“Après quelques jours, tout le monde est parti et j’étais toute seule ». Témoignage d’une prisonnière de Oissel

La crise sanitaire, trop peu anticipée, dans les lieux de rétention, a isolé plus encore les prisonnier·es des prisons pour étranger·es. Les règles sanitaires ne sont pas appliquées et l’accès au soin est rendu plus difficile encore. Ici, à nouveau, les femmes trinquent particulièrement : saleté, rareté de la bouffe, peur de la police, manque d’informations et impossible accès au droit. G. raconte :

« Je vous parle ce soir des Pays-Bas où j’ai été renvoyée avant-hier.
Quand je suis sortie de détention de la prison de Rennes, la PAF
m’attendait pour me renvoyer aux Pays-Bas parce que j’ai la nationalité ici. Mais sur la route de l’aéroport, il y a eu un problème de radiateur dans la voiture. Et du coup, j’ai perdu mon vol.
On était presque arrivé à l’aéroport. Donc ils m’ont emmené au centre de rétention de Oissel. C’était lundi ou mardi. Je devais aller au tribunal mais avec le virus du Corona c’était plus possible. Mon avocate m’a dit que si j’avais une adresse, je pourrai rester en France, il y avait des gens qui pouvaient m’accueillir à Paris et que je pouvais rester là. Je
connaissais personne ici donc j’avais que ça.
A la prison de Rennes, le coronavirus on en parlait pas. Ils disaient que le virus n’était pas arrivé, donc il n’y avait pas de protection, de mesures d’hygiène, ils disaient que c’était pas grève. On entendait au journal mais rien de plus.
Quand je suis arrivée au CRA de Oissel le 14 mars, il n’y avait rien. Et j’ai entendu à la télévision qu’il y avait la crise à partir du 16 mars et qu’on avait plus le droit d’être dans la rue et tout. Mais au CRA il n’y avait pas de protection.
Là bas les hommes sont plus protégés que les femmes. Il n’y a rien ni masques ni rien. Eux ils n’ont pas le droit de manger à plus de quatre à table. Nous même quand on sort ils nous protègent même pas. Et la police, ils nous touchent sans gants, sans rien, sans masques, ni des choses comme ça.
Quand je suis arrivée, il y avait quelques femmes. Dont une qui venait aussi de la prison. Quand arrive le jour de la libération, ils venaient nous chercher en prison. Une autre femme libérée, elle avait été emmenée à Oissel aussi. On était libérées de Rennes et la PAF nous amenait là.
La PAF c’était que des hommes. Ou quasi.
C’était très sale. Dans les chambres, ils ne passent que le balai et
c’est hyper sale parce qu’ils ne le font pas bien. Et moi, avec une
Espagnole qui était aussi enfermée, je leur ai demandé un balai et ils n’ont pas voulu nous le donner. Le lendemain, personne n’est venu faire le ménage et mon ami a insisté pour qu’ils nous donnent du matériel pour nettoyer. Nous avons nettoyé le petit coin fumeur qui était très très sale. Nous avons déplacé la machine à café et il y avait du café qui était déjà sec. Ils ne nettoient même pas les tables ou les chaises pour que nous puissions nous asseoir. Nous n’avons pas le droit d’avoir du
matériel de nettoyage
On était 7 femmes. Après quelques jours, tout le monde est parti et j’étais toute seule. Je ne sais pas pourquoi je n’étais pas libérée, mais sans doute parce que je viens des Pays-Bas.
Après quelques jours, j’étais toute seule au centre de rétention.
C’était vraiment bizarre. Ça n’allait pas mais je ne savais pas quoifaire. Et les associations n’étaient plus là. Il y a une femme qui m’aappelé une et deux fois. Et on a essayé de les appeler. Parfois la PAFvenait me voir, savoir comment j’allais, jouer avec moi. Ils faisaientdes commentaires.
Les derniers jours, ils m’ont donné des boîtes de conserves pour le repas.J’avais peur le soir. Il n’y avait que des hommes. Ils jouent beaucoup,
ils faisaient des commentaires pas propres. J’avais peur des policiers. La nuit, j’avais très peur, je me disais que j’étais toute seule et que les hommes pouvaient me faire ce qu’ils voulaient, me violer ou quoi.
Au moins en prison, il y avait des activités, du travail, des gens qui étaient là depuis longtemps et qui ont l’habitude. Là au centre de rétention, il n’y a rien, tu dois juste attendre. Attendre et rien faire.
Je connaissais pas mes droits. J’ai eu une avocate, ils m’ont donné un nom. J’ai vu une juge sur visioconférence à cause du coronavirus.
Un jour j’étais endormie et ils m’ont réveillé pour me dire « tu pars maintenant, tu as un vol ». J’y croyais pas, j’ai pas vu de juge, et là je dois partir là comme dans cinq minutes. Ils ne m’ont pas prévenue à l’avance. Je leur demande pourquoi ils ne m’ont pas dit avant. Ils m’ont dit qu’il n’y avait pas le droit. »

 

Les prisonniers de la section homme de Oissel ont sortit un communiqué sur la situation au CRA le 26 mars.

Un résumé de la situation dans les centres de rétentions qui date du 22 mars est disponible pour celles et ceux qui voudraient plus d’informations.

En ce moment encore plus que d’habitude, vous pouvez appeler les cabines des CRA pour témoigner de votre solidarité. Si vous ne l’avez jamais fait et que vous vous demandez quoi dire, voilà quelques idées.

Contre les violences patriarcales de l’état, liberté pour toutes les femmes enfermées!

Vendredi 13 février une agression sexuelle a eu lieu dans la prison pour sans-papiers du Mesnil Amelot. Un retenu est passé dans le batiment des femmes et a agressé trois copines, dans l’indifference des flics qui ont mis un bon quart d’heure avant d’intervenir. Depuis, l’agresseur a été déporté et l’affaire classée, comme si la déportation avait effacé ce qui s’est passé. Une des copines a été déportée alors que les deux autres restent isolées dans le centre, sous la menace de la déportation et sans avoir vu ni un psy ni un medecin. Les copines nous racontent les moqueries quotidiennes des flics, les insultes et les blagues racistes, et la culpabilisation qu’elles subissent de la part des juges et de l’infirmière du centre.

L’hétéropatriarcat et le racisme sont liés et se renforcent mutuellement. Dans les politiques migratoires des États occidentaux, leur violence prend la forme du contrôle des corps des femmes migrantes par des lois racistes et sexistes. Ces lois d’une part les criminalisent (les femmes exilées et racisées sont plus souvent accusées de vol, de mensonge etc) et d’autre part les reduisent au silence en les obligeant à prouver les situations de violence extrême qu’elles ont subi (à la pref, aux instances de l’asile, devant les juges etc). Cette violence est toujours jugée par le regard d’un pouvoir occidental et patriarcal, sans tenir compte des formes particulieres qu’elle peut prendre.

L’agression sexuelle qui a eu lieu le 13 février dans la prison pour sans papiers du Mesnil Amelot n’est pas un acte isolé. Elle est le produit d’un système d’enfermement et de contrôle, qui va des prisons aux frontières en passant par les centres de rétention. Le but des CRA est d’effacer la vie des personnes qui sont enfermées pour la simple raison de ne pas posséder les bons papiers. Comme les prisons, ce sont des lieux où le racisme et le sexisme d’État se montrent dans toute leur violence. Dans ces cages, les femmes subissent au quotidien des formes d’oppression patriarcale : les insultes et le sexisme de la part des flics, la culpabilisation de la part des juges et des procureurs qui mettent en causela vérité de leurs récits, la menace permanente d’une déportation vers un pays où elles sont en danger…

Le sarcasme et le mépris des tribunaux face aux agressions sexuelles subies par les copines ne nous étonnent pas, encore une fois, il s’agit d’une justice complice. L’État, la police et les juges sont autant responsables de ce qu’il s’est passé au Mesnil que l’agresseur. Ce n’est qu’une énième preuve de la nature raciste et sexiste de ces dispositifs. Nous ne leur faisons aucune confiance, nous savons que ni la justice ni la police ni l’Etat ne nous sauveront du patriarcat. Nous savons que c’est grâce aux résistances et aux luttes de celles qui sont enfermées que ces prisons seront abattues.

Nous sommes proches des copines agressées, toujours dans les mains odieuses de l’État et de ses sbires.
On leur envoie toute notre force et notre complicité.

Face à la violence partriarcale de l’Etat on appelle toustes les individualités et les collectifs se reconaissant dans des luttes antisexistes, antiracistes et anticarcerales, à montrer leur solidarité active aux copines enfermées, dans toutes les formes possibles. Leur lutte est notre lutte.

Contre l’État, les prisons et les frontières tant qu’il le faudra.
Dans les rues, les places et les cellules de prison, les femmes migrantes ne sont pas seules !

Les flics se foutent de ma gueule : “ T’es grande, pourquoi tu l’as pas tapé ”. La juge m’a crié “ tu me racontes que du mensonge ”

Le 13 février trois prisonnières sont agressées dans le centre de rétention administrative du Mesnil Amelot. Plusieurs minutes passent avant que la police intervienne, ni un suivi ni une aide d’aucun type ne sont proposés. Elles décident de porter plainte, pour dénoncer leurs conditions d’enfermement et la violence de la police. Le seul résultat sera la déportation de l’agresseur, et le classement sans suite des faits. La menace ne serait plus présente, selon les juges et les flics. Depuis, une des trois copines a été déportée, alors que les deux autres, essayant de rester solidaires face aux conditions inhumaines d’enfermement dans ces prisons, subissent au quotidien les insultes et le sarcasme des policiers. Devant les juges, à plusieurs reprises on a nié la vérité de leurs récits au sujet de l’agression, et on les a culpabilisées pour ce qui s’est passé. Voici leurs paroles, sorties des murs du CRA.

« Je suis dans l’attente de mon asile en Hollande. J’étais en prison à Versailles avant, j’ai volé un parfum. On m’a condamné à six mois, après quatre mois je savais pas, ils sont venus me chercher, ils m’ont amené ici. En 2019 j’étais déjà passée par un centre de rétention, j’ai été attrapée à la frontière avec l’Espagne. Ils m’ont rapatriée au Peru. Mais je peux pas rester là bas, le père de mon enfant va me tuer, c’est le chef d’une bande et il va me tuer. Du coup je suis revenue, je suis allée en Hollande. J’ai demandé l’asile. Je suis venu ici voir un ami. Mais cet « ami » a volé mon sac, tout mon argent et mes papiers. Le 31 janvier, à la sortie de mon temps de prison, ils m’avaient réservé un vol, mais il n’y avait pas de laissez-passer, je n’avais pas vu le consul. Mon passeport est en Hollande, j’ai refusé. Le 13 février dernier j’ai été agressée dans le centre. Un autre retenu est passe du bâtiment des hommes, d’abord il a essayé d’agresser une autre copine, dans la sale télé, où elle était tout sole mais elle s’est échappée. Après il est rentré dans la chambre où j’étais avec mon amie, il s’est jeté sur elle, il a essayé de lui enlever son pantalon. Elle s’est enfuie, il s’est jeté sur moi. J’étais paralysée, je pouvais pas bouger. Les flics ont mis quinze minutes pour arriver, ils s’en foutaient. Dans les chambres, les caméras marchent pas, c’est eux qui me l’ont dit. On a porté plainte. L’affaire a été classée, parce que le mec a été renvoyé au pays. Le procureur m’a dit que ce serait pas arrivé si j’étais partie lors de mon premier vol. Ma copine chilienne quelle était dans la chambre au moment de l’agression, a essayé de se suicider, ils l’ont déportée. Elle avait vu le psy du centre, il lui a dit que si elle avait fait une vraie tentative de suicide elle aurait réussi à se tuer. Ici ils sont tous méchants. On a essayé de saisir le jld pour des raisons extraordinaires. On nous a fait attendre de 10 h à 18h avant de nous dire que le juge pouvait pas s’exprimer sur ces faits. C’est du racisme tout ça. Les médecins, l’infirmière, ils sont juste capables de te donner des médocs et des calmants. La cuisinière est méchante, une fille a renversée son café, elle en a demandé un autre et elle a dit non. Quand on a nos règles, ils nous donnent deux serviettes hygiéniques par jour, qu’est-ce que je dois faire avec deux tampons pour une journée entière ? Je veux juste qu’on me renvoie en Hollande, ils sont plus humains là bas. J’en peux plus de ce pays raciste. Ici les flics, la greffe, tout le monde, ils sont tous ensemble, tous d’accord. À compter du 1er mars ils vont me chercher un vol, mais comment je peux retourner là bas s’ils vont me tuer ? »

« J’ai été arrêtée dans un magasin, ils m’accusent d’avoir volé mais c’est pas vrai. J’étais avec ma mère, elle est diabétique, ils l’ont laissé au centre commercial toute seule et ils m’ont amené au commissariat. J’ai essayé d’expliquer à la police que je pouvais pas rentrer en Tunisie, ils rigolaient, ils disaient « on va lui réserver un vol, il faut lui trouver une hôtesse pour son vol ». Ils m’ont dit «on va te ramener au CRA », je savais pas ce que c’est, j’ai demandé si c’était une prison et ils m’ont dit oui. Je voulais appeler ma mère, j’étais inquiète, ils m’ont dit que j’avais le droit d’appeler personne. Quand j’ai vu le consul il m’a dit « tu fais quoi ici, c’est bizarre », il m’a dit qu’il veut m’aider. Pour le moment je n’ai pas de laissez-passer. J’étais dans la salle télé quand l’homme m’a agressée, j’ai réussi a esquiver le pire mais les flics ont mis une bonne quinzaine de minutes avant de le rattraper. Depuis l’agression, les flics se foutent de ma gueule, ils me disent « T’es grande, pourquoi tu l’as pas tapé ». La juge elle m’a crié dessus, « tu me racontes que du mensonge ». J’ai pas vu de médecin, je l’ai demandé plusieurs fois. Si je vois le médecin il va faire un rapport direct.

On avait un rdv avec le psychologue suite à l’agression le 20 mars (plus d’un mois après l’event) mais ça a été annulé car la plainte a été classée. L’autre jour, j’ai fait une crise de panique, j’arrivais pas à respirer, ma copine a appelé la police, ils m’ont dit « t’as quoi madame t’as quoi madame ». Je vais pas bien. Ici ils nous traitent comme des chiens. La dame, la policière, elle arrête pas de me poser de questions, même sur vous. Parfois je fais comme si je ne parlais pas français, pour pas leur répondre. Le soir ici c’est film de l’horreur, les douches elles marchent toutes seules, les lumières s’allument. Je ne peux pas rester ici. »

La police est raciste, la police est sexiste : témoignage d”une prisonnière dans le CRA de Mesnil Amelot

La police, dans les CRA comme partout, est raciste : les prisonniers et les prisonnières des centres de rétention le savent très bien, et le racontent tout le temps. Mais les meufs enfermées dans ces prisons pour étrangères, dont la parole sort beacoup moins, parlent aussi du sexisme quotidien des flics : les régards, les rémarques… le pouvoir des keufs dans les sections réservées aux femmes, comme à Mesnil Amelot par exemple, est encore plus oppressant, mais des solidarités se tissent pour résister à la police raciste et sexiste.

Dans ce témoignage, une copine prisonnière parle de tout ça, mais aussi de l’OFII, qui est présent dans les CRA. Dans sont site internet, on peut lire que “l’OFII exerce également une mission d’information, de soutien et d’écoute des étrangers dans les centres de rétention administrative (CRA). Dans ce cadre, des aides matérielles leur sont apportées afin d’assurer l’organisation de leur départ et faciliter leurs conditions de rétention.”  Une manière créative pour dire que l’OFII collabore avec la police

Face à tout ça, face aux morts, aux violences policières et aux collabos dans ces prisons pour sans-papiers, quoi faire? Une assemblée publique aura lieu mardi 3 décembre, ouverte à toustes celleux qui veulent lutter pour la disparition des CRA. Organisons la riposte !

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L’OFII

“La femme de l’OFII parfois pose des questions bizarres, comme si elle était une inquisitrice. Elle juge les gens trop vite tu vois ? Je pense qu’elle bosse avec les flics, elle essaie de retirer des infos de nous et tout ça.

Elle pose beaucoup de questions : “Pourquoi tu fais ci, pourquoi tu fais ça”… parfois ils [les salarié.e.s de l’OFII] prennent beaucoup de temps pour parler avec les gens de n’importe quoi, alors que les autres attendent à l’extérieur pour rien, et arrivent pas à acheter les cigarettes.

La police

Les flics ont beaucoup de mots mal placés : il y a des filles marocaines, ils disent “T’es sure que t’es roumaine ? T’es sure que t’es pas une voleuse?“.

Y a d’autres remarques aussi. Une albanaise est venue me dire : “Je suis mal à l’aise, y a un flic qui me dit des choses mal placées”. Du coup je suis allé le voir, et lui tu sais ce qu’il m’a dit? “C’est quoi, t’es jalouse parce que toi aussi t’en veux de moi?”.

Beaucoup de policiers font beaucoup de remarques sexuelles perverses, surtout à moi parfois.

Les conditions de retention

Hier il y avait un jeune de 16 ans avec la mère, après il a été libéré. Mais parfois y a des gamins de 6 mois, de 8 mois, comme ça.

Par rapport au médecin, je ne suis pas d’accord par rapport à certaines choses. Et la nourriture, il y a des gens qui ne peuvent pas manger certaines choses mais sont obligés de le faire.

Mais l’Etat il prend de l’argent pour nous non? Avec cet argent, il faudrait au moins améliorer les conditions des gens ici.”

dispo en affiche :

Pour Mohammed et tou.te.s les autres

Vendredi 8 novembre, un prisonnier est décédé au centre de rétention de Vincennes. Il avait 19 ans, il était enfermé depuis 28 jours. Au matin, ses co-détenus l’ont découvert entre la vie et la mort dans son lit. Deux jours plus tard, un hommage lui a été rendu avec et par les prisonniers dans la cour du CRA :

« Quand on a su pour le jeune Mohammed, on a voulu lui faire un hommage, un genre une prière avec tout le monde. Au début on a demandé le pardon tout ça comme le veut la tradition islamique, et après on est allés voir tout le monde de toutes les religions et ceux qui n’ont pas de religion.

On a dit : on va faire un hommage symbolique dans la cour et on a vu que tout les prisonniers étaient d’accord, c’était avec plaisir pour eux. On a dit à midi tout le monde va chercher son ticket pour le restaurant et avant qu’il parte au restaurant pour manger il faut qu’il monte vers la cour comme ça il vient pour faire une prière, un hommage symbolique pour lui.

Comme ça fait un message pour les responsables ici, parce que cette histoire elle pourrait arriver à n’importe lequel d’entre nous. On a fait une petite prière debout, il y a un gars qui a lu un peu du coran et après il y a un demandé à un monsieur âgé il a 65 ans, il est d’origine de Russie, il est là, il est chrétien, il a fait un peu de prière avec la bible.

La police ils ont remarqué, ils sont venus ils ont dit « qu’est ce que vous préparez ? qu’est ce que vous préparez ? » ils voyaient qu’on va faire quelque chose de casse mais c’était juste un symbole pour le jeune tunisien et ça s’est passé tranquille après on a repris la normale.»

A l’extérieur aussi, il était important de faire quelque chose. Vendredi, nous étions plusieurs à vouloir nous rendre ensemble derrière le CRA de Vincennes pour faire un parloir sauvage (se rapprocher le plus possible des grilles et se faire entendre des retenus), crier notre solidarité aux personnes à l’intérieur et notre colère contre les CRA et les frontières qui tuent.

Mais les RG avaient visiblement intercepté l’info puisque 3 camions de flics étaient stationnés devant le CRA, et des flics en civil nous attendaient au RER et nous ont empêché de faire le parloir, confisquant au passage notre banderole.

On a donc décidé de remettre ça au dimanche soir : cette fois-ci on a pu se rapprocher du CRA et crier, les gens de l’intérieur nous ont entendu et ont répondu ; deux minutes après 3 camions de flics ont débarqué et nous ont nassé-es pendant quelques minutes, avant de nous raccompagner jusqu’au RER – nous on a crié nos slogans jusque dans le wagon.

Tout cela montre quand même que les flics et la préfecture sont sur les dents en ce moment : ils savent qu’une mort en CRA ne reste pas sans réaction ; ils ont peur des révoltes de prisonnier-es et ils ont peur des liens qui peuvent être faits entre intérieur et extérieur, et accentuent donc la surveillance et la répression des deux côtés.

Mais les camarades qui ont entendu le parloir depuis l’intérieur du CRA appellent à la solidarité et à la mobilisation  : « Il faut faire beaucoup de manifs ! tous les jours si c’est possible ! C’est pas croyable ce qu’il se passe ici ». Nous on est toujours plus déterminé-es : on reviendra!

Pour Mohammed et tou.te.s les autres, ni oubli ni pardon.

Liberté pour tou.te.s!

A bas les CRA!

Athènes – Grève de la faim des prisonnières dans le CRA de Petro Ralli !

Nous traduisons ici trois communiqués de solidarité avec les prisonnières d’une prison grecque pour étrangers-ères qui ont entamé, le 2 novembre, une grève de la faim.

Depuis plusieurs jours, leur lutte contre le racisme et le sexisme d’Etat continue.

Force à elles ! A bas les CRA, en Grèce comme en France et partout ailleurs !

Entre temps, on apprend qu’il y a quelques jours (mardi 12 novembre) le squat Bouboulinas à Exarcheia se fait expulser et ses habitant.e.s résistent à la déportation. Leur communiqué, traduit en français, est disponible ici : https://athens.indymedia.org/post/1601031/

 

Migrants call for freedom from Greek detention centres: 'I ...

5 novembre

Dans le centre de rétention pour étrangères de Petrou Ralli, la grève de la faim déclenchée le 2 novembre par 16 femmes, dont 14 de Syrie et 2 de Palestine, continue. Elles demandent un transfert immédiat vers les îles où elles ont entamé les procédures d’asile, afin de les achever. Elles sont encore plus déterminées à ne pas s’arrêter jusqu’à ce que leurs revendications soient acceptées. Les messages qu’elles nous envoient constamment le confirment. Elles ont besoin du soutien et de la solidarité pratique de tou.te.s. C’est ce qu’elles espèrent. Vivre dans cette cage, indéfiniment, sans savoir pourquoi et jusqu’à ce que, sans avoir été informée par personne, sans avoir commis aucun crime, elles n’ont donc plus d’autre espoir. Le vrai crime est leur détention, et la grève de la faim est le moyen choisi pour résister au châtiment de leur emprisonnement paranoïaque, qui les efface comme êtres humains. Elles n’ont pas été convaincues par les mensonges de la police, tels que : “Arrêtez la grève, commencez à manger et nous vous aiderons à sortir d’ici” ou au contraire : “Arrêtez la grève de la faim, car vous n’aurez rien. D’autres ont fait la même chose, dans le passé, et en une semaine elles ont été transférées, malades, avec des ambulances dans les hôpitaux et ensuite ramenées ici” etc. etc., pour briser le moral. Elles n’ont pas non plus accepté le chocolat avec lequel ils ont essayé de les attirer et de les briser… Ces femmes nous enseignent ce que signifie la dignité ! Elles veulent que leur cri soit entendu partout dans le monde et qu’il ne soit pas oublié. Elles veulent nous toucher, nous réveiller et nous secouer. Elles demandent à pouvoir exister à nouveau en tant que personnes !

7 novembre

Mardi après-midi, au 4ème jour de grève, le quartier général de la police de l’immigration a répondu à la demande de 7 grévistes, les transportant par bateau jusqu’aux îles où elles doivent compléter leur procédure d’asile : 5 à Kos et 2 à Chios. Les menaces, les agressions verbales sexistes dégoûtantes de la police contre les femmes qui refusaient de manger sont terminées. Les ordres ont changé. Maintenant, elles pouvaient partir et respirer librement. Les 9 femmes qui restaient dans la prison ont poursuivi leur grève de la faim. Nous avons reçu le témoignage du copain d’une gréviste palestinienne, qui demande de raconter son histoire, de faire savoir au monde entier que si elle ne se rend pas directement sur l’île de Leros pour compléter sa demande d’asile, afin qu’elle puisse rejoindre et vivre avec son mari réfugié en Belgique, elle va se suicider. Nous n’avons pas publié la nouvelle immédiatement, parce que nous pensions que c’était une déclaration qu’elle avait faite à un moment de désespoir, ce qui n’est pas rare dans ce sale lieu de détention et de torture constante. Mais suite aux informations que nous avons reçues hier des centres de détention, nous pensons qu’il est de notre devoir de diffuser sa demande, avec son nom et avec l’accord des autres, car hier les grévistes ont décidé de donner un tour dangereux à leur combat et ils ont aussi commencé une grève de la soif. À 19h30, Fatima s’est évanouie. Une détenue appela le garde en service et leur demanda d’emmener la fille à l’hôpital pour lui donner l’aide dont elle avait besoin. Le policier brutal, d’une manière raciste, meurtrière et misogyne, a répondu : “Je ne vais nulle part. C’est sa responsabilité si elle est inconsciente. Si elle refuse de manger, il est naturel de s’évanouir. Si elle veut mourir, elle doit mourir.” Après ça, il est parti. La prisonnière a été révoltée par l’indifférence meurtrière de la police. “Ils s’en fichent qu’on vive ou meure.” Bien sûr, le maton a fait tout son possible pour que cela se produise et nous espérons que rien de pire ne s’est produit pendant la nuit. Qui donne à la police le droit d’exposer les personnes vulnérables à toutes leurs tendances racistes et fascistes ? Cela fait-il partie de leurs fonctions ? Si Fatima ou toute autre personne en grève de la faim pour revendiquer ses droits sont traitées de la sorte, c’est un miracle que nous ne pleurions pas les victimes. Et prenons un moment pour écouter l’histoire de Fatima, qui espère sensibiliser les avocats, les psychologues et le mouvement de solidarité de base. Elle a 25 ans et est en prison depuis un mois et demi. Elle a trop souffert à Gaza où il n’y a pas d’espérance de vie. Elle est arrivée en Grèce via Symi, où elle a été emprisonnée pendant 11 jours, puis envoyée à Leros, où ses empreintes digitales ont été relevées et elle a demandé l’asile. Elle a de sérieux problèmes de santé et des documents qui le prouvent, mais depuis qu’elle est à Petrou Ralli, aucun médecin ne lui a rendu visite et elle n’a pas été traitée. L’emprisonnement dans les centres de détention a aggravé sa santé psychologique et physique. Elle veut sortir de prison et gagner sa vie, assoiffée de liberté. Elle a décidé de vivre librement ou de poursuivre sa grève de la faim et de la soif jusqu’à la mort. Elle veut être traitée comme un être humain. Son titre temporaire d’asile a expiré, elle a fait deux entretiens avec la commission et veut retourner à Leros pour compléter les procédures légales qui lui permettront de retrouver son mari. Fatima l’a affirmé et l’a fait en commençant la grève de la soif avec ses compagnes. Elles n’ont rient d’autre que l’espoir pour leur liberté. Des femmes héroïques, élevées depuis l’enfance entre la brutalité de la guerre et l’oppression de l’hégémonie patriarcale. Des femmes qui ont perdu leur maison, leur emploi, des êtres chers et qui crient maintenant assez ! Soit ils nous éloignent de ces lits pleins d’insectes et de cafards, des cellules où il fait froid parce qu’il y a des fenêtres sans verre et qu’il fait froid, des salles de bains avec douche et deux toilettes pour 45 personnes, de la nourriture que personne ne veut manger, soit nous allons mourir. Des femmes qui ne supportent pas les autres tortures. Ne les laissons pas se blesser à nouveau ! La grève de la soif qu’elles ont décidée exige une attention particulière et comporte de graves risques, et les prisonnières ont une grande responsabilité. Que leur combat soit un chant de libération qui nous fasse danser dans les rues pour être entendus partout. Parce qu’elles sont nos sœurs et nos compagnes. Pour vaincre le fascisme, le racisme et la misogynie, militairement, d’en bas. Fermer tous les centres de rétention pour migrant.e.s et réfugié.e.s. Parce que la passion pour la liberté est plus forte que n’importe quelle cellule.

9 novembre

Hier à midi, Fatima et Yasmin ont été emmenées d’urgence à la clinique d’Asclépios Voula. Parmi les 16 femmes qui ont entamé la grève de la faim, 10 ont été “libérées” et emmenées par bateau menottées dans des camps sur les îles, où elles seront autorisées à accomplir de longues procédures d’asile, ou seront renvoyées dans le camp d’Amygdaleza pour y être déportées dans leur pays d’origine. Les conditions de rétention inhumaines, xénophobes et fascistes entraînent un désespoir terrible et une grave dépression. Deux autres femmes se sont jointes à la grève de la faim massive, deux nouvelles détenues syriennes, une jeune fille de 15 ans et un adulte. Fatima et Yasmin ont été transférées de l’hôpital Asclepius à Voula vers l’enfer de Petrou Ralli, à nouveau. Hier, nous avons appris qu’elles avaient interrompu leur grève de la soif, parce que certaines avaient déjà eu des problèmes de santé et parce qu’elles avaient décidé que ce devrait être le dernier moyen de lutte si nécