Fouille et répression : témoignage d’une proche d’un prisonnier du CRA du Mesnil-Amelot

On retranscrit ici le témoignage récent d’une proche d’un prisonnier enfermé au CRA du Mesnil-Amelot, qui raconte une fouille violente [TW agression] et la répression par les amendes pour empêcher les parloirs.

« P : Donc ouais, moi j’ai été voir mon conjoint plusieurs fois pendant le confinement… donc ils me disent que si je rentre dans le centre de rétention c’est 135 euros d’amende la première fois, 1200 la deuxième fois et trois mois de prison la troisième fois.

E : C’est les flics de la PAF, les matons du CRA, qui te disent ça?

P : Ouais, c’est ceux qui travaillent à l’intérieur. Je suis rentrée parce que j’avais envie de voir mon conjoint. Ils ont pris mon nom, prénom et adresse, et ils m’ont dit que c’était 135 euros d’amende. Après j’ai fait ma visite normal. Et après j’y suis retournée, parce que moi j’y vais tous les 2-3 jours.

Et là c’était pas le même discours. La police me dit : « C’est pas notre boulot de mettre des amendes ». Donc y’en a qui mettent, y’en a qui mettent pas. Ça c’était dimanche dernier. La visite s’est très mal passée aussi ; il y avait d’autres visiteurs, mais non ils sont plus sur nous, plus acharnés sur nous. J’sais pas, ça devient du harcèlement en fait. Ils sont 5 d’un côté, 5 de l’autre pour surveiller une visite. Ils acceptent des trucs pour certains visiteurs mais pas pour nous.

A la base on a le droit à 4  paquets de gâteaux, à des boissons. Mais nous non. Mon conjoint il est à part, lui. Ça devient très très grave.

J’y suis retournée hier. Là c’était pire. J’ai sonné, et avant de m’ouvrir la porte on m’a dit que si je pénétrais on me remettait une amende de 135 euros. 

Ils ont écrasé tous les gâteaux, tout ouvert, c’était vraiment comme si on était des chiens.

Ils me demandent si j’ai des produits illicites. Je leurs dis « Bah non, mon conjoint fume pas, il fume que 4 cigarettes par jours. » On continue : donc je rentre dans le centre et là je vois 2 dames de la police ou de la PAF. Y’avait les deux je crois. Après y’en a d’autres qui arrivent, j’avais l’impression d’avoir commis un… je sais pas moi. J’avais l’impression d’avoir tiré sur quelqu’un.

E : Alors que t’allais juste voir ton conjoint en parloir…

P : Alors qu’il y avait d’autres dames pour qui ça s’est très bien passé, mais moi non. Je ramène les gâteaux : il les met dans un sac pour les fouiller, il les écrase tout ça. On aurait vraiment dit la gamelle d’un chien.

Là, ils me fouillent mon manteau normal et ils me disent : « Retournez-vous, les bras en l’air, sortez vos fesses euh… » Ils m’ont mis les mains dans les fesses, devant et tout. Alors que même en prison, ils font pas ça ! Je vais juste voir mon conjoint. Ils m’accusent d’avoir ramené des produits illicites et de l’avoir déjà fait alors que c’est faux. Ils me disent que si, j’ai déjà essayé, donc là ils me fouillent de partout, les cheveux, partout. Je suis choquée. Je suis traumatisée, j’ai même plus envie d’aller voir mon conjoint en parloir.

Dans la salle c’est parti… Bah voilà, on s’est tous engueulés. Mon conjoint, forcément, il était très énervé. Il a déjà des problèmes de santé : il est asthmatique, il a des problèmes d’obésité morbide, il a une infection à la jambe qui est bleue blanche. Il a déjà eu des accidents, et ils veulent pas le changer de chambre. C’est vraiment catastrophique là. Mais on doit se taire. Mais je suis désolée c’est des humains comme nous, hein. J’ai été faire mon parloir avec mon conjoint mais avec une dizaine de flics de chaque côté. Dans ce cas là, c’est pas la peine si on peut pas… qu’ils fassent leur boulot oui, mais il y avait d’autres visites à côté, pourquoi que nous ?

Ça devient du harcèlement c’est pas possible. Moi franchement j’ai même plus envie d’y aller.

E : Tu sais si les amendes, ça concerne d’autres proches ?

Oui oui, parce qu’il y avait au moins une autre dame, quand je venais, à qui la police a dit : »Si vous rentrez en parloir ce sera une amende ». Ils disent qu’ils « sont pas en danger de mort, pas en précarité » et qu’ils ont pas besoin de visite.
L’équipe dont je parle c’est vraiment des racistes ou je sais pas. On doit se taire.

J’avais contacté la Cimade mais ils étaient fermés. J’ai envoyé un mail où j’ai raconté et j’attend une réponse.

