Situation au CRA de Lille : photos et témoignages

Au CRA de Lille, ils ne sont plus que 8, regroupés dans un
bâtiment. La moitié d’entre eux sont passés directement de la prison au CRA. Parmi eux, deux prisonniers racontent la situation à l’intérieur : les insultes, les tabassages et surtout l’incompréhension de laisser le centre ouvert et de les garder enfermés.

Mais aussi les conditions d’hygiène désastreuses, comme le confirment des photos sorties du centre. Enfermer et laisser des gens enfermés dans ces prisons est, d’autant plus en ce moment d’épidémie, un choix politique : les préfectures et l’Etat ont décidé de “courir le risque” de faire créver des sans-papiers. Ripostons, soyons solidaires avec les prisonniers-ères !

“Nous on est juste des roumains madame, on veut partir de notre propre volonté. On ne veut pas rester en France. Mais le problème là avec le virus, il n’y a pas d’avions, c’est fermé. Donc je ne comprends pas, ici on est 8 personnes.

Aujourd’hui ils nous ont changé de secteur. Ils nous emmenés dans un secteur entre guillemets “propre”, mais les douches sont sales, il y a de l’eau partout. C’est crade ici. Je vois par terre il y a des mégots. Devant le centre c’est propre. Mais nous là où on vit c’est pas propre. Ca veut dire qu’on a aucune garanties sur notre santé.

La dame qui s’occupe du magasin, on lui a demandé si il y avait un coca ou un jus d’orange. Elle nous a dit nous on fait pas les courses comme ça comme partout, ils parlent avec nous comme des chiens. En plus le tour d’aujourd’hui, les policiers qui sont ici, ils nous ont très mal traités.

Après moi j’ai demandé le commandant, j’ai parlé avec lui et je lui ai expliqué le comportement des policiers de ce matin. Il a répondu que ça c’était la France, que si cela ne nous convenait pas, il fallait ne pas venir en France. Je lui ai dit “mais pourquoi vous nous parlez comme des chiens ?”, nous on vous respecte, donc on vous demande le respect.

Ici c’est dommage qu’on ai pas de portable avec des photos, parce qu’ils ne sont pas malades, si ils nous laissent avec des téléphones avec caméra, je prends des photos et j’envoie direct à la direction des droits de l’homme à Bruxelles, pour qu’ils voient dans quelles conditions on vit ici.

On comprend que quand on a fait une bêtise on paie, mais on est pas des chiens ou des moutons pour vivre comme ça, dans ces conditions.

Moi juste avant j’étais en prison. J’ai fait ma peine. J’ai fait une bêtise, j’ai payé. J’ai été trop vite sur l’autoroute et ils m’ont mis 5 mois en prison. J’ai dit ok. Je paye. J’ai fait trois mois et 20 jours de prison et je suis sorti. J’habite en Belgique, depuis 5 ans, j’ai acheté là-bas ma maison. Et je travaille, j’ai un contrat de travail, j’ai tout.

Et donc je dis : je rentre dans mon pays. Même s’ils m’envoie en Roumanie ce n’est pas grave. En 2h et demi je suis de retour en Belgique. Mais comme ils ont fermé les aéroports tout ça, j’ai compris. J’ai dit bon, je ne peux pas rentrer en Roumanie, envoie-moi en Belgique, c’est 65km ! Ca fait 30 minutes de route.

Ma nièce a envoyé tous les papiers. Aujourd’hui j’ai vu mon assistante sociale, elle m’a dit que je passerai devant le juge dans 20 jours. Mais j’ai dit : “pourquoi dans 20 jours ?”. Vous me dites que vous avez tous les papiers, mais vous ne pouvez pas me relâcher. Je ne comprends pas le système comment ça se passe.

Ils profitent des roumains. Ils disent qu’on ne connait pas trop les lois, qu’on ne connait pas trop les choses. Mais moi ça fait 20 ans que j’habite en France. Je suis marié avec une femme française. J’ai deux enfants avec elle. Ensuite on s’est séparés. Donc on connait la France, ça ne veut pas dire qu’on ne connait pas nos droits.

Nous on ne met pas tout le monde dans la même casserole. Il y a des gens bien et mauvais partout. Ici il y a des arabes. Il y en a certains qui n’ont pas d’argent, qui n’ont pas de famille. Ils n’ont rien du tout. Et bien on achète du café pour nous, on leur achète aussi pour eux. Des cigarettes aussi. On partage.”

S est roumain lui aussi, son arrivée au CRA s’est faite de manière
violente, suite à une arrestation dans la rue et une garde à vue où il a été frappé par les flics.

“En fait j’étais tout simplement en train de dormir dans une voiture, dans ma voiture. Et en fait quand je me suis réveillé, il y avait les flics à ma fenêtre et du coup, je baisse ma fenêtre, ils me demandent mes papiers. Je leur donne tout, le permis tout.

Quand ils voient que je suis roumain, ils commencent à me mettre des claques, des patates en me disant “ouais c’est vous qui ramenez la maladie en France, c’est à cause
des gens comme vous”. Il m’a frappé directement dans la rue, tu vois ma lèvre elle est encore ouverte à l’intérieur. Et mon œil, il n’est pas bleu mais il est gonflé.

Quand ils m’ont frappé, je me suis mis en colère, je lui ai demandé : “de quel droit tu me mets des patates ?”. En garde à vue, j’avais demandé à porter plainte, mais ils se sont foutu de ma gueule, en garde à vue ils m’ont aussi foutu des claques. Parce qu’en fait je demandais à avoir un avocat et un médecin.

Je ne comprends pas c’est quoi cette violence envers les roumains. Parce qu’en fait dans notre pays aussi en Roumanie il y a des français. Du coup, je ne crois pas que la France aimerait que quand on attrape des français dans notre pays ils leur fassent la même chose.

Parmi tout les roumains en France il n’y en a pas un seul qui est malade. Alors c’est quoi ? C’est juste une violence contre les roumains quoi.”

La lutte contre les CRA est aussi une lutte
contre la domination raciste.

Ces témoignages montrent une fois de plus que le CRA est une des formes les plus violentes du racisme d’Etat, contre les personnes noires, arabes et roumaines (entre autres) qui vivent dans ce pays. Mais les prisonniers parlent aussi des solidarités qui se tissent à l’intérieur. Soutenons-les depuis l’extérieur ! 

Libération immédiate de tou.te.s les prisonniers-ères ! Abolition des CRA !

“L’histoire dira son mot un jour. Pour l’instant, on est des morts réservés” : témoignage d’un prisonnier de Mesnil-Amelot

On reçoit et on publie le témoignage d’un prisonnier du CRA de Mesnil-Amelot.

