“Après quelques jours, tout le monde est parti et j’étais toute seule ». Témoignage d’une prisonnière de Oissel

La crise sanitaire, trop peu anticipée, dans les lieux de rétention, a isolé plus encore les prisonnier·es des prisons pour étranger·es. Les règles sanitaires ne sont pas appliquées et l’accès au soin est rendu plus difficile encore. Ici, à nouveau, les femmes trinquent particulièrement : saleté, rareté de la bouffe, peur de la police, manque d’informations et impossible accès au droit. G. raconte :

« Je vous parle ce soir des Pays-Bas où j’ai été renvoyée avant-hier.
Quand je suis sortie de détention de la prison de Rennes, la PAF
m’attendait pour me renvoyer aux Pays-Bas parce que j’ai la nationalité ici. Mais sur la route de l’aéroport, il y a eu un problème de radiateur dans la voiture. Et du coup, j’ai perdu mon vol.
On était presque arrivé à l’aéroport. Donc ils m’ont emmené au centre de rétention de Oissel. C’était lundi ou mardi. Je devais aller au tribunal mais avec le virus du Corona c’était plus possible. Mon avocate m’a dit que si j’avais une adresse, je pourrai rester en France, il y avait des gens qui pouvaient m’accueillir à Paris et que je pouvais rester là. Je
connaissais personne ici donc j’avais que ça.
A la prison de Rennes, le coronavirus on en parlait pas. Ils disaient que le virus n’était pas arrivé, donc il n’y avait pas de protection, de mesures d’hygiène, ils disaient que c’était pas grève. On entendait au journal mais rien de plus.
Quand je suis arrivée au CRA de Oissel le 14 mars, il n’y avait rien. Et j’ai entendu à la télévision qu’il y avait la crise à partir du 16 mars et qu’on avait plus le droit d’être dans la rue et tout. Mais au CRA il n’y avait pas de protection.
Là bas les hommes sont plus protégés que les femmes. Il n’y a rien ni masques ni rien. Eux ils n’ont pas le droit de manger à plus de quatre à table. Nous même quand on sort ils nous protègent même pas. Et la police, ils nous touchent sans gants, sans rien, sans masques, ni des choses comme ça.
Quand je suis arrivée, il y avait quelques femmes. Dont une qui venait aussi de la prison. Quand arrive le jour de la libération, ils venaient nous chercher en prison. Une autre femme libérée, elle avait été emmenée à Oissel aussi. On était libérées de Rennes et la PAF nous amenait là.
La PAF c’était que des hommes. Ou quasi.
C’était très sale. Dans les chambres, ils ne passent que le balai et
c’est hyper sale parce qu’ils ne le font pas bien. Et moi, avec une
Espagnole qui était aussi enfermée, je leur ai demandé un balai et ils n’ont pas voulu nous le donner. Le lendemain, personne n’est venu faire le ménage et mon ami a insisté pour qu’ils nous donnent du matériel pour nettoyer. Nous avons nettoyé le petit coin fumeur qui était très très sale. Nous avons déplacé la machine à café et il y avait du café qui était déjà sec. Ils ne nettoient même pas les tables ou les chaises pour que nous puissions nous asseoir. Nous n’avons pas le droit d’avoir du
matériel de nettoyage
On était 7 femmes. Après quelques jours, tout le monde est parti et j’étais toute seule. Je ne sais pas pourquoi je n’étais pas libérée, mais sans doute parce que je viens des Pays-Bas.
Après quelques jours, j’étais toute seule au centre de rétention.
C’était vraiment bizarre. Ça n’allait pas mais je ne savais pas quoifaire. Et les associations n’étaient plus là. Il y a une femme qui m’aappelé une et deux fois. Et on a essayé de les appeler. Parfois la PAFvenait me voir, savoir comment j’allais, jouer avec moi. Ils faisaientdes commentaires.
Les derniers jours, ils m’ont donné des boîtes de conserves pour le repas.J’avais peur le soir. Il n’y avait que des hommes. Ils jouent beaucoup,
ils faisaient des commentaires pas propres. J’avais peur des policiers. La nuit, j’avais très peur, je me disais que j’étais toute seule et que les hommes pouvaient me faire ce qu’ils voulaient, me violer ou quoi.
Au moins en prison, il y avait des activités, du travail, des gens qui étaient là depuis longtemps et qui ont l’habitude. Là au centre de rétention, il n’y a rien, tu dois juste attendre. Attendre et rien faire.
Je connaissais pas mes droits. J’ai eu une avocate, ils m’ont donné un nom. J’ai vu une juge sur visioconférence à cause du coronavirus.
Un jour j’étais endormie et ils m’ont réveillé pour me dire « tu pars maintenant, tu as un vol ». J’y croyais pas, j’ai pas vu de juge, et là je dois partir là comme dans cinq minutes. Ils ne m’ont pas prévenue à l’avance. Je leur demande pourquoi ils ne m’ont pas dit avant. Ils m’ont dit qu’il n’y avait pas le droit. »

 

Les prisonniers de la section homme de Oissel ont sortit un communiqué sur la situation au CRA le 26 mars.

Un résumé de la situation dans les centres de rétentions qui date du 22 mars est disponible pour celles et ceux qui voudraient plus d’informations.

En ce moment encore plus que d’habitude, vous pouvez appeler les cabines des CRA pour témoigner de votre solidarité. Si vous ne l’avez jamais fait et que vous vous demandez quoi dire, voilà quelques idées.

“C’est simple on demande la liberté” / témoignages de prisonniers en grève de la faim au CRA de Vincennes – batiment 1

La grève de la faim, débutée par les retenus samedi soir (21 mars), continue au batiment 1 du CRA de Vincennes. Encore beaucoup de prisonniers n’ont pas mangé hier soir les repas avec comme revendication principale, la liberté.

Beaucoup de prisonniers ont des problèmes de santé et l’équipe médicale ne fait rien à part donner des cachets. Un prisonnier a des graves problèmes respiratoires, il a appelé les pompiers à plusieurs reprises mais les flics ne les laissent pas entrer dans le CRA.

Voici ici deux témoignages de retenus, du batiment 1, en grève de la faim.

“Du coté de l’hygiène il y a plus rien, plus de nettoyage, rien. Les pigeons sont morts dans la cour c’est flippant. Les draps sont dégueulasses et pas changés, les toilettes collectives beaucoup sont fermées, il reste que 3 ou 4 toilettes et on est encore, quoi ? une vingtaine de personnes.. Parfois pendant plusieurs jours il y a plus l’Offi donc on peut rien acheter. Aussi la machine à clope elle accepte que les pièces. Certains ils ont des billets de dix mais ils peuvent pas acheter de cigarettes. Et puis depuis pas mal de jours déjà plus de visite ça c’est pas normal non? c’est la déprime un peu quand même..

La bouffe c’est de la merde c’est le même repas chaque jours à chaque repas… On a aussi un petit morceau de pain de genre 5cm c’est pas assez… Et il y en a qui mangent pas de porc mais la police ils veulent rien changer. Jusqu’à il y a encore 5 à 6 jours il y en a qui ont été emmené à l’aéroport. De retour au CRA ils ont été libéré. C’est arrivé à une dizaine de personnes à peu près. Mais depuis plusieurs jours il y a plus de libération on sait pas pourquoi. Par contre ils nous ont donné des dates de jugements : 28 mars, 30 mars, jusqu’au 7 avril pour certain, c’est pas possible !

A part deux ou trois, on est toujours en grève de la faim c’est simple on demande la liberté.”


« Ca fait trois jours que j’ai rien mangé, le policier m’a dit : ça n’a rien à voir avec la libération, tu vas à l’hôpital et tu reviens ici. J’ai dit tant pis… ça fais quatre jours que je mange pas, que de l’eau, de l’eau de l’eau. J’ai perdu 8 ou 10 kilo depuis le début, je suis très très maigre…

La police aussi a peur du virus, ils font rien pour nous. Ils sont pas des chefs, sont des stagiaires. Même la police ne se sent pas en sécurité, ils ont rien, ni masque ni rien. Même les infirmiers ont pas de masque, juste un médecin qui m’a donné un masque, avant hier.

À infirmerie, ils nous donnent que du Diazepam et du Valium. Que de ça. Moi je prends que du diazepam et de l’eau, je suis devenu très très maigre, je suis déshydraté…

Le ménage, de temps en temps. Le mec il a pas de masque, tout le monde qui travaille depuis l’extérieur n’a pas de masques ni de gants.
On a peur, c’est un virus mortel on le sait. Et on voit les pigeons qui meurent dans la cour. Même eux ils sont malades.

Pendant deux jours, tout le monde a rien mangé. Mais pas tout le monde a continué, ils ont peur de mourir. Il n’y a que trois ou quatre personnes qui ne mangent pas depuis quatre jours.

La bouffe, c’est de la bouffe périmée…

Il n’y a pas de vol, tout le monde ne peut pas rentrer… donc moi, je ne suis pas pourquoi je suis là. La date de l’avion est passée…

Il y a pas de visite, et s’il y a pas de visite, il n’y a pas d’argent et je peux pas payer le crédit pour parler avec ma famille. Je sais rien de ce qui se passe avec ma famille, avec ma femme et mon enfant, s’ils sont malades ou pas malades…

Avec les policiers, comment ça se passe ? Ils sont toujours agressifs avec vous ?

Pas tout le monde est agressif, mais si un est agressif, les autres suivent. Ils suivent les ordres…

Aucune personne parle de nous.
Ça fait une semaine, dix jours que les gens mangent le même… juste ils changent l’étiquette.

Une meuf, une policière m’a dit : si tu parles avec moi, tu dois respecter un mètre de distance, c’est la norme. Mais nous, entre nous les prisonniers, y a pas un mètre ! On fait comment ?

L’autre soir [pendant la grève de la faim], ils nous ont réveillé à trois heures du mat, pour nous casser les couilles, aucune raison a été donnée, juste comme ça.

Avant j’étais dans une chambre pour deux personnes, avec les toilettes et les douches. Maintenant ils m’ont changé d’étage, dans une chambre avec quatre personnes ! Les douches sont fermées, les chiottes bouchées… Les portes sont cassées, il fait froid et les pigeons peuvent rentrer jusque dans la chambre. »

À bas les CRA !
À bas l’enfermement !
Liberté pour tou.t.es !

«Ils ont endormis tout le monde en disant que le CRA était fermé !» / témoignage d’un prisonnier du CRA de Bordeaux (toujours ouvert!))

Malgré ce qui a pu être dit, le CRA de Bordeaux n’est plus vide, il y a actuellement 9 personnes (la 9e vient d’arriver à l’instant) et visiblement d’autres personnes vont y être enfermées dans les prochains jours (probablement des transferts depuis d’autres CRA ou des sortie de prison). Les retenus de Bordeaux ont en effet été libérés, mais la préfecture y enferme maintenant les retenus qui n’ont pas été libéré du CRA de Hendaye ou bien des anciens détenus des taules de Mont-de-Marsan ou de Pau. Le Juge des Liberté et de la Détention de Hendaye a refusé leur demande de mise en liberté, ils sont maintenant en attente pour certains d’un appel de cette décision, pour d’autres d’une nouvelle audience au tribunal de Bordeaux.

Dans ce CRA que la préfecture rempli avec les personnes qui sortent de taule, les conditions de vie sont encore plus pourries que d’habitude, et surtout la situation médicale, voici le témoignage d’un retenu :

« Ici, on vient tous du CRA de Hendaye ou de la maison d’arrêt de Mont-de-Marsan.

Le CRA c’est le désert en ce moment, la Cimade est pas là l’Offi non plus et l’équipe de nottoyage non plus. Les flics sont distants, quand on va à la bagagerie ils sont distants mais si il y a un danger laissez nous sortir ! Le chambre sont salles les toilettes et les douches c’est pire. Ils ont endormis tout le monde en disant que le CRA était fermé et par derrière ils ont rempli, c’est du foutage de gueule !

De présent sur place, il y a que l’équipe médicale. Mais il y a pas de consultation c’est que pour la disribution des médicaments de ceux qui ont des traitements. Sauf qu’ils viennent qu’une fois par jour donc t’es obligé de tout prendre d’un coup, à 16h30 pour toute la journée. Moi par exemple j’ai un traitement que je suis depuis des années que je dois prendre 3 fois par jour parce qu’il fait effet que pendant 8h. Eh ben le reste de la journée je suis trop dans le mal.. Il y a un gars qui a été opéré, le médecin lui a interdit l’eau du robinet pendant un temps mais ici ils donne pas plus d’une bouteille de 50cl sinon c’est robinet. Alors je lui donne le mienne parce que moi ca me dérange pas mais c’est pas normal quand même! Il y a un gars il a 70 ans il arrête pas de tousser il est allongé toute la journée et il a toujours pas de RDV avec le médecin.

Normalement le médecin vient cet après midi mais on sait pas. Il y a un autre gars qui est dans la chambre de celui qui tousse qui a voulu changer de chambre mais les flics ont dit que non parce que il y a de nouvelles personnes qui vont arriver demain.. »

“Vraiment on nous a oublié ici” / Communiqué de grève de la faim des retenus Mesnil-Amelot

Alors que beaucoup de pays refusent les avions venus de France, que la Cimade et les personnels de nettoyage ne sont plus dans les centres, que certains JLD n’ont pas lieu, que l’infirmerie et les médecins continuent de mépriser les retenu.es, aujourd’hui pleins de luttes ont lieu dans plein de CRA en France (au moins Vincennes, Mesnil-Amelot, Lyon, Lesquin).

Les prisonnier.es sont en grève de le faim depuis hier soir ou ce matin. dans certains centres il y a aussi eu des départs de feu, des évasions collectives, des blocages et bordel en tous genres. Alors que dans certains centres il y a des libérations (Palaiseau) dans d’autres, les préfectures continuent d’expulser vers les quelques destination où il y a encore des vols, voire même d’enfermer de nouvelles personnes (Mesnil-Amelot encore ce matin)

Voici le communiqué écrit par les retenus du CRA 3 de Mesnil-Amelot en grève de la faim depuis hier soir :

 

Nous sommes retenus du CRA de Mesnil-Amelot au CRA 3. Là on est en grève de la faim, on mange pas. Le CRA 2 est aussi en grève de la faim, le CRA 1 de Vincennes aussi et le CRA de Lyon et celui de Lille il paraît.

Il y a rien ici il y a que la police qui nous enferme. Avec le virus pas de visite au médecin, il s’en fout, et les policiers trainent dans les couloirs sans masque. Aujourd’hui on a parlé avec le chef du CRA, il a dit on s’en fout faites ce que vous voulez. Maintenant il y a les CRS devant le centre.

La plupart des aéroports ferment, les avions sont coupés, pourquoi on est encore là ? On est comme des animaux on enfermés comme en prison sans qu’ils nous expulsent et sans n’avoir rien commis, et ca pendant 3 mois. Il reste que quelques pays avec des avions et ils continuent d’expulser. Il paraît que il y a des CRA ou des gens ont été libérés, mais nous on sais pas on est toujours enfermés et en plus ils ramènent encore des nouveaux prisonniers, aujourd’hui même, c’est pas normal. Au réfectoire on était à 50 personnes dans la même salle.

La Cimade et l’offi c’est fermé donc nous on est au courant de rien. Pas non plus de nettoyage, si ca continue on va faire nous même mais sans produits ou protection.

Vraiment on nous a oublié ici, avec le virus l’état pense à autre chose, le préfet nous a oublié.

Besoin de mobilisation au maximum pour la liberté pour tout.e.s.

“ils nous frappent, tu dors ils frappent à la porte pour chercher quelqu’un” Encore des tabassages, vols cachés et refus de soins au CRA de Vincennes

Le matin du 13 février 2020, une semaine après l’incendie, au CRA de Vincennes les flics ont tabassés deux prisonniers.

D., un des prisonniers tabassé, s’est fait déporté avec le nez cassé à cause des flics, du sang partout sur le visage. Beaucoup de retenus parlent en ce moment de faux laissez-passer.
Le deuxième prisonnier est rentré au CRA, il est assez agé, il ne pouvait plus bouger de son lit à cause des blessures. Il n’a pas pu raconter.

Voici les témoignage de deux co-retenus de D. :

Aujourd’hui 20 policiers ont frappé D., ils lui ont menotté les mains derrière, ils lui ont écrasé sa tête sur le sol, et ils l’ont déporté avec un faux laisser-passer. Maintenant on est dans la merde, il y a que la galère, les policiers ils nous insultent, ils nous frappe, tu dors ils frappent à la porte pour chercher quelqu’un.

A 4h30 ils sont venus, d’habitude pour les vols du matin ils viennent à 6h du matin à 4-5 pour les vols cachés. Là il y avait aucun vol affiché, ils étaient au moins une douzaine. Ils l’ont entouré, ils lui ont dit lève toi t’as un vol, il a commencé à ramasser ses affaires et ils lui ont pas laissé ramasser ses affaires, ils lui ont dit tu descends. J’étais dans le lit en haut, j’ai même pas eu le temps de réagir, et si tu parles ils vont te niquer ta race. Ils l’ont descendu dans la salle de coffre, après au mitard. Après ils ont programmé son vol pour l’aprem. Ils scotchent les gens, ils les renvoient de force, ils font des laisser-passer c’est même pas des vrais c’est des faux, c’est une dinguerie ce qui se passe. La machine a cigarettes elle marche pas, la machine pour la monnaie elle marche pas. Ils sont en train de nous tuer, avec les cachetons qu’ils nous donnent, et avec la bouffe. Là ils arrêtent pas, tous les jours ils envoient des gens, il scotchent des gens. Ils ont scotché un handicapé, et avec la ceinture en plus.”

 

Voici encore un témoignage de refus de soins d’un autre prisonnier ; il s’agit de la personne décrite comme handicapée dans le témoignage précédent.

“J’ai fait 2 opérations au Maroc, qui ont couté 12000€ que j’ai récoltés grace à mes proches. Lors d’une opération, ils m’ont mis des plaques de métal dans le dos. Mais les plaques de métal m’ont déséquilibré le dos, elles étaient mal placées, ce qui m’a rendu handicapé. Je suis arrivé en France le 8 octobre 2016, et j’ai vu un médecin qui m’a dit qu’ils n’avaient pas le droit de faire cette opération, et que c’est cette opération qui m’a rendue handicapée. Depuis je suis un traitement et des examens réguliers, et je dois subir 2 nouvelles opérations pour éviter que ça ne s’empire pour mon dos. La première est prévue le 26 février 2020 et l’autre le 7 avril 2020. Mais au Centre de Rétention on m’empêche d’accéder à mon traitement, et on m’empêche
d’accéder à mes rendez-vous médicaux pour faire des examens. Ils veulent juste me renvoyer au bled. Le médecin et les infirmiers ils font pas leur boulot, c’est la merde. Ils veulent pas me laisser faire mes examens, ils me donnent des cachetons, et ils me disent que je suis pas malade. Le seul médicament qu’ils donnent ça me fait me gratter. C’est pas les médecins c’est la préfecture qui donne les ordres.

Le médecin en France m’a dit que si je reste dans cette situation ça va s’empirer, et ça me met en danger.

L’autre jour j’ai eu un vol caché. Les policiers m’ont ramené dans la salle de coffre, ils m’ont dit qu’ils allaient me menotter, je leur ai dit “non je suis malade c’est pas possible”. Finalement ils m’ont mis les menottes, et le cauchemard à commencé à l’aéroport. Il y en a 4 qui m’ont embarqué pour l’avion, ils m’ont fait tombé par terre pour me scotcher  les pieds, je me suis mis à pleurer et à faire une crise d’asthme. Ils voulaient pas me donner le médicament contre l’asthme, ils ont fini par me le donner à la fin de ma crise. Ils m’ont dit “lève toi tu vas rentrer chez toi”, j’ai pas voulu. Ils m’ont remis par terre, j’avais mal au dos là où j’ai des plaques de métal, ils ont mis un genou sur mon torse et ils l’ont écrasé. Ils m’ont mis les menottes, plus la ceinture pour serrer les bras autour du corps, et le scotch pour les pieds. Ils m’ont emmené dans une voiture jusqu’à l’avion, mais finalement c’était trop tard pour l’embarquement, et j’ai pu éviter le vol. Ils m’ont ramené au cra vers 17h je suis allé dans mon lit, et je me suis allongé et je suis resté bloqué à cause des douleurs dans mon dos après ce qui s’est passé à l’aéroport. Il y a des prisonnier.es qui m’ont porté pour m’emmener au médecin. Il était pas là, ils m’ont ramené à ma chambre. J’ai pu voir une infirmière jusqu’à 23h.”

Les flics se foutent de ma gueule : “ T’es grande, pourquoi tu l’as pas tapé ”. La juge m’a crié “ tu me racontes que du mensonge ”

Le 13 février trois prisonnières sont agressées dans le centre de rétention administrative du Mesnil Amelot. Plusieurs minutes passent avant que la police intervienne, ni un suivi ni une aide d’aucun type ne sont proposés. Elles décident de porter plainte, pour dénoncer leurs conditions d’enfermement et la violence de la police. Le seul résultat sera la déportation de l’agresseur, et le classement sans suite des faits. La menace ne serait plus présente, selon les juges et les flics. Depuis, une des trois copines a été déportée, alors que les deux autres, essayant de rester solidaires face aux conditions inhumaines d’enfermement dans ces prisons, subissent au quotidien les insultes et le sarcasme des policiers. Devant les juges, à plusieurs reprises on a nié la vérité de leurs récits au sujet de l’agression, et on les a culpabilisées pour ce qui s’est passé. Voici leurs paroles, sorties des murs du CRA.

« Je suis dans l’attente de mon asile en Hollande. J’étais en prison à Versailles avant, j’ai volé un parfum. On m’a condamné à six mois, après quatre mois je savais pas, ils sont venus me chercher, ils m’ont amené ici. En 2019 j’étais déjà passée par un centre de rétention, j’ai été attrapée à la frontière avec l’Espagne. Ils m’ont rapatriée au Peru. Mais je peux pas rester là bas, le père de mon enfant va me tuer, c’est le chef d’une bande et il va me tuer. Du coup je suis revenue, je suis allée en Hollande. J’ai demandé l’asile. Je suis venu ici voir un ami. Mais cet « ami » a volé mon sac, tout mon argent et mes papiers. Le 31 janvier, à la sortie de mon temps de prison, ils m’avaient réservé un vol, mais il n’y avait pas de laissez-passer, je n’avais pas vu le consul. Mon passeport est en Hollande, j’ai refusé. Le 13 février dernier j’ai été agressée dans le centre. Un autre retenu est passe du bâtiment des hommes, d’abord il a essayé d’agresser une autre copine, dans la sale télé, où elle était tout sole mais elle s’est échappée. Après il est rentré dans la chambre où j’étais avec mon amie, il s’est jeté sur elle, il a essayé de lui enlever son pantalon. Elle s’est enfuie, il s’est jeté sur moi. J’étais paralysée, je pouvais pas bouger. Les flics ont mis quinze minutes pour arriver, ils s’en foutaient. Dans les chambres, les caméras marchent pas, c’est eux qui me l’ont dit. On a porté plainte. L’affaire a été classée, parce que le mec a été renvoyé au pays. Le procureur m’a dit que ce serait pas arrivé si j’étais partie lors de mon premier vol. Ma copine chilienne quelle était dans la chambre au moment de l’agression, a essayé de se suicider, ils l’ont déportée. Elle avait vu le psy du centre, il lui a dit que si elle avait fait une vraie tentative de suicide elle aurait réussi à se tuer. Ici ils sont tous méchants. On a essayé de saisir le jld pour des raisons extraordinaires. On nous a fait attendre de 10 h à 18h avant de nous dire que le juge pouvait pas s’exprimer sur ces faits. C’est du racisme tout ça. Les médecins, l’infirmière, ils sont juste capables de te donner des médocs et des calmants. La cuisinière est méchante, une fille a renversée son café, elle en a demandé un autre et elle a dit non. Quand on a nos règles, ils nous donnent deux serviettes hygiéniques par jour, qu’est-ce que je dois faire avec deux tampons pour une journée entière ? Je veux juste qu’on me renvoie en Hollande, ils sont plus humains là bas. J’en peux plus de ce pays raciste. Ici les flics, la greffe, tout le monde, ils sont tous ensemble, tous d’accord. À compter du 1er mars ils vont me chercher un vol, mais comment je peux retourner là bas s’ils vont me tuer ? »

« J’ai été arrêtée dans un magasin, ils m’accusent d’avoir volé mais c’est pas vrai. J’étais avec ma mère, elle est diabétique, ils l’ont laissé au centre commercial toute seule et ils m’ont amené au commissariat. J’ai essayé d’expliquer à la police que je pouvais pas rentrer en Tunisie, ils rigolaient, ils disaient « on va lui réserver un vol, il faut lui trouver une hôtesse pour son vol ». Ils m’ont dit «on va te ramener au CRA », je savais pas ce que c’est, j’ai demandé si c’était une prison et ils m’ont dit oui. Je voulais appeler ma mère, j’étais inquiète, ils m’ont dit que j’avais le droit d’appeler personne. Quand j’ai vu le consul il m’a dit « tu fais quoi ici, c’est bizarre », il m’a dit qu’il veut m’aider. Pour le moment je n’ai pas de laissez-passer. J’étais dans la salle télé quand l’homme m’a agressée, j’ai réussi a esquiver le pire mais les flics ont mis une bonne quinzaine de minutes avant de le rattraper. Depuis l’agression, les flics se foutent de ma gueule, ils me disent « T’es grande, pourquoi tu l’as pas tapé ». La juge elle m’a crié dessus, « tu me racontes que du mensonge ». J’ai pas vu de médecin, je l’ai demandé plusieurs fois. Si je vois le médecin il va faire un rapport direct.

On avait un rdv avec le psychologue suite à l’agression le 20 mars (plus d’un mois après l’event) mais ça a été annulé car la plainte a été classée. L’autre jour, j’ai fait une crise de panique, j’arrivais pas à respirer, ma copine a appelé la police, ils m’ont dit « t’as quoi madame t’as quoi madame ». Je vais pas bien. Ici ils nous traitent comme des chiens. La dame, la policière, elle arrête pas de me poser de questions, même sur vous. Parfois je fais comme si je ne parlais pas français, pour pas leur répondre. Le soir ici c’est film de l’horreur, les douches elles marchent toutes seules, les lumières s’allument. Je ne peux pas rester ici. »

“Ils te scotchent pour te ramener à l’avion, comme une enveloppe.” violences post-incendie au CRA de Vincennes

Au CRA de Vincennes, 1 mois après l’incendie la répression se fait toujours sentir. Les flics agissent toujours main dans la main avec l’infirmerie du CRA pour refuser des soins à des personnes gravement malades. Les flics s’acharnent sur les personnes qu’ils accusent d’etre responsables de l’incendie, violences, vols cachés, fausses plaintes déposées, refus de soins… Voici le témoignage d’un prisonnier enfermé depuis plus de 2 mois.

Refus de soin en CRA

Pour les malades personne ne sort d’ici : même si tu es en état comateux tu vas pas sortir d’ici. Quelqu’un a eu une crise d’estomac, ça fait longtemps qu’il a problème, il a une injection chaque mois ; au milieu de la nuit il a eu une crise, on a appelé un infirmier – je connais pas son nom, on a déposé beaucoup de plainte contre lui. Cet infirmier le voit comme ça, déchiré, au sol, il dit « non c’est pas une urgence, on appelle personne, il n’a rien ».

Un égyptien a une fissure dans l’anus, il souffre beaucoup, il perd du sang ; l’infirmier vient, il le regarde pas. Parle lui, touche le, comment tu peux savoir son état juste d’un coup d’œil de 3 secondes ? il dit « non c’est pas une urgence ». On a appelé les pompiers parce que c’était vraiment grave, ils ont répondu, ils ont dit qu’ils allaient venir ; au milieu de la route ils ont fait demi-tour, on a appelé encore, ils ont dit que l’infirmier avait dit qu’ils pouvaient pas venir. Ils nous ont dit qu’ils ne pouvaient pas rentrer comme ça, le responsable médical leur avait dit que c’était pas la peine, c’était pas urgent. Le matin ils l’ont amené à l’hôpital. Les cas que je te raconte, c’est des cas urgents, ils devraient être à l’hôpital.

Un autre égyptien a été à l’hôpital, ils l’ont emmené et le médecin a enlevé presque un litre d’eau de son corps, de ses parties intimes, il a été hospitalisé 3 jours ; le médecin n’a pas pu le protéger, il a dit « pas question qu’il sorte » mais les policiers du CRA l’ont rapporté de force au CRA, les flics ont déchiré les papiers, le gars les a vu déchirer des feuilles qui lui appartiennent. Après ils l’ont ramené ici, ils ont décidé que son état pouvait lui permettre de voir un juge. Le gars il va mourir et on va le renvoyer.

Répression post incendie et violences policières

Depuis l’incendie, nous on a été accusés de l’incendie. On ne cherche pas les policiers, on est tranquilles dans la chambre, ils viennent fouiller, ils nous fouillent au corps, nous parlent mal, nous insultent direct. Mon copain qui dort avec moi était blessé au genou : ils le manipulent de force, ils l’ont frappé.


bruit d’appel au micro interrompt couvre sa voix


« tu vois ils tapent dans les nerfs, rien que le micro qui s’arrête pas c’est de la torture.

Donc mon copain, ils l’ont trainé jusqu’à l’isolement, ils l’ont frappé. J’ai parlé au gradé parce qu’on était révoltés, moi je parlais fort, je défendais mon ami bien sur car ils le frappent sans raison. Et là le gradé me parle de l’incendie. Un mois après il me parle de ça il me dit « j’ai perdu 150 000€ » je sais pas quoi, je lui ai dit « va voir la vidéo tu vas tout comprendre, tu vas voir que nous et mon copain on avait rien fait » il y est allé puis après il a dit « c’est normal, il le mérite » , « ils méritent ce traitement, c’est à cause de leur comportement ». Mais moi j’étais témoin leur comportement il était plus que normal, ils parlaient les mains derrière le dos. On évite les policiers ces derniers temps. Maintenant tous les gens accusés de l’incendie ils ont tous été renvoyés au bled, tous en vol caché : les policiers débarquent la nuit, même pas t’as 2 minutes, « prends tes affaires t’as un vol ». Des fois ils ont pas de laisser passer ils prennent les gens quand même. Il y a des faux laisser passer, ils prennent des gens comme ça avec des laisser passer faux. Ils te scotchent pour te ramener à l’avion, comme un paquet, même pas comme un animal, comme une enveloppe.

Flics voleurs

Lorsqu’on a été accusés de l’incendie, ils nous ont ramené en garde à vue pour 36h, après on a été libérés, on est revenu ici. Un ami à moi avait 2 téléphones dans le coffre : quand il est parti en garde à vue, les téléphones étaient dans le coffre. Quand on est revenu, ils nous ont fait des nouvelles feuilles de coffre, en repartant de zéro comme si on venait d’arriver. Lui n’a pas retrouvé ses deux téléphones. Il a les preuves il a l’ancienne feuille de coffre, donc ils peuvent rien dire. Il a déposé plainte à la police des polices, il a raconté tout ; les gradés ici ils l’ont menacé. Ils lui ont dit indirectement qu’il ferme sa bouche, ou bien ils vont lui coller l’incendie dans son dos, s’il parle à nouveau des téléphones.

“Papiers ou sans papiers, je dois vivre.” Témoignage d’un prisonnier du CRA du Mesnil Amelot

Nous retranscrivons ici le témoignage d’un prisonnier du Mesnil Amelot :

La première fois c’était en 2013, à Paris au Mesnil Amelot. J’ai été libéré après 2 jours, 48 heures, quand je suis passé devant le jld j’ai donné toute mes preuves, une adresse fixe et mes démarches d’asile, qui n’a pas abouti. En 2014 je suis fini à Metz, j’ai 45 jours là bas, après pour la déportation j’ai été transféré à Plaisir et puis à l’aéroport. Ils te mettent dans des boxes… Ils m’ont scotché et ramené dans l’avion, les passagers disaient « on peut partir avec lui » mais les flics les ont menacés, ils m’ont torturé. J’ai été renvoyé chez moi au Cameroun. Je suis revenu en 2017 en situation irrégulière. En octobre 2018 j’ai été contrôlé et j’ai été amené en CRA malgré le fait que j’étais pacsé. J’ai été un des derniers à « profiter » de 45 jours, en décembre j’ai été libéré. En décembre 2019 à nouveau un contrôle, on m’a amené au CRA de Palaiseau et j’ai été libéré au bout de deux jours, j’étais marié. Mais en janvier dernier, après un contrôle on me remet une convocation soi-disant pour vérifier mon titre de séjour, parce qu’il y avait pas assez de pièces… Là ils m’ont retenu et amené au CRA, ici à Mesnil. Au bout d’un mois et 8 jours ils m’ont programmé un vol, bien que je sois marié avec une française. Ils disent que c’est à cause du fait que mon passeport est périmé, alors que ma carte d’identité est valide. J’ai un récépissé des démarches de renouvèlement de mon passeport, mais le consul a quand même donné un laissez-passer. J’ai fait appel deux fois, j’ai un vol programmé le 28 février. Je suis fatigué, je veux rentrer au bled et trouver une solution, revenir. Ma femme me soutient mais c’est dur, depuis 2014 comme ça…

J’ai eu une interdiction du territoire e un OQTF. L’avocat a fait retirer l’interdiction mais je dois respecter l’OQTF. Chez moi ça va être dur le retour, les ambassades sont dures au bled, mais je préfère avoir ma liberté dans mon pays que rester enfermé dans des conditions si mauvaises. Au tribunal il y avait la grève des avocats, deux fois j’ai pas eu d’avocat j’ai dû me défendre tout seul. Au premier tribunal, au deuxième prolongement, à la cour d’appel, jamais il y a eu d’avocat. Tu sais, y a des juges qui sont pas cléments, ils regardent pas la réalité, ils essaient même pas de faire leur travail, ils essaient juste de te faire condamner.
Normalement j’ai tout, j’ai tout ce qu’il faut, après l’état doit faire ce qu’il a à faire. Papiers ou sans papiers, je dois vivre. Tu peux pas vivre en France sans que la police te contrôle. Tu te dis « essaie, essaie, même s’il faut rentrer chez toi ». Je suis trop épuisé. Parfois tu penses que ça sert à rien, pour moi ça fait dix ans, onze ans même, depuis 2009 j’ai quitté mon pays. En dix ans t’as pas de visa, pas de titre de séjour, pose toi des questions, au bout de onze ans tu te dis faut faire le plus difficile. La préfecture ils doivent faire les choses dans la logique, regarder les dossiers de gens, voir les démarches qu’ils ont fait. Ils nous rendent fous, tu vois c’est pour ça dans les foyers y a des gens qui finissent en psychiatrie, on les traite comme des fous. J’ai la patience moi, je sais que ça va aller.

Ici ils nous provoquent. A la fouille par exemple, tu vois elle est programmée, je devais envoyer un mail, j’ai demandé aux flics et ils ont récupéré mon téléphone, on peut pas avoir de smartphones ici. J’ai filmé le document pour l’envoyer, le réseau a déconné, il déconne souvent ici, ça partait pas. Le flic m’a dit « c’est fini » alors que ça faisait même pas dix minutes. Directe il a mis ses gants pour me brutaliser, je lui ai dit « pourquoi, ça sert à rien, je t’ai pas cherché », l’autre collègue il est venu me calmer, je lui ai dit qu’il allait me brutaliser. Y a d’autres ils sont humains, y a d’autres ils nous traitent comme de la merde, ils veulent pas savoir. Je cherche pas d’ennui, ça sert à rien. Mais bon, c’est la vie. Toi tu vas avoir le dernier mot et je sais ça. Il y a des gars qui se bagarrent, mais je comprends tu vois, tu pètes un cable. C’est trop. En 2018 j’ai dit c’est la dernière fois, mais comme le statut n’a pas changé, je suis à nouveau ici.

A bas les CRA !

Une nouvelle évasion à Oissel ce week-end !

Encore une nouvelle évasion hier matin à Oissel: vers 11h un prisonnier à réussi à passer par la promenade et à se tirer ! C’est la troisième en une semaine: un prisonnier avait profité d’un feu de cellule pour se barrer le week end dernier, puis un autre a réussi à se casser de l’hôpital. Beaucoup de force à lui (et eux) on espère qu’il est déjà loin !
Juste après les keufs foutent la pression aux prisonniers et refusent de servir direct le repas. Tout ça se rajoute aux tensions déjà présente ces dernières semaines: depuis le 22 janvier des prisonniers luttent face aux violences policières et la collaboration de France terre d’asile (l’asso présente dans le CRA). On relaye ici un témoignage d’un prisonnier qui raconte l’ambiance juste après l’évasion.
Pour rappel pour appeler directement les prisonniers, comme dans la majorité des CRA y a des cabines où ils peuvent répondre directement. Pour Oissel côté homme:  02 35 68 61 56 / 77 09
 
 
 
En ce moment tout le monde est entrain de se gratter parce qu’y a un gars qui est rentré avec la gale. J’ai demandé le médecin pour qu’on ait des médicaments on m’ a dit y a pas.
Y en a un autre qui s’est évadé ce matin vers 11h-11h30 et ils nous ont pas donné à manger jusqu’à 14h. Ca fait trois jours qu’ils font pas de ménage, quand on a demandé au policier ils nous disent que c’est par rapport au coronavirus. Ils ont pas peur d’eux, mais il s’en foutent de nous clairement.
C’est pas notre problème si le gars s’est évadé. C’est leurs problèmes.
Y a des gens qui vont se suicider, y a un mec ca fait quatre jours il a pas mangé. Y en a qui avalent des trucs en métals, d’autres du shampoing. C’est chaud.
Y a pas de droit de l’homme ici a l’intérieur, y a pas. 
Des que tu demandes un truc on te repond demain demain. On se fout de toi quoi.
Le truc pour allumer la cigarette il marche pas, donc quand on tape sur la porte pour avoir un briquet ils nous font galerer pendant 20 minutes. Alors qu’à la caméra ils voient bien qu’on galère et qu’on tape.
Y a des insultes et des provocations tout le temps ici.
C’est un truc de ouf ce qui se passe ici. Déjà dans une cellule y a pas la porte des toilettes donc c’est pas possible d’être ici. Vous voyez  qu’y a pas de droit de l’homme y a rien du tout.”
 
Solidarité avec tou.tes les prisonniè.re.s !
Pour rappel pour s’organiser en IDF, assemblée contre les cra: Rdv tous les mercredi à 18h au 21 ter rue voltaire (CICP), métro rue des boulets (l9).

“Les consulats doivent refuser de délivrer des laisser passer” Témoignages de prisonniers du CRA3

Depuis l’incendie du bat2A à la prison pour sans papier de Vincennes, le mardi 4 février, il est plus possible de faire rentrer de la bouffe au CRA3. Pour s’opposer à cette nouvelle interdiction des keufs, une trentaine de prisonniers ont refusé les repas ce lundi midi.

Hier, le dimanche 16 février un camarade enfermé au CRA3 de Mesnil-Amelot, a décidé de faire passer le téléphone pour que les prisonniers qui le veulent puissent témoigner.

«  Je pense qu’il faut dire que voila les consulats doivent refuser d’accorder des laisser passer. On est partit à la base pour essayer de mieux s’en sortir. Donner un laisser passer c’est parfois anéantir toute une famille, parce qu’y a du monde derrière nous.

Le retour au pays c’est dur. Ca peut créer beaucoup de pensée dans la tête parce que tu sais pas forcément comment ça sera pour toi là bas.

C’est pas parce qu’on est partit qu’on veut pas revenir au pays, un jours on voudra y rentrer surment. C’est pas parce qu’on est étrangers qu’on a pas le droit de rêver ou de voyager. 

On part pas forcément tous pour des questions d’argent, aussi pour voyager voir autres chose ; réaliser des projets pour ceux qui viennent de la pauvreté. On quitte pas seulement comme ça nos pays, on a beaucoup essayé pendant longtemps là bas et ça a pas marché . Tout le monde à droit de partir si il en a envie.

On fait des rencontres ici, on aime des gens et on a pas forcément envie de quitter ceux qu’on aime.

On a pris des risques quand même pour venir ici, on abandonne nos mamans, nos familles et nos frères pour prendre des risques. Quand on monte sur le zodiac c’est qu’on est déterminé. C’est qu’on a perdu espoir chez nous. C’est pas qu’on crache sur nos pays.

On est des êtres humains, on doit pas être traité comme des animaux, comme des chiens.

ici on nous met beaucoup de pressions surtout psychologiquement on nous détruit petit à petit. On meurt intérieurement doucement. On est sous les avions toute la journée, donc tout le monde entend tout le temps les avions.

Tu veux rajouter quelque chose ?

Chez nous, dans la majorité des pays africains y a pas de cra. Tout le monde vient et il ne faut pas impérativement un visa. Parfois ici on nous traite de clandestins ou d’immigré économique. Mais quand les employés des grandes entreprises vont dans nos pays, c’est pas des immigrés économiques ? Les grandes entreprises nous prennent tout.

Qu’ils nous traitent comme des êtres humains, nous ne sommes pas des animaux. On nous parle tout le temps de mondialisation mais c’est que dans un sens. Les grandes entreprises nous prennent tous chez nous.

En fait c’est ça que je veux dire. Y a un frère qui veut rajouter quelque chose. »

 

 

« On est tous la par rapport à la situation, par rapport au condition. Sans te mentir on a vraiment un gros soucis par rapport à l’encadrement. On est tous des renois en fait. C’est les keufs qui choisissent. Ils placent les rebeu d’un côté, et les renois d’un autre.

Psychologiquement ici c’est vraiment dur. Puis c’est pas pareil si t’es un arabe ou un renoi.

On sait que nous avons tous les mêmes problèmes. C’est la préfecture qui nous enferme.

Et on vit tous l’injustice. La manière dont on nous traite comme des chiens.

Les astuces que les policiers utilisent pour nous arrêter en nous traitant de voleurs. C’est difficile à accepter. Souvent tu te poses la question : « Mais qu’est ce que j’ai fait pour être ici? ». Ca te travaille. Pourquoi nous faire souffrir comme ça. Tous ça c’est difficile à vivre.

Je me pose beaucoup de questions, pourquoi est ce qu’on est là. Tous ce qu’on peut nous reprocher c’est d’être des sans papiers. Alors ils ont pas à nous traiter de voleurs ou de violeurs. Quand ils nous traitent de violeurs, de voleurs qu’ils sortent les preuves. Au lieu de créer des astuces qui permettent de nous arrêter.

Si ils peuvent pas même trouver une preuve contre toi ils hésiteront pas a créer des preuves pour nous arrêter et nous mettre en cra.

Qu’ils nous traitent des êtres humains, comme des hommes déjà. Mais on voit comment ils reagissent avec le peuple français. C’est chaud. Ils pourraient commencer par faire autrement avec les gilets jaunes.

Ils font tout pour nous empêcher d’être bien, ils nous mettent pas les documents qu’on demande.

On nous juge sans avocat, sans rien du tout.Des fois on se demande elle est où la compassion des êtres humains ? Comment je me défends sans avocat ?

On veut que nos ambassades ne délivrent plus de sans papiers avec les gens. On veut les papiers et la stabilité. On nous reproche d’être sans papier mais est ce qu’on l’a décidé ?

Ils essayent de monter les gens les uns contre les autres. Voila je le dis ce que je ressens. Juste on a besoin d’un bon changement par rapport à notre situation.

Nous ce qu’on c’est vivre, normal quoi.

Pour certaines procédures certains collègues ne voient même pas le consulat et ils ont des laisser passer. Pendant qu’ils sont non documenté on leurs met un destination de leurs pays. Ici ils ne nous font pas de cadeaux. Si ça peut aider les suivants, on espère quoi. Je passe le téléphone. »

 

 

« Moi mon cas est très particulier. J’suis mineur à l’heure où je vous parle. J’ai quitté l’Allemagne, le 4 janvier. Et depuis janvier je me suis présenté à la préfecture de Saône et Loire à Macôn. Et de la j’étais partit pour qu’on m’évalue et qu’on me considère comme mineur.

En fait j’avais demandé le visa depuis le pays avec le passeport de mon frère en 2018 mais ils m’ont refusé. Mon frère m’a amené au Maroc et il s’est battu pour me faire passer. Je suis passé en Espagne au 3e mois. Et je suis partit vers l’Allemagne.

J’ai des documents qui atteste que je suis mineur comme mon extrait de naissance. L’ambassade a juste eu la copie de mon passeport. La je me bats avec la Cimade. Il me refuse même le système Dublin. Ils veulent te renvoyer en Guinée alors que je devrais être renvoyé en Allemagne. Franchement même si on me libère, je pars de France dès que je peux. »

 

 

 

«  Le problème pour moi c’est qu’on m’amène a l’ambassade mais j’ai jamais eu de documents même au pays. Pourtant j’suis demandeur d’asile en italie mais rien à faire.

Maintenant il faut que je reporte mon audience en Italie. Ca fait bientôt deux mois que je suis la. Ils doivent faire mon empreinte sur le fichier Eurodac mais ils refusent. Vu que c’ était la grève des avocats j’avais pas eu d’avocats au début.J’ai pris un avocat privé »

 

« Ca fait bientôt 8 ans que je suis là, j’ai un contrat de travail. J’ai des preuves. Je suis partit à la préfecture pour faire une demande après on m’a donné une attestation de depôt comme quoi ma demande elle est en cours de traitement. Mais les policiers qui m’ont contrôle ils en ont rien fait. Ils m’ont amené en centre de rétention.

Ils ont dit qu’ils m’ont donné le repas dans leurs procès verbal mais c’est leurs paroles contre la mienne. En 24h j’ai mangé qu’à mon arrivé au centre de rétention. Entre temps même pour boire j’ai eu des problème mais jamais eu à boire. J’ai eu des maux de tête a cause de cette garde a vue.. J’ai attestation de domiciliation et tout les papiers. Mais ils n’en ont rien a foutre. Pour eux je suis juste un sans papiers.

On est toujours dans le même pétrin. Ils arrêtent pas de nous donner des laisser passer frauduleux pour nous mettre des vols. »

 

« Moi je suis venu ici depuis 1994. J’ai 67 ans aujourd’hui. J’étais malade de tuberculose le préfet m’a donné le papier. Après il m’a arraché le papier. Et chaque année moi je suis dans le centre de détention là. Ca fait 5 fois que je suis là dans le même centre de rétention. Malheureusement le juge n’a jamais dit au préfet de me donner les papiers. Ca fait 26 ans maintenant. Même la Cimade est au courant. »

« Nous on est la. Ils veulent m’expulser mais c’est un faux laisser passer.

Le consulat m’a envoyé un papier comme quoi il m’a jamais livré de laisser passer à mon nom. Depuis tout ce temps ils m’ont proposé deux vols.

Il faut d’abord que je parte voir le consulat pour voir si je suis de cette nationalité. La ils me présentent un faux laisser passer. C‘est pas le même modèle que ceux que donnent le consulat d’habitude. La police dit que c’est pas son problème et que le préfet a décidé comme ça.

Par rapport à ca l’avocat me dit que je dois faire une demande d’asile.

Ca fait 6 semaines, et j’ai déjà eu deux vols. Le deuxième vol c’était un caché. Je prends ma douche ca toc et toc la c’est la police. J’avais pas vu mon nom sur la liste. Ils me disent « Nous c’est pas notre problème ».

J’ai demandé et j’ai montré mon papier au policier, mais il me dit «Ouai normalement t’as raison mais nous on fait que notre boulot et si le préfet dit de t’emmener la bas on le fait. » J’ai dit non en disant je veux voir mon consulat.

Je leurs ai dit de toute façon il me faut du temps pour préparer le retour au pays.

Moi je savais pas que si t’avais pas de papier tu pouvais pas porter plainte. Pendant un an j’ai demande de l’argent a quelqu’un qui m’a employé. J’ai décidé de porter plainte mais finalement j’ai été en GAV. J’ai fait 48h au poste et ils m’ont amené au centre de rétention.

Au commissariat on me dit tu vas signer et après on te ramène. Je dis « Tu veux me ramener ou. ? »

 

Y a carrément des gens qui sont malade ici, des diabétique ou des gens qui attendent des hospitalisations et on les laisse toujours là. Il va faire 90 jours et après on le libère.

Si y a des visites on a plus le droit de ramener rien du tout. On mange a 18h jusqu’au lendemain demain matin. Avant on pouvait ramener les gâteaux, maintenant faut manger ça sur place.

Y a pas de raisons. Ils disent que c’est a cause de Vincennes, qu’ils ont brûle a cause de ça, qu’ils rentraient les choses avec la nourriture ou les bouteilles de coca.

Ici sincèrement ils s’en foutent de nous. On leur a dit ici on est pas a Vincennes.

Même les douches elles sont tellement sale mais ils s’en foutent. Ils passent la serpillière vite fait dans les chambres et c’est tout.

Moi j’ai fait deux ou trois fois des demandes de régularisations mais ca a pas marché. J’ai personne au bled, j’ai pas de toits pas de famille la bas. Je vais dormir ou après l’aéroport ?

Parce que moi mon asile est politique.

On dort pas tout le temps on est la. Carrément on sait pas comment ca va se passer. On nous prévient pas, au moins que je prévienne la famille qu’elle me ramène tout mes vêtements et un peu d’argent.

J’aimerai bien qu’on me fasse libérer. Etre libéré ce serait bien. Regarde on demande que la liberté c’est tout. Mais ça c’est pas leurs problème c’est le préfet jsais pas.

On nous mets dans des conditions vraiment abusifs. On espère sincèrement que ça va changer. »

 

« Je suis au centre de rétention depuis un mois et huit jours. Et je suis sans famille. Sans aucune ressource. Je suis vraiment dans un cas précaire. Ca fait 46 ans que je suis en France. Ils m’ont retiré les papiers depuis 84. Depuis 84 je suis sans papier. Ils m’ont retiré mon fils a l’époque qui a été placé à la DASS. Ils l’ont placé dans une famille d’accueil. Jusqu’à maintenant je sais pas où il est.

Chaque fois mon pays refuse de donner un laisser passer. J’ai un certificat comme quoi j’ai pas . Je suis tombé plusieurs fois. Ils m’ont envoyé voir le consul une deuxième fois. Ils attendent vraiment la réponse du consul, mais il veut pas répondre. Au maximum tu vas faire trois mois et tu vas être libéré m’ a dit le consul.

Une fois que je suis dehors la Cimade m’a dit qu’il faut faire un recours d’apatride.

Ils veulent pas me laisser sortir faire une opération pour la prostate. Alors que j’ai fait les test et qu’il faut que je me fasse opérer. »

Pour rappel: Rendez vous tous les mercredi à 18h au CICP pour l’assemblée d’IDF contre les centres de rétention ! C’est au 21ter rue Voltaire, métro rue des boulets sur la ligne 9.