(Depuis 10 jours la proche n’a pas eu de nouvelles de la Cimade).

RE-CONFINEMENT, BLINDAGE DE CRA, CLUSTER ET GRÈVE DE LA FAIM : L’EXEMPLE DU CRA DE VINCENNES

Si on retourne un peu en arrière, on se souvient que les centres de rétention en France s’étaient presque tous progressivement désemplis pendant le premier confinement. Certains étaient même complètement vides (sans pour autant avoir fermé définitivement, ça aurait été trop beau). C‘était le cas notamment des CRA de Plaisir, Palaiseau, Bordeaux, Guadeloupe, Hendaye, Nice, Rennes et Strasbourg.
Alors que cette nouvelle vague de pandémie est encore plus violente et meurtrière que la première, les CRA se sont soudainement remplis au maximum juste avant le second confinement. Plusieurs témoignages nous sont parvenus des personnes enfermées pour nous expliquer la recrudescence des rafles mercredi 28 et jeudi 29 octobre et pendant les jours qui ont suivi :
« C’est comme sils savaient que ça serait plus dur de nous arrêter pendant le confinement, comme il y aurait moins de gens dans les rues. C’est comme sils faisaient le plein.« , nous a dit un retenu.
Les conditions sanitaires sont toujours désastreuses, et les clusters se multiplient. Ce n’est pas étonnant, vu que les CRA sont blindés. Les flics et les jugent continuent à jouer avec la vie des gens : les personnes qui sont testées positives sont parfois mises à l’isolement total et privées de soins, parfois enfermées avec des prisonnier.e.s non malades qui risquent donc de choper le virus. Les vols cachés continuent à destination de certains pays (surtout enEurope mais pas seulement), tandis que d’autres exigent que les personnes expulsées soient testées négatives. Mais si les prisonnier.e.s refusent le test pour résister à la déportation, ils.elles font généralement face à la garde à vue et à des peines de prison ferme – comme on le disait dans l’article précédent, https://abaslescra.noblogs.org/contre-le-confinement-et-lenfermement-appelons-les-cabines-des-cra/
Au CRA de Vincennes les autorités tentaient, jusqu‘à fin octobre, de mettre en place un semblant de protocole face au Covid-19. Les bâtiments 2A et 2B servaient de « bâtiments d’arrivée » où étaient placés les nouveaux arrivants qui faisaient immédiatement un test Covid. Sils étaient négatifs, ils étaient placés dans le bâtiment 1. Sils étaient positifs, ils étaient placés soit en hôtel, soit dans l’un des deux autres bâtiments qui servaient pour enfermer les personnes testées positives et/ou pour mettre en septaine les personnes ayant été en contact avec une personne porteuse du virus.
Cette organisation de façade a complètement été abandonnée depuis le reconfinement. Le bâtiment 1, déjà presque plein, est aujourd’hui plus que plein. Les personnes retenues nous informent que les chambres ne pouvant accueillir pas plus de quatre personnes sont dorénavant occupées par cinq à six personnes. Enfin, les bâtiments 2A et 2B se sont eux aussi remplis rapidement. Les tests d’arrivée ont été abandonnés. Résultat : 7 personnes ont été testées positives au Covid-19 la semaine dernière dans le bâtiment 2A (suite à la déclaration de symptômes chez plusieurs d’entre eux). Les personnes testées négatives ont été transférées dans le bâtiment 2B. Deux jours plus tard, dans ce même bâtiment 2B, on amenait une personne présentant de graves symptômes (les flics sont venus la récupérer 3 heures plus tard, on espère qu’elle est allée à l’hôpital). Le bâtiment est lui aussi en quarantaine, en attendant les résultats des tests. Actuellement, 138 personnes sont enfermées dans ce CRA !
On se fout de la santé des personnes sans-papiers, on se fout de mettre leur vie en danger. Aujourd’hui comme tous les jours, la seule solution c’est la destruction de tous les centres de rétention ! A bas les CRA et les frontières !

Continue reading « RE-CONFINEMENT, BLINDAGE DE CRA, CLUSTER ET GRÈVE DE LA FAIM : L’EXEMPLE DU CRA DE VINCENNES »

Témoignage de X, prisonnier au CRA de Lyon

Lecture et republication du site crametoncralyon.noblogs.org

« voilà comment on traite les gens. on est isolés. c’est vrai qu’il y a des caméras mais dans les chambres il y en a pas. dans les chambres il y a que des agressions »

Je raconte en détail depuis le début. Ils m’ont emmené à l’isolement à cause du monsieur qu’ils disent qu’il a le corona, il est positif. ce monsieur il est venu de prison. il a passé une semaine avec moi dans le centre, avec tout le monde. et là du coup ce monsieur il a une grippe ou quoi. après il est parti faire le test. ils disent qu’il faut mettre ce monsieur à l’isolement. ils font exprès de me mettre avec lui pour me mettre aussi à l’isolement.

ils m’ont emmené à l’isolement hier, j’ai demandé le matin des cigarettes comme tout le monde. j’ai donné 20 euros au guichet pour qu’ils m’achètent un paquet. ça coûte 10,40 euros, j’ai pas de monnaie j’ai donné 20 euros. du coup après quand ils m’ont emmené à l’isolement j’ai parlé à la personne, « j’ai besoin de cigarettes ». normalement à 11 heures ils emmènent les cigarettes. j’ai appelé à 11 heures, midi, midi trente… il vient pas. Le gars il fait exprès pour que je fume pas. moi je suis en colère, je dis « comment, ils m’emmènent quelqu’un qui a le virus corona, il habite avec moi, après ils m’emmènent à l’isolement, il n’y a aucune protection dans cette chambre… ». Voilà. Et quand ils m’ont emmené les cigarettes, j’ai vu la monnaie, il m’a rendu que 5 euros. 5 euros et un paquet. J’ai dit « comment ça se fait, normalement c’est 10,40 euros ». Là il m’a dit « Ferme ta gueule », je sais pas quoi. Il m’a parlé méchamment. J’ai dit « on s’en fout », j’ai fumé une cigarette. Et là ils sont partis.

Après j’ai appelé pour mes vêtements. ils sont venus avec tout, les masques, les protections. ils sont entrés dans ma chambre, ils m’ont fait tomber par terre. ils ont cassé la puce de mon téléphone. moi j’ai rien compris. Pourquoi ils ont fait ça ? j’ai rien compris. après quand j’ai pensé dans ma tête je me suis dis c’est à cause de la préfecture. j’ai la pression sur moi pour que je fasse un test. parce que ce jour-là quand on m’a demandé de faire un test j’ai refusé (1). et voilà. et quand ils sont partis j’ai cassé la poignée de la porte et j’ai bloqué la porte à l’intérieur et j’ai dormi. j’ai dit je vais faire la grève de la faim, on s’en fout, l’essentiel c’est que ça se passe pas encore. et ils sont revenus, à 10 personnes, comme si ils avaient trouvé un terroriste ou quoi. ils sont entrés dans ma chambre, par terre, avec les bottes, ils me frappent… c’est pas la peine. J’ai demandé le médecin, ils veulent pas. le médecin il est venu me voir parce que comme j’ai un accident, une fracture au niveau du cou, ils m’ont bandé sur un tabouret fixe (?). c’est la même chose, la fracture elle est comme avant. j’ai demandé le médecin, il n’y a pas. j’ai demandé les secours, il n’y a rien. j’ai appelé la police, ils ont dit « tu peux pas te déplacer, tu es au centre de rétention ». j’ai appelé les pompiers et là… je sens qu’ils m’écoutent.

après ils m’ont emmené au mitard. parce que j’ai cassé cette poignée, ils m’ont foutu au mitard. j’ai passé la nuit, ils voulaient me mettre des ceintures sur le lit mais comme le garde du soir il me connaît car ça fait 75 jours que je suis là et j’ai aucun problème, je suis quelqu’un de correct, il leur a dit de me laisser libre. franchement je suis dégoûté. j’ai tapé ma tête sur la vitre incassable. je l’ai cassée. ils ont fait des photos comme quoi je suis un voyou. c’est toujours moi la victime et c’est toujours moi le voyou. demain normalement j’ai le tribunal. ils m’ont dit non tu vas pas voir le tribunal, dans trois ou quatre jours tu vas voir directement le procureur il t’envoie directement au tribunal. normalement moi demain matin c’est fini, 75 jours. comme je vais dépasser les 75 jours, après je vais voir le tribunal. c’est un peu bizarre, j’ai rien compris franchement. soit ils appliquent la loi correctement, soit ils l’appliquent pas… mais eux ils sont pas en train d’appliquer la loi.

comme il y a du terrorisme dehors, surtout à cause du Tunisien qui a fait l’attentat à Nice, un terroriste ou je sais pas c’est qui même, moi je paie la facture, parce que je suis Tunisien. Mais moi je dis non, je dis que j’ai rien fait, en France je vis tranquille. Au contraire, je suis professionnel de construction de bâtiment. et là aujourd’hui je paie la facture d’un fou, d’un terroriste. […] ils lâchent les terroristes et ils m’attrapent moi parce que j’ai la nationalité tunisienne.

