi, ils en ont libéré deux qui sortaient de prison ! J’espère qu’en parler dehors ça nous fera sortir. On est en galère, on est en chien: pas de cigarettes, rien à manger. Rien, rien ; vrai, c’est pas que je te mens. C’est juste qu’y a tout ce qu’on oublie de raconter. Dès qu’on voit quelque chose on vous le dira. »

« Le copain avec qui tu parlais d’habitude, comment te dire, il a été libéré tout à l’heure ! Y a des gens qui nous disent: “Ouais, vous avez fait la prison, vous allez rester ici. On refuse de vous libérer. Quand même, nous on est là, on a des briquets. Eux-mêmes, les policiers nous ramènent des briquets. On crève de faim. Y a plus rien, plus de parloirs, rien à fumer. Faut acheter auprès de l’OFII, ca veut dire que si t’as pas d’argent tu fumes pas. Pas de cigarettes, rien. D’où, nous, on va ramener de l’argent? Les gens peuvent plus nous rendre visite, alors on reçoit plus de cigarettes ni de bouffe, tout ça. On peut rien avoir. Ils sont entrain de nous torturer, ces gens-là. On comprend plus rien. Nos proches, même s’ils veulent venir poser un paquet de clopes, ils refusent. Quand on demande un tribunal, ils nous disent : « Attends, attends, attends… » Ben on attend, et on est encore en train d’attendre. J’sais pas ce qu’on attend, mais tout à l’heure, ils sont venus, ils nous ont dit : “Y a plus de préfet, y a plus de travail, y a rien. ” Ça veut dire qu’y faut attendre au moins jusqu’à dimanche. Ils sont en train de nous torturer c’est pas possible, y a plus personne qui nous défend ! L’association, l’Ordre de Malte, là, on les appelle. Ils nous disent : “Ouais, attends, j’fais ça, j’fais ça, et attends…” Mais de toute façon y a plus rien, ils disent ça juste pour nous calmer. Ouais, on est d’accord, on a fait des conneries, ils nous ont fait payer en prison. Mais là ils sont en train de nous torturer. Récemment ils m’ont mis un outrage ; j’ai les documents et tout. Ils m’ont dit : “Viens voir le commandant. Je suis venu le voir tranquillement devant les caméras et ils m’ont mis à l’isolement. Je me suis embrouillé avec eux et ils m’ont mis un outrage pour provocation. Ça veut dire qu’ils veulent me renvoyer en prison. Mais y a pas que moi même les gens qui sont avec nous. On est tous dans le centre, on est même pas 14. Dans tous le centre, dans 4 zones. Ils ont accepté de libérer les autres, mais nous on sait pas pourquoi. Y a pas de réponse. Personne qui nous donne des renseignements. Ils s’en foutent de nous. Déjà, ils [les policiers de la PAF] viennent nous voir sans masques ni gants. Mais eux ils sortent dehors et ils reviennent, et nous on est ici. Ça veut dire que si on attrape le corona ou je sais pas quoi, c’est à cause d’eux. Y en a un avec moi, il vient de sortir de huit mois de prison, ça veut dire que ça existe même pas, le coronavirus. Moi, je viens de sortir de neuf mois, un autre de neuf mois aussi. Aujourd’hui, ca fait cinquante jours que je suis ici ; ils m’ont pas libéré, rien du tout. Y en a un autre qui a rien fait, qu’y veulent pas libérer. J’sais pas pourquoi ils lui refusent. Il a une demande d’asile en Suisse, donc il a demandé à retourner là-bas, mais on lui a dit “Les frontières sont fermées”, alors qu’est ce qu’il fait ici? Nous on vous demande rien. On demande la libération. Vive la liberté. Merci à vous tous. »

« Moi je suis arrivé en octobre 1999. Ca fait la quatrième fois que je viens ici. Toujours je fais le maximum. Hier j’ai demandé au chef, il m’a dit : “C’est parce que tu fais le bordel.” Mais le bordel c’est eux qui le cherchent. Y a rien. Qu’est ce qu’on doit manger, qu’est ce qu’on doit fumer ? Tout le monde s’en fout de nous. On a appelé les journalistes mais tout le monde s’en fout. On demande à ce qu’ils libèrent les gens d’ici le plus rapidement possible ; c’est tout. »

 

Le 21.03.2020

Un prisonnier du centre de rétention qui était sortit la veille donne quelques nouvelles:

Ils sont plus que 4 dans la zone f. D’après eux y a peu d’effectifs de police. Ils sont dans l’oubli. Toujours pas de visite, pas de nettoyage, pas de clope. Ils viennent les voir juste à l’heure du repas. Ils vont pas bien

 

Le communiqué de prisonnier du CRA de Lille-Lesquin:

« On préfére mourir de faim que de cette merde ! » Communiqué des prisonniers du centre de rétention de Lille-Lesquin du 15 mars

« Il reste des gens, […] et tous, ils viennent de prison » Des nouvelles de la situation a la prison de Oissel

A la fin de la semaine dernière, pas mal de pays ont annoncé la fermeture de leurs frontières avec la France et la fin des liaisons aériennes – et donc des expulsions vers ces pays : Maroc, Tunisie, Algérie, Italie, etc. Les mesures de confinement annoncées en début de semaine pour l’extérieur ont un effet décuplé dans les taules et les prisons pour étrangers, empêchant tout contact avec l’extérieur, tout contact humain – sinon avec des matons ou des keufs de la PAF (police aux frontières). Les parloirs sont supprimés pour « au moins deux semaines », l’association présente dans le CRA ne vient plus, le greffe refuse de recevoir les prisonnier.e.s et l’OFFI, qui vend ordinairement clopes, gâteaux et recharges, ne vient quasiment plus non plus. A tout ça se rajoute la peur du virus, dans un espace où les prisonnier.e.s ne peuvent pas s’isoler les un.e.s des autres.

Ce vendredi 20 mars en début d’après-midi, il restait une prisonnière dans la section Femmes et huit prisonniers – tous des sortants de prisons – côté hommes. Les huit gars passent en appel demain.

Pour rappel, cette prison pour étranger.e.s est à Oissel, à 20 km de Rouen, dans une école de police au beau milieu d’une forêt, à 4 km de la gare sans transports en commun. Là-bas les violences policières sont quotidiennes, et particulièrement au mitard. Une grève de la faim de tout le bâtiment homme avait commencé  le 22 janvier pour exiger l’arrêt des violences au mitard . Nous publions ici les témoignages de prisonniers encore enfermés dans le centre.

Lien vers le communiqué du 22 janvier:

https://abaslescra.noblogs.org/communique-des-prisonniers-de-oissel-en-lutte/

Ce vendredi 20 mars quand nous publions ce témoignage il restait 6 prisonniers enfermés à Oissel, et une prisonnière. Les deux prisonniers qui ont témoignés ont été libérés dans la journée.

Oissel, le 20 mars 2020

« On reste des humains. On était 50 ici. Tout le monde a été libéré. Il reste que 8 personnes. Les 8 personnes sont passées hier chez le juge : le juge nous a libérés, c’est le procureur qui nous dit non.

Moi, j’ai peur d’être malade, ici. La préfecture fait n’importe quoi. Hier j’ai pris ma feuille de libération, le juge m’a dit : « Attends le procureur. » J’attends 4 heures. A 9 heures de la nuit, on nous dit : « Non, le procureur fait appel. T’as 48 heures pour faire appel. »

Même pour rentrer dans nos pays, on fait comment ? C’est fermé !

Normalement on reste pas ici autant de temps. Moi je meurs ici. Y a pas de nettoyage. La femme de nettoyage rentre pas dans les chambres. La promenade est fermée. La nourriture est pas bonne.

Un deuxième:

“L’OFFI, c’est fermé. Ils viennent que le matin pendant une heure. Même France terre d’asile, ils parlent par téléphone. Ils appellent sur la cabine, ils demandent les infos… mais ca fait deux semaines qu’on les voit pas. Interdits de parloir, interdits de visite… Même des cigarettes, on en a pas. L’Offi vient que le matin, quand on dort tous. Parce que la nuit ici, on dort pas ; on stresse un peu. Même le médecin, c’est fermé. On m’a dit pour ma radio : « Attends demain.» Mais demain, je sais pas, moi.

Ils sont avec nous comme des chiens. On a besoin de solutions.

Ici, quand on parle, on nous frappe et on nous jette à l’isolement.

Aujourd’hui, ils ont libéré deux personnes, c’est tout. Il reste des gens de plein de pays et c’est tout ; et tous, ils viennent de prison. »