Malgré le virus, le confinement et l’impossibilité de déporter les gens, des sans-papiers se font encore arreter et enfermer dans ces prisons. Après la grève de la faim lancée lundi dernier (grève qui continue pour certains prisonniers), et l’appel lancé aux groupes solidaires avec les sans-papiers, une trentaine de prisonniers y sont renfermées, dans des conditions “pas humaines”, comme le dit le prisonnier.

Ca fait seize jours que je suis dans le CRA du Mesnil Amelot, j’ai été arrêté le 17 mars. Ce qu’on est en train de vivre ici c’est inhumain, la démocratie est bafouée en France.

Selon le gouvernement, le virus ne peut pas atteindre le centre, mais il n’y a pas de gel, pas de masque, pas de gants. Ici il y a des gens qui arrivent tous les jours, hier quatre personnes, aujourd’hui encore trois ou quatre et pas de dépistage.

Il y a eu deux libérations hier, mais des nouvelles personnes arrivent donc ça sert à quoi ? C’est sale, partout. La CIMADE est fermée. On est qu’avec les policiers. On est plus de 30 personnes ici.

Il y a encore deux personnes qui font la grève de la faim, moi je l’ai fait quatre jours mais je suis allée manger hier. Ce qu’on vit ici c’est pas humain. Il y a que des Africains qui sont ici. On n’est pas des criminels. Si vous prenez ma place qu’elle sera votre réaction ?

La guerre dans mon pays, au Congo Brazville,
c’est un business. Les gouvernements font ce qu’ils veulent. J’ai servi l’armée nationale congolaise. En 2003 j’ai demandé l’asile en France. Ça fait 17 ans que je vis en France. Mais ce que je vis ici c’est encore pire qu’en Afrique.

Ce qu’on vit ici en France c’est de l’esclavage. Les Africains ne sont pas libres. Elle est où la déclaration universelle des droits de l’Homme ? L’histoire dira son mot un jour. Pour l’instant on est des morts réservés.

En ce moment, il est encore plus difficile que d’habitude de mettre en place des pratiques de solidarité réelle avec les prisonniers-ères dans les CRA. Un petit truc, pour montrer qu’on est au courant de ce qui se passe dans les CRA et pour tenter de ralentir le sale boulot des préfectures, c’est de participer au mail bombing, chaque jour à 11h.

Libération immédiate de tou.te.s les prisonniers-ères !
Fermeture et abolition des CRA !
Des papiers pour tou.te.s, ou pas de papiers du tout !

Révoltes et luttes pour la liberté dans les CRA – Actualisé au 29 mars

N'importe qui peut discuter avec les prisonnier-es en CRA en appelant les cabines.

En ce moment encore plus que d'habitude, vous pouvez appeler les cabines des CRA pour témoigner de votre solidarité. Si vous ne l'avez jamais fait et que vous vous demandez quoi dire, voilà quelques idées : Soutenir les retenu.e.s – Numéros et adresses des CRA

MISE A JOUR 29 MARS/

Le 16 mars le gouvernement annonce le début de la période de confinement pour au moins 15 jours (prolongé depuis de 15 jours supplémentaires), et dans la foulée la suspension des parloirs pour les prisons et pour les centres de rétentions. La majorité des frontières sont fermées empêchant les expulsions des étranger.e.s enfermé.e.s dans les centres de rétention.
 
Avant l’annonce de la pandémie par le gouvernement, les personnes enfermées en CRA connaissaient déjà des gros problèmes d’accès aux soins: rupture de traitement à leurs arrivées, distribution massive de médicament de type calmant, anxyolitique sans ordonnance et sans prescription, présence très rare des médecins de garde, infirmerie sous équipée pour soigner. De plus, lorsque les prisonniers essaient d’appeler les pompiers, régulièrement les flics de la PAF(*Police aux frontières) les bloquent à l’entrée du centre, s’en foutant complètement de l’état des gens enfermés. Le recours systématique aux anxyolitiques et aux somnifères pour mater les rétenus et pouvoir mieux les maitriser a amené en novembre dernier à la mort par overdose d’un prisonnier à Vincennes, Mohammed.
 
En plus de ces problèmes d’accès aux soins, les prisons pour sans papiers étaient déjà confrontées avant la pandémie, a des problèmes d’hygiènes importants (douches et toilettes collectives peu ou pas lavées, problème pour faire nettoyer son linge, parfois des problèmes de gale).
Lors des mouvements de luttes qui ont eu lieu cette année dans beaucoup de centres de rétention les prisonniers et prisonnières ont quasiment toujours exigé l’accès à une nourriture correcte, végétarienne ou halal (c’était encore le cas à Oissel lors d’une grève de la faim commencée le 22 janvier par l’ensemble des prisonniers de la section homme, mouvement de luttes de plusieurs semaines).
 
Dans les jours qui ont suivi les fermetures des frontières, les préfectures ont fait le choix de continuer d’enfermer les prisonnier.e.s. Les problèmes sanitaires se sont amplifiés, l’accès aux soins s’est encore dégradé (si c’était possible), il n’y a plus d’approvisionnement en nouvelle nourriture dans certains centres: les repas sont régulièrement froids et périmés de plusieurs jours. L’Ofii (Office français de l’immigration et de l’intégration) n’est plus présent dans certaines prisons ou alors pendant des horaires beaucoup plus restreints. Et c’est le même Ofii qui gère les cantines (c’est à dire là où les prisonniers peuvent acheter des gâteaux, des cigarettes ou du crédit pour les téléphones) en centre de rétention.
 
Les associations humanitaires qui sont censés faire du soutien juridiques dans ces prisons ne sont plus présentes physiquement. Pour la majorité elles ont mis à disposition des permanences juridiques par téléphone. De la même manière les jugements (au juge des libertés et détention JLD, ou au tribunal administratif) se font en visioconférence, souvent sans avocat.e.
 
A tout ce qui vient d’être énuméré se rajoute le manque d’information encore plus violent à l’intérieur des prisons qu’à l’extérieur.
 
Les prisonniers et prisonnières de différents centre de rétentions se sont révolté.e.s (grève de la faim collective, blocage, incendie de cellules…) pour exiger leurs libération immédiate à partir du 15 mars à Lille-Lesquin, Mesnil-Amelot (CRA2 & CRA3), Vincennes (CRA1), Lyon et Metz au moins. (voir plus bas dans l’article)
 
Plusieurs associations ont porté un référé devant le Conseil d’Etat, dénonçant la gestion de la crise sanitaire dans les cra et demandant leur fermeture temporaire. Sans pour autant parler des conditions de vie en général en CRA avant la pandémie. Ce reféré a été rejeté le 27 mars par le conseil d’Etat , estimant que « les conditions de fonctionnement des CRA dans ces circonstances particulières ne sauraient caractériser une carence dans l’accès aux soins ou à la mise à disposition de produits d’hygiène dans le cadre de la lutte contre l’épidémie de Covid-19. Pourtant dans certains CRA les prisonniers sont clairement malades, comme au CRA de Oissel ou les retenus ont des symptômes du Covid-19.
 
Si dans la majorité des CRA il y a eu beaucoup de libérations, cependant il continue à y avoir des arrivées et principalement de sortants de prisons. Cette stratégie de la préfecture de réprimer particulièrement celles et ceux qui sortent de prison n’est pas nouvelle. Elle semble par
contre s’amplifier ces derniers jours.
 
A Mesnil-Amelot (77) et à Vincennes (94), après les quelques libérations au JLD de la semaine dernière, les expulsions continuent et des personnes sont enfermées depuis plusieurs semaines, et donc avant l’annonce de la pandémie. Les retenu.e.s dans les centres sont moins nombreux.ses, quand il ou elle ne sont pas carrément seul.e comme pour une prisonnière dans la section femme de Oissel, ou des prisonniers seuls comme ça devient fréquent à Bordeaux et à Metz, le rapport de force est donc plus favorable à la police qui continue de réprimer.
 
Des centres de rétentions semblent avoir bel et bien fermé: Strasbourg (67), Nice (06), Nîmes (30), Sète, Hendaye (64), Palaiseau (91), Plaisir (78). Nous utilisons le conditionnel parce que les CRA de Lyon et Bordeaux avaient été annoncé comme fermés avant que des prisonniers étrangers sortant de prisons y soient emmenés (avec en plus un transferts des derniers prisonniers d’Hendaye au cra de Bordeaux). Les préfectures ont communiqué sur les centres qui se vident pour mieux cacher qu’il restent des personnes enfermées dans ces prisons.
 
Samedi 21 mars, quasiment tout le CRA1 a décidé de se remettre en grève de la faim avec toujours les mêmes exigences : libérations, amélioration de la bouffe (la nourriture était périmée, les fournisseurs ne ramènent plus de nourriture dans le centre depuis plusieurs jours) et des soins.
Le lendemain ils étaient suivi par une trentaine de prisonniers du CRA2B, en grève de la faim aussi. La PAF (police aux frontières) a immédiatement commencé à leur mettre la pression. Quelques jours plus tard, une nouvelle grève de la faim recommençait au 2B face au silence de la préfecture. 
 
 
A Oissel des prisonniers qui présentent les symptômes du coronavirus sont peu ou pas soigné. Ils continuent d’être enfermé dans un batiment. Ils ont sorti un communiqué le 25 mars pour exiger la libération immédiate des prisonniers pas encore atteint par les symptômes du coronavirus et un vrai traitement médical pour les autres.
 
Au Mesnil-Amelot tous les prisonniers restant ont été regroupé dans deux batiments du CRA2. Les derniers prisonniers de Plaisir et de Palaiseau y ont été transféré. La décision de regrouper les prisonniers ensemble augmente les risques de transmission du coronavirus parmi les retenus et permet uniquement de réduire le nombre de policier de la PAF sur le terrain.
 
En ce moment encore plus que d’habitude, vous pouvez appeler les cabines des CRA pour témoigner de votre solidarité. Si vous ne l’avez jamais fait et que vous vous demandez quoi dire, voilà quelques idées.
 


MISE A JOUR 22 MARS/

en audio ici

Alors que d’un coté certain·e·s retenu·e·s sont peu à peu libéré·e·s, les préfectures ne sont pas pour autant dans une politique de fermeture des CRA face aux risques de l’épidémie en cours.

Si certains CRA libèrent assez rapidement sur ordonnance du JLD ou décision de la pref, dans d’autres centres, JLD et préfectures restent opposés aux mises en liberté (comme à Rennes, Coquelles ou Perpignan), et de nombreuses personnes sont encore enfermées sans savoir si elles seront ou non libérées dans les prochains jours… A Coquelles, CRA particulièrement sur peuplé au moment du début de l’épidémie, les demandes mise en liberté déposées par FTDA ont été examinées par le JLD de Boulogne-sur-Mer. Les retenus du centre ont été progressivement libérés les 19, 20 et 21 mars. A présent il ne reste plus que deux personnes au centre, lesquelles doivent passer au JLD aujourd’hui, 22 mars, selon l’administration.”

Ailleurs, beaucoup de CRA sont utilisés pour ré-enfermer les personnes qui sortent de taule. C’est le cas notamment du CRA de Bordeaux qui a été annoncé vide mais que la préfecture à ré-ouvert dans les heures suivantes pour y transférer d’ancien·e·s détenu·e·s.
Au CRA de Metz la situation est similaire. A la prison pour étranger.e.s de Marseille, la rumeur de la fermeture du centre de rétention a tourné toute la semaine : c’était pour samedi, puis pour lundi… Les dernières infos semblent plutôt dire le contraire : il ne va pas fermer et des personnes continuent à y être enfermées. Si la plupart des prisonniers ont été libérés, certains y sont encore enfermés aujourd’hui. Ces derniers jours, de nouveaux prisonniers sont arrivés, tous sortants des différentes prisons de la région : Luynes, à Aix, ou la Farlède à Toulon, par exemple.
Les deux derniers retenus du CRA de Coquelles y ont également été transférés à l’issue de leur peine de prison.

Les aller-retours CRA-prison-CRA étaient déjà bien connus mais aujourd’hui cela parait quasi systématique pour les personnes qui sortent de taule. Si certaines y reste quelques jours avant de sortir libres, d’autres, pas forcément suite à de plus longues peines, y restent prisonnières ou bien sortent avec des assignations à résidences strictes (pointage quotidien). En effet le gouvernement a modifié par décret le premier décret du 16 mars qui réglementait les permissions de sortir de chez soi, réaffirmant que les personnes assignées à résidence devaient continuer de pointer même pendant cette période de confinement.

En finir avec la bouffe et l’hygiène dégueulasses ainsi que le mépris des médecins et les refus de soins sont des revendications constamment portées par les retenu·e·s en lutte, bien avant la crise du Covid-19. Actuellement, la situation empire d’avantage et les retenu·e·s dénoncent les conditions sanitaires alors que dans certains CRA le nettoyage n’est plus fait et la qualité des repas reste toujours épouvantable (dans certains CRA, la nourriture chaude n’était plus autorisée mais seulement des repas froids servis par les flics). L’absence de l’OFFI rend impossible l’achat de cartes sim, de cigarettes, etc. L’arrêt des visites prive également les retenu·e·s des soutiens affectif et matériel de leurs proches. Les prisonnièr·e·s qui restent enfermé·e·s sont encore plus isolé·e·s par la situation actuelle : « On n’est plus nombreux du tout, donc avec les keufs c’est encore pire. »

Les prisonnièr·e·s se révoltent aussi face à la situation toujours plus exécrable des soins dûe à l’absence des médecins. En effet, dans certains CRA les médecins ne se déplacent plus et l’équipe médicale est réduite à une pharmacie qui distribue quelques médicament, voire est complètement absente. Pire, les retenu·e·s qui signalaient des symptômes similaires à ceux du covid-19 ont été placés à l’isolement dans plusieurs CRA. Ielles sont dès lors doublement enfermé·e·s au lieu d’être pris en charge par l’équipe médicale. Leurs co-retenu·e·s n’ont pas eu non plus de visite médicale. Les flics quant à eux, entrent et sortent du CRA sans aucun contrôle de leur température, ni aucune autre précaution.

Les prisonnièr·e·s dénoncent la coupure brutale de leur traitements médicaux ou encore le mépris des médecins face à des situations de danger et bien sur l’absence totale de mesures en lien avec l’épidémie. Tou·te·s réclament une libération immédiate de tou·te·s les retenu·e·s ! Pour appuyer des revendications, les luttes continuent, à la fois des luttes individuelles, (un incendie de cellule a eu lieu au CRA de Perpignan le 20 mars), mais aussi collectives. Au CRA de Vincennes ou il reste encore une trentaine de prisonniers dans chacun des deux bâtiments (un 3e bâtiment avait été rendu inutilisable par l’incendie du 4 février) une grève commune aux retenus des deux bâtiments est en cours en ce moment. Elle a été initiée par les prisonniers du bâtiment 1 samedi soir (21 mars) puis suivie aujourd’hui par les retenus du bâtiment 2B.

Voici plusieurs communiqués et témoignages écrits par des retenus de plusieurs CRA partout en France, à faire circuler au max !


La situation dans plusieurs CRA en France
à l’époque du coronavirus

Alors que la gestion de l’urgence de l’épidémie de coronavirus s’étend partout en France, avec l’imposition du confinement et les contrôles de police dans les rues, à l’intérieur des lieux d’enfermement la violence et la répression de l’État se font de plus en plus dures. Et c’est les plus précaires qui seront le plus touché: celleux qui sont à la rue et/ou qui n’ont pas de papiers.

Dans les prisons et dans les centres de rétention administrative interdiction des parloirs et toute autre activité collective, les mesures sanitaires prisent sont ridicules, et il n’y  aucune information donnée aux personnes enfermées. Tout ça alors même que depuis la diffusion massive du Covid-19, plusieurs pays ont fermé leurs frontières aux avions venus de France, empêchant les déportations, et laissant comme seule fonction au CRA d’être des prisons.

Dans les tribunaux, alors que la plupart des audiences a été annulée et plusieurs la majorité des avocat.e.s arrêtent de s’y rendre, les JLD et les comparutions immédiates continuent d’avoir lieux, la preuve que les rêves d’enfermement de l’État vont bien au-delà du confinement pour contenir le virus.

Certaines associations humanitaires qui travaillent dans les centres (Cimade, Assfam, France Terre d’Asile, Forum Réfugiée, l’Ordre de Malte) ont arrêté de venir dans les CRA. Les personnels de nettoyage ne sont plus dans les centres, et dans plein de batiment y a plus de savons disponible pour les prisonnier.e.s. Dans la plupart des centres de rétentions y a plus ou quasiment plus l’OFFI (Office français de l’immigration et de l’intégration) donc plus d’achat de clopes ou du crédit pour téléphone. L’infirmerie et les médecins continuent de mépriser les prisonnièr.e.s retenu.es, les flics se tiennent à des mètres de distance d’eux, alors qu’on sait bien que les seuls qui sortent du centre et qui peuvent ramener le virus à l’intérieur c’est bien les flics…

Face à tout ça les prisonnier.e.s n’arrêtent pas de lutter et résister par plein de moyens différents. Le dimanche 15 puis le lundi 16 mars, à Vincennes, Mesnil-Amelot, Lyon, et Lille-Lesquin les prisonnier.es se mettent en grève de le faim. Dans certains centres il y a aussi eu des départs de feu, des évasions collectives, des blocages et du bordel en tous genre (comme à Metz).

Iels dénoncent le manque d’hygiène, pas de masques ni de gants pour les flics ni pour elleux, la violence de la part de la police et le mépris des médecins. Iels demandent la libération de tout le monde.


Voici plusieurs communiqués et témoignages publiés depuis le dimanche 15 mars, à faire circuler au max !

Communiqué des prisonniers de Mesnil-Amelot :
    CRA2
:https://abaslescra.noblogs.org/de-toute-facon-le-resultat-pour-nous-cest-la-misere-communique-de-prisonnier-du-cra2-du-mesnil-amelot/
    CRA3
:https://abaslescra.noblogs.org/vraiment-on-nous-a-oublie-ici-comminuque-de-greve-de-la-faim-des-retenus-mesnil-amelot/

Communiqué des prisonniers du centre de rétention de Lille-Lesquin :
https://abaslescra.noblogs.org/on-prefere-mourir-de-faim-que-de-cette-merde-communique-des-prisonniers-du-centre-de-retention-de-lille-lesquin-du-15-mars/

Communiqué de prisonniers du cra 1 de Vincennes le 16 mars :
https://abaslescra.noblogs.org/greve-de-la-faim-et-foutage-de-gueule-paroles-de-linterieur-du-cra-de-vincennes/

Témoignage d’un prisonnier de Lyon St Ex le 17 mars:
https://crametoncralyon.noblogs.org/temoignage-au-cra-de-lyon-st-ex-greve-de-la-faim-face-a-la-suppression-des-visites-et-des-audiences-et-la-crainte-des-prisonnier-es-face-au-coronavirus/

Lettre collective de prisonniers du CRA de Vincennes le 19 mars :
https://abaslescra.noblogs.org/au-cra-de-vincennes-les-prisonniers-sont-encore-plus-isoles-et-encore-moins-en-securite/

Témoignage d’un prisonnier du CRA de Bordeaux le 20 mars :
https://abaslescra.noblogs.org/ils-ont-endormis-tout-le-monde-en-disant-que-le-cra-etait-ferme-temoignage-dun-prisonnier-du-cra-de-bordeaux-toujours-ouvert/

Témoignage de deux prisonnier du CRA de Oissel du 20 mars 2020: https://abaslescra.noblogs.org/il-reste-des-gens-et-tous-ils-viennent-de-prison-des-nouvelles-de-la-situation-a-la-prison-de-oissel/


Après la grande journée de luttes du 16 mars, ça reste très chaud. La bonne nouvelle est que pas mal de prisonniers-ères ont été libéré.e.s depuis mardi dans plusieurs centres. Notamment les personnes qui passent devant le-la juge, celles qui ont pu payer un.e. avocat.e, et celles qui sont en contact avec les associations qui bossent dans les centres et qui ont demandé la mise en liberté des prisonniers-ères. Mais les autres prisonniers-ères restent enfermée dans des conditions qui étaient dégueulasses bien avant le virus, et comme si la situation n’était déjà pas assez grave, les keufs continuent de provoquer les prisonniers-ères, font circuler des rumeurs, font péter des cables.

Les keufs ont fait beaucoup tourner des rumeurs de libérations de tous les prisonniers a Vincennes (et dans d’autres cra) ce lundi avant d’arrêter d’en parler. De ce que disent les prisonniers du CRA1 de Vincennes, il reste encore une trentaine de personnes enfermées là bas;. Alors que dans certains centres il y a des libérations, d’autres continuent d’expulser vers les quelques destination ou il y a encore des vols, voire même d’enfermer de nouvelles personnes : au Mesnil-Amelot le 16 et le 17 mars encore, au matin, des nouvelles personnes sont arrivées au centre. Apparemment, ce sont surtout de personnes qui sortent de taule et sont envoyées directement au CRA. Ainsi la peine pour les sans-pap est prolongée de trois mois de plus, et avec le risque de choper le virus en plus !

À Bordeaux une action collective au tribunal a permis la libération de tous les retenus du CRA, de même pour les CRA de Nîmes et Montpellier qui sont en cours de se vider ! A Toulouse une action du même genre serait en cours pour les 62 prisonnier.e.s. A Rennes, toutes les demandes de remises en liberté ont été refusé ce mercredi 18 mars. À Palaiseau, Strasbourg, Hendaye, Oissel, Plaisir les gens commencent à sortir, vu qu’avec la fermeture des frontières iels peuvent pas être déporté.e.s. Dans certains CRA, à Hendaye comme à Strasbourg, des personnes ont été transférées d’un centre à l’autre.

Dans d’autres centres la situation reste tendue, à Calais l’administration  du centre est contre les libérations, soit disant pour protéger les personnes et pour éviter que les retenus une fois sortis s’échappent en Angleterre ou en Belgique. Quelques personnes ont été libérées entre le mardi 17 mars et le mercredi 18 mais il reste beaucoup de prisonnier.e.s à l’intérieur. Des rafles ont eu lieu le weekend dernier, des personnes sur place disent que c’est l’hallu totale, le CRA est surpeuplé, des matelas sont mis par terre dans les cellules, 2 algériens ont été déportés vers l’Algérie et un congolais vers la République du Congo. L’administration bloque l’accès aux dossier et refuse de communiquer la liste des personnes présentes
et les arrêtés. Le tribunal libère au compte-goutte…


Au-delà des CRA, dans les prisons aussi des résistances et des luttes démarrent, depuis l’interdiction des parloirs et des activités collectives les prisonniers ont bougé dans seize taules partout en France, à Metz Epinal, Grasse Perpignan, La Santé, Angers, Nancy, Varennes le grand, Montauban, Aiton, Sequedin, Maubeuge, Douai, Valance, Saint-Etienne, Toulon. Le matin de mercredi 18 un prisonnier malade testé positif au corona virus est mort à la prison de la Santé, tandis que les syndicats de police penitentiaire invitent les familles à calmer leur proches enfermé.e.s.
Plus d’infos sur la situation dans les taules ici:

Le Covid-19 : la prison dans la prison – video


Les revoltes et les luttes des prisonnier.e.s nous indiquent les
responsabilités de l’État dans la crise actuelle.

La seule solution:
libération immédiate de toutes et tous les prisonniers-ères, fermeture et disparition des CRA maintenant !

Plus que jamais, il est important d’appeler les cabines (les numéros ici), de relayer la parole des prisonniers et ce qui se passe à l’intérieur, et de montrer la solidarité depuis l’extérieur !!

Nouveaux témoignages de prisonniers de Plaisir et Vincennes

Les voix à l’intérieur des CRA continuent de crier, faisons les sortir !
Vous pouvez communiquer à l’intérieur des CRA, et envoyer vos messages sur ce site. Ne laissons pas les personnes détenues seules !

Nous relayons ici deux témoignages reçu sur notre mail:

22 mars 2020, Paris Vincennes CRA 1 :

On parle avec vous tout les jours, il se passe rien, personne parle de nous. On vient comme des animaux. Tout le monde s’en fou

Y’a des gens qui sont malades, ils vivent avec nous.

Y’a des pigeons mort ici, ils nous ramènent le virus.

Ça fait 3 jours y’en a qui mangent plus, la bouffe elle est périmé. Ils mettent un autre ticket sur les vieux ticket, on enlève le ticket la bouffe est périmé depuis 3 jours. Bizarement pendant 3,4 jours on nous serre la même bouffe. Ils veulent nous tuer.

Tout les jours ils libèrent 10,15 personnes. Nous on est encore 28.

J’ai 58 ans je suis diabétique, je suis malade et ils laissent pas passer l’ambulance.

Ici ont a rien, on ramasse les mégots, ont se transmet les microbes.

On passe la nuit à pleurer ici, y a plus d’avion on fait quoi ici ?

Tout le monde souffre on pleure en larme.

Je connaît même pas mon pays on a la rage.

Il nous manque beaucoup de soutien, voila comment on vit.

22 mars 2020, CRA de Plaisir

On est vraiment dans la merde, on est 3

Ils nous laissent enfermés comme des chiens.

Les policiers ils nous disent faut patienter faut patienter

On est dans la merde, on va se suicider, ils s’en battent les couilles.

Nous ils nous ont pas libéré, on sait même pas pourquoi.

On pète les plombs

On a pas de medecin rien du tout

Je vous jure on va se suicider

“C’est simple on demande la liberté” / témoignages de prisonniers en grève de la faim au CRA de Vincennes – batiment 1

La grève de la faim, débutée par les retenus samedi soir (21 mars), continue au batiment 1 du CRA de Vincennes. Encore beaucoup de prisonniers n’ont pas mangé hier soir les repas avec comme revendication principale, la liberté.

Beaucoup de prisonniers ont des problèmes de santé et l’équipe médicale ne fait rien à part donner des cachets. Un prisonnier a des graves problèmes respiratoires, il a appelé les pompiers à plusieurs reprises mais les flics ne les laissent pas entrer dans le CRA.

Voici ici deux témoignages de retenus, du batiment 1, en grève de la faim.

“Du coté de l’hygiène il y a plus rien, plus de nettoyage, rien. Les pigeons sont morts dans la cour c’est flippant. Les draps sont dégueulasses et pas changés, les toilettes collectives beaucoup sont fermées, il reste que 3 ou 4 toilettes et on est encore, quoi ? une vingtaine de personnes.. Parfois pendant plusieurs jours il y a plus l’Offi donc on peut rien acheter. Aussi la machine à clope elle accepte que les pièces. Certains ils ont des billets de dix mais ils peuvent pas acheter de cigarettes. Et puis depuis pas mal de jours déjà plus de visite ça c’est pas normal non? c’est la déprime un peu quand même..

La bouffe c’est de la merde c’est le même repas chaque jours à chaque repas… On a aussi un petit morceau de pain de genre 5cm c’est pas assez… Et il y en a qui mangent pas de porc mais la police ils veulent rien changer. Jusqu’à il y a encore 5 à 6 jours il y en a qui ont été emmené à l’aéroport. De retour au CRA ils ont été libéré. C’est arrivé à une dizaine de personnes à peu près. Mais depuis plusieurs jours il y a plus de libération on sait pas pourquoi. Par contre ils nous ont donné des dates de jugements : 28 mars, 30 mars, jusqu’au 7 avril pour certain, c’est pas possible !

A part deux ou trois, on est toujours en grève de la faim c’est simple on demande la liberté.”


« Ca fait trois jours que j’ai rien mangé, le policier m’a dit : ça n’a rien à voir avec la libération, tu vas à l’hôpital et tu reviens ici. J’ai dit tant pis… ça fais quatre jours que je mange pas, que de l’eau, de l’eau de l’eau. J’ai perdu 8 ou 10 kilo depuis le début, je suis très très maigre…

La police aussi a peur du virus, ils font rien pour nous. Ils sont pas des chefs, sont des stagiaires. Même la police ne se sent pas en sécurité, ils ont rien, ni masque ni rien. Même les infirmiers ont pas de masque, juste un médecin qui m’a donné un masque, avant hier.

À infirmerie, ils nous donnent que du Diazepam et du Valium. Que de ça. Moi je prends que du diazepam et de l’eau, je suis devenu très très maigre, je suis déshydraté…

Le ménage, de temps en temps. Le mec il a pas de masque, tout le monde qui travaille depuis l’extérieur n’a pas de masques ni de gants.
On a peur, c’est un virus mortel on le sait. Et on voit les pigeons qui meurent dans la cour. Même eux ils sont malades.

Pendant deux jours, tout le monde a rien mangé. Mais pas tout le monde a continué, ils ont peur de mourir. Il n’y a que trois ou quatre personnes qui ne mangent pas depuis quatre jours.

La bouffe, c’est de la bouffe périmée…

Il n’y a pas de vol, tout le monde ne peut pas rentrer… donc moi, je ne suis pas pourquoi je suis là. La date de l’avion est passée…

Il y a pas de visite, et s’il y a pas de visite, il n’y a pas d’argent et je peux pas payer le crédit pour parler avec ma famille. Je sais rien de ce qui se passe avec ma famille, avec ma femme et mon enfant, s’ils sont malades ou pas malades…

Avec les policiers, comment ça se passe ? Ils sont toujours agressifs avec vous ?

Pas tout le monde est agressif, mais si un est agressif, les autres suivent. Ils suivent les ordres…

Aucune personne parle de nous.
Ça fait une semaine, dix jours que les gens mangent le même… juste ils changent l’étiquette.

Une meuf, une policière m’a dit : si tu parles avec moi, tu dois respecter un mètre de distance, c’est la norme. Mais nous, entre nous les prisonniers, y a pas un mètre ! On fait comment ?

L’autre soir [pendant la grève de la faim], ils nous ont réveillé à trois heures du mat, pour nous casser les couilles, aucune raison a été donnée, juste comme ça.

Avant j’étais dans une chambre pour deux personnes, avec les toilettes et les douches. Maintenant ils m’ont changé d’étage, dans une chambre avec quatre personnes ! Les douches sont fermées, les chiottes bouchées… Les portes sont cassées, il fait froid et les pigeons peuvent rentrer jusque dans la chambre. »

À bas les CRA !
À bas l’enfermement !
Liberté pour tou.t.es !

«Ils ont endormis tout le monde en disant que le CRA était fermé !» / témoignage d’un prisonnier du CRA de Bordeaux (toujours ouvert!))

Malgré ce qui a pu être dit, le CRA de Bordeaux n’est plus vide, il y a actuellement 9 personnes (la 9e vient d’arriver à l’instant) et visiblement d’autres personnes vont y être enfermées dans les prochains jours (probablement des transferts depuis d’autres CRA ou des sortie de prison). Les retenus de Bordeaux ont en effet été libérés, mais la préfecture y enferme maintenant les retenus qui n’ont pas été libéré du CRA de Hendaye ou bien des anciens détenus des taules de Mont-de-Marsan ou de Pau. Le Juge des Liberté et de la Détention de Hendaye a refusé leur demande de mise en liberté, ils sont maintenant en attente pour certains d’un appel de cette décision, pour d’autres d’une nouvelle audience au tribunal de Bordeaux.

Dans ce CRA que la préfecture rempli avec les personnes qui sortent de taule, les conditions de vie sont encore plus pourries que d’habitude, et surtout la situation médicale, voici le témoignage d’un retenu :

« Ici, on vient tous du CRA de Hendaye ou de la maison d’arrêt de Mont-de-Marsan.

Le CRA c’est le désert en ce moment, la Cimade est pas là l’Offi non plus et l’équipe de nottoyage non plus. Les flics sont distants, quand on va à la bagagerie ils sont distants mais si il y a un danger laissez nous sortir ! Le chambre sont salles les toilettes et les douches c’est pire. Ils ont endormis tout le monde en disant que le CRA était fermé et par derrière ils ont rempli, c’est du foutage de gueule !

De présent sur place, il y a que l’équipe médicale. Mais il y a pas de consultation c’est que pour la disribution des médicaments de ceux qui ont des traitements. Sauf qu’ils viennent qu’une fois par jour donc t’es obligé de tout prendre d’un coup, à 16h30 pour toute la journée. Moi par exemple j’ai un traitement que je suis depuis des années que je dois prendre 3 fois par jour parce qu’il fait effet que pendant 8h. Eh ben le reste de la journée je suis trop dans le mal.. Il y a un gars qui a été opéré, le médecin lui a interdit l’eau du robinet pendant un temps mais ici ils donne pas plus d’une bouteille de 50cl sinon c’est robinet. Alors je lui donne le mienne parce que moi ca me dérange pas mais c’est pas normal quand même! Il y a un gars il a 70 ans il arrête pas de tousser il est allongé toute la journée et il a toujours pas de RDV avec le médecin.

Normalement le médecin vient cet après midi mais on sait pas. Il y a un autre gars qui est dans la chambre de celui qui tousse qui a voulu changer de chambre mais les flics ont dit que non parce que il y a de nouvelles personnes qui vont arriver demain.. »

Au CRA de Vincennes, les prisonniers sont encore plus isolés et encore moins en sécurité

Meme si plusieurs dizaines de prisonniers ont été libérés depuis lundi pour éviter l’explosion de l’épidemie dans le centre, au moins 60 personnes sont encore enfermées dans le CRA de Vincennes. Les conditions d’hygiène et de soin restent dégueulasses et dangereuses pour les prisonniers, et en plus ils sont complètement isolés de leurs proches et de leurs familles.

Les problèmes de santé et de soin à Vincennes ne naissent pas avec le coronavirus, mais avec le CRA meme. Le refus de soin, des prisonniers malades ou blessés qui sont laissés dans leur cellule ou mis en isolement, la pratique courante de cachetonner les prisonniers pour les shooter et tenter de pacifier la situation… les violences policières et médicales sont quotidiennes dans les CRA, et les infirmiers-ères et les médecins collaborent activement avec les keufs pour le maintien de l’ordre dans la prison pour sans-papiers, pour que les prisonniers ne se révoltent pas.

Peu importe si un.e prisonnier-ère est malade, blessé, s’il/elle a de la souffrance psy, s’il/elle a été tabassé par les keufs : il/elle reste enfermé et risque toujours la déportation. Bien avant le coronavirus, etre enfermé dans le CRA signifie risquer de crever. Le risque devient souvent réalité, comme pour Mohamed, mort à Vincennes en novembre 2019.

Aujourd’hui, après la lutte menée par les prisonniers entre dimanche et lundi, la situation reste horrible. Des prisonniers de Vincennes nous ont fait parvenir une liste de problèmes que la préfecture et les keufs refusent de résoudre, qui augmentent le risque pour les détenus et rendent leur enfermement encore plus insupportable.

1 /On n’a pas de masque/

2 /Il faut du savon et des désinfectants./

3 /Les contacts entre personnes ne sont pas respectés : il n’y a pas un mètre entre les personnes./

4 /On a aucune consigne des responsables du centre./

5 /Il y a encore eu des arrivées de nouveaux hier. /

6 /Il y a des personnes qui sont malades dans le centre : il n’y a pas l’infirmier, il vient seulement à 9h et à 15h. Normalement il doit être là 24h/24H et il n’y a plus de médecin, c’est seulement s’il y a quelque
chose de très grave./

7 /Les personnels d’entreprise privée ne rentrent plus sur le site : plus d’alimentation, plus de boissons, les distributeurs ne fonctionnent plus.

8 /Les visites sont arrêtées. Il n’y a plus de possibilité de recevoir de colis de famille, ni de vêtements. /

9 /Les personnes ne sont plus présentées au tribunal, qui est fermé.

10 /Il y a de la viande périmée, des repas périmés car le camion qui ramène la nourriture ne vient pas, on mange juste ce qui restait au congélateur et c’est périmé. /

11 /les gens n’ont plus de visite donc plus d’argent donc plus de possibilité d’acheter des cartes pour les appeler : on ne sait pas si nos familles sont mortes ou vivantes, si elles vont bien. /

12 /Il y a des personnes qui ont des problèmes psy ici. Certains ici sont infectés : une personne ici par exemple a une hépatite B chronique avec un traitement, un autre à un problème de cœur. Rien n’est fait. /


Certains CRA sont en train de se vider : c’est bien. Mais ils ne se vident pas complètement, et pour les prisonniers qui sont à l’intérieur, c’est encore plus la merde : il est important de rester solidaires depuis l’extérieur, de continuer à relayer leurs paroles et leurs communiqués, de soutenir les luttes qui ne cessent pas dans les prisons pour sans-papiers.

Jusqu’à quand du dernier CRA il ne restera qu’un tas de ruines.

Grève de la faim et foutage de gueule : paroles de l’intérieur du CRA de Vincennes

Pendant que les prisonniers-ères d’autres CRA se mobilisaient pour dénoncer les conditions de merde dans lesquelles ils et elles sont enfermé.e.s, contre les mesures liées au coronavirus, et pour obtenir la libération immédiate de tout le monde, au CRA de Vincennes aussi une grève de la faim très suivie a été lancée dans le batiment 1 hier lundi 16 mars.

Les tensions avec les flics ne sont pas manquées. Pour calmer les gens, les keufs ont commencé à raconter que tout le monde allait etre libéré hier soir. Après qu’une quinzaine de personnes ont été effectivement libérées, les autres se retrouvent toujours bloqués là-bas. Très peu de gens sortent actuellement, surtout ceux et celles qui passent devant un tribunal (mais pas tout le temps) ou qui ont un.e avocat.e. T’es pas seulement sans-pap, mais aussi trop pauvre pour payer un.e avocat.e ? Virus ou pas virus, tu dois rester dans cette prison.

La colère monte partout dans les CRA, qui dévoilent leur visage : ce sont tout simplement des taules pour sans-papiers. Meme si l’Etat ne peut pas les expulser (à cause du virus, ou bien pour les résistances individuelles et collectives), les personnes qui n’ont pas les bons papiers doivent rester enfermés, et tant pis s’ils crèvent de ça.

Les CRA tuent !

Libération immédiate de tou.te.s les prisonniers-ères !

« Aujourd’hui (16 mars) ils ont libéré plusieurs dizaines de personnes, les autres ils nous traitent comme des animaux, on a mangé de la purée avec du fromage. Il y a certains parmi nous, ils ont fait six ans, dix ans ici, ils ont des enfants, ils ont des femmes. On peut pas rester ici, on respecte les lois. Là on veut pas ramener ça chez nous. On a envie d’essayer de comprendre ce qui se passe. Là je vais te passer mon collègue il va te raconter.»

« Aujourd’hui on a fait grève de la faim. On a envoyé un rapport qui dit avant de 20h vous devez nous répondre. On a fait toute la journée sans manger. Tout le bâtiment. La police ils respectent pas les mesures. Il y a une association dans le cra, eux ils sont pas venus dans le centre depuis ce matin. Ils ont fermé. L’infirmerie aussi on les a pas vu toute la journée. Il y des cas ici, il y a une crise, nous on peut pas rester ici. Il y a certaines ici qui tombent malades, ils vont rien faire. Ils ont pas de masques, rien. Nous on peut pas rester ici, on peut pas. Attends, je vais te passer quelqu’un.