moi tout ce qui m’inquiète c’est mon fils. quand je réfléchis, j’ai quitté mon fils, j’arrive pas à trouver une solution. je suis depuis dix ans ans en France, j’ai jamais fait de garde à vue. aujourd’hui ça fait 75 jours de prison, pire que la prison, parce que j’ai pas de carte de séjour. c’est pas ma faute si j’ai pas de carte de séjour. c’est la préfecture qui me donne pas de carte de séjour. c’est pas ma faute si je suis pas marié avec une Française pour avoir une carte de séjour, je suis marié avec une Italienne, c’est le destin. et là je peux rien changer. moi j’ai pas pensé aux papiers. J’ai pas cherché les moyens pour faire un mariage blanc et avoir des papiers, je cherche une femme pour avoir une famille.

voilà comment on traite les gens. on est isolés. c’est vrai qu’il y a des caméras mais dans les chambres il y en a pas. dans les chambres il y a que des agressions, ils parlent méchamment. Bon c’est pas tous, franchement. y’a des policiers qui comprennent. mais y’a des policiers qui travaillent avec la préfecture. Comme m’a dit un civil, « le préfet il gagne 30 000 euros, tu peux rien lui faire. Il peut t’envoyer même sans test en Tunisie ». Je me suis dit bah voilà, c’est pas la fin du monde. si je rentre, je rentre. je prends la mer et je reviens au moins en Italie, je vais voir ma femme et mon fils. j’ai pas le choix. j’ai travaillé 10 ans en France, je mérite pas ça moi. si j’ai un casier judiciaire sale ou si je suis un voyou ou quoi que ce soit, oui. mais là, j’ai des fiches de payes, je cotise chaque mois, j’ai eu aucune aide depuis que je suis venu sur le territoire français. ils m’ont pas payé la formation. et là aujourd’hui je suis professionnel.

moi je sais bien que la loi française est pas comme ça. j’ai un enfant, je connais bien la loi, c’est pour ça que j’attends, je vais me présenter devant un juge, je vais parler avec lui. si il me comprend il va me libérer, si il applique la loi … je sais pas d’après quelle loi c’est, je suis contre cette loi. comment un père de famille peut être emmené en prison parce qu’il rentre pas chez lui. si ils veulent m’expulser, j’ai l’Italie, j’ai mes papiers en Italie. pourquoi ils m’emmènent pas en Italie ? Normalement je devrais aller avec ma femme en Italie, pas en Tunisie. Parce qu’ils sont en colère contre les terroristes tunisiens ou je sais pas quoi… Mais c’est pas ma faute, le terrorisme. c’est partout le terrorisme ! même en Tunisie on a des terroristes.

dans ma chambre il y a un gars ils disent qu’il est positif et il est toujours avec moi. ça veut dire quoi ? ils veulent m’emmener le virus ? j’ai rien compris franchement. on est deux personnes victimes d’une autre personne qui a fait le test, elle est positive et elle est toujours avec nous. il y a des personnes positives qui sont à l’isolement de l’autre côté. et il y a une personne positive qu’ils ont emmenée avec nous. ça se voit, le mec il tousse, il a le corona, c’est vrai. il a la gorge, la respiration, ça va pas… j’ai parlé avec le médecin il m’a dit bon on n’est pas sûr, on attend 7 jours après on va voir si il l’a ou il l’a pas. mais c’est quoi ça ? moi je prends le risque d’être là avec quelqu’un peut-être il l’a, peut-être il l’a pas. et après moi je vais être victime de qui ? de lui ! victime de la loi française ! c’est pas la loi française, c’est la loi administrative de la préfecture. Ils m’ont dit « le préfet il est responsable ». comment il a le pouvoir ce préfet qu’il m’emmène le corona, il détruit ma vie ? Mon travail ils m’appellent ils m’envoient des messages chaque jour, « viens travailler ». moi pendant le confinement quand toute la France ils étaient chez eux moi je travaillais sur le chantier. et maintenant ils m’emmènent ici.

c’est pas la peine, je raconte ma vie… de toute façon moi je vois que c’est le destin. même ma femme elle a dit, « tu demandes, on va y aller en Italie. Y’a pas beaucoup de travail mais ça va aller. » Mon fils chaque jour il m’appelle, « papa tu viens quand ? ». ça me fait mal. y’a une loi qui protège les enfants aussi en France, mais ils l’appliquent pas. […]

moi de quoi j’ai besoin? De ma femme, de mon fils, de ma vie tranquille. Soit riche, soit pauvre, on s’en fout, l’essentiel c’est qu’il y a une loi qui me protège moi, ma femme et mon fils.

(1) il souhaite refuser le test car légalement c’est une condition préalable à l’expulsion. Refuser le test est un moyen d’éviter l’expulsion. Mais le refus de test est considéré comme un refus d’embarquer, et donc passible de prison ferme.