« Oui bonjour, ça va ? Monsieur, on est en train de peter un plomb. Les gens craquent, on veut se manifester pacifiquement, on veut pas de problèmes, on sait qu’on est dans une école de police, il y a la police à côté, on veut pas se manifester avec eux, on veut pas s’embrouiller, on peut rien faire contre eux. Ils veulent pas nous ramener des gens qui tiennent pour parler avec eux, on comprend rien du tout, ce qu’on nous dit c’est injuste, parce qu’ils prennent les décisions, c’est injuste, et puis les aéroports ils sont fermés, ils peuvent pas nous libérer, on peut pas rentrer dans notre pays, notre pays est fermé. Pourquoi on est là ? On est là pour être expulsés. Si on va pas être expulsés pourquoi ils nous lâchent pas ? On comprend pas là. Cet après midi et le matin on a pas mangé à la cantine, rien, et là on a attendu la réponse de 20h, on voulait attendre le discours de Macron, et là qu’est-ce qu’il a dit, il a dit que c’est bon, il y a personne qui va sortir de l’Europe. Je sais pas, maintenant pourquoi ils libèrent pas ? On sait qu’il y a des centres où ils ont libérés. Merci de votre soutien. Moi ça fait 15 ans que je suis en France, on a nos attaches ici, on a des enfants, on a de la famille. »

“Ils jouent avec nous, on va mourir ici” : témoignage d’un prisonnier du CRA de Mesnil Amelot

C’est toujours très chaud dans les CRA : meme si certain.e.s prisonniers-ères ont été libéré.e.s depuis hier, la majorité reste renfermée dans des conditions qui étaient dégueulasses bien avant le virus. Comme si la situation n’était déjà pas assez grave, les keufs continuent de provoquer les prisonniers-ères, font circuler des rumeurs, font péter des cables.

Alors que les luttes dans plusieurs CRA continuent, un copain prisonnier raconte comment ça se passe au CRA de Mesnil-Amelot.

Il n’y a pas d’autre solution : libération immédiate de toutes et tous les prisonniers-ères, fermeture et disparition des CRA maintenant !

 

« On va pas bien, on n’a pas de solution. On n’a pas de masques, quand tu parles à la police ils restent à dix mètres de nous, ils disent parce que « ça se trouve vous avez le corona », ils ont peur, ils restent très loin de nous, pour nous parler, mais pourquoi ?

Tu sais hier soir le président Emmanuel Macron à 20h il a dit que tout le monde doit rester confiné, mais on peut pas ici, on est beaucoup, on est genre 120 personnes. Et le ménage, tu sais, depuis hier et aujourd’hui aussi, ils ont pas fait le ménage, et la Cimade, ils ont fermé, donc si je veux quelque chose la police me dit « Attend, après ». On est 20 dans ce bâtiment, il y a en 20 dans l’autre et 40 dans un autre encore, et il y a des femmes aussi.

Le président a dit à 12h personne doit rester dans les rues, comment peuvent les familles venir nous voir ? Ça n’a pas de sens non ? On doit trouver une solution. La police a dit hier que plusieurs personnes étaient libérés par la préfecture, pourquoi ? Pourquoi nous on reste ici ? On doit partir aussi ! On n’a pas mangé depuis hier, depuis deux jours.

On est en danger, on n’a pas de masques, on n’a rien, on est en train de mourir ici, on est déjà morts. Si on sort, chacun va rentrer chez soi, mais ici il y a tellement de monde, ça n’a pas de sens. La police, ils ont peur pour eux mêmes, mais ils devraient avoir peur pour nous aussi.

On l’a dit à la police, tous les jours, on a besoin de masques, on doit nettoyer les chambres, on le fera nous mêmes, donnez nous le matériel et on va nettoyer. Vous devez dire aux gens de nous envoyer une caméra, pour filmer ce qui se passe ici. C’est déjà assez compliqué, on a besoin d’une solution, maintenant.

La préfecture peut tout faire, elle a le pouvoir de nous libérer. La police, ils sont racistes. Tu sais ce qui s’est passé, on voulait aller aux machines pour manger un gâteau, le policier a dit non, « on vous donne trois repas par jour », je lui ai dit « tu me donnes pas d’ordres, ta bouffe n’est pas saine, on veut aller à la machine, c’est mon droit », il m’a dit « mangez vous entre vous », et il m’a dit d’attendre trois heures. Ils jouent avec nous, on va mourir ici ».

“Vraiment on nous a oublié ici” / Communiqué de grève de la faim des retenus Mesnil-Amelot

Alors que beaucoup de pays refusent les avions venus de France, que la Cimade et les personnels de nettoyage ne sont plus dans les centres, que certains JLD n’ont pas lieu, que l’infirmerie et les médecins continuent de mépriser les retenu.es, aujourd’hui pleins de luttes ont lieu dans plein de CRA en France (au moins Vincennes, Mesnil-Amelot, Lyon, Lesquin).

Les prisonnier.es sont en grève de le faim depuis hier soir ou ce matin. dans certains centres il y a aussi eu des départs de feu, des évasions collectives, des blocages et bordel en tous genres. Alors que dans certains centres il y a des libérations (Palaiseau) dans d’autres, les préfectures continuent d’expulser vers les quelques destination où il y a encore des vols, voire même d’enfermer de nouvelles personnes (Mesnil-Amelot encore ce matin)

Voici le communiqué écrit par les retenus du CRA 3 de Mesnil-Amelot en grève de la faim depuis hier soir :

 

Nous sommes retenus du CRA de Mesnil-Amelot au CRA 3. Là on est en grève de la faim, on mange pas. Le CRA 2 est aussi en grève de la faim, le CRA 1 de Vincennes aussi et le CRA de Lyon et celui de Lille il paraît.

Il y a rien ici il y a que la police qui nous enferme. Avec le virus pas de visite au médecin, il s’en fout, et les policiers trainent dans les couloirs sans masque. Aujourd’hui on a parlé avec le chef du CRA, il a dit on s’en fout faites ce que vous voulez. Maintenant il y a les CRS devant le centre.

La plupart des aéroports ferment, les avions sont coupés, pourquoi on est encore là ? On est comme des animaux on enfermés comme en prison sans qu’ils nous expulsent et sans n’avoir rien commis, et ca pendant 3 mois. Il reste que quelques pays avec des avions et ils continuent d’expulser. Il paraît que il y a des CRA ou des gens ont été libérés, mais nous on sais pas on est toujours enfermés et en plus ils ramènent encore des nouveaux prisonniers, aujourd’hui même, c’est pas normal. Au réfectoire on était à 50 personnes dans la même salle.

La Cimade et l’offi c’est fermé donc nous on est au courant de rien. Pas non plus de nettoyage, si ca continue on va faire nous même mais sans produits ou protection.

Vraiment on nous a oublié ici, avec le virus l’état pense à autre chose, le préfet nous a oublié.

Besoin de mobilisation au maximum pour la liberté pour tout.e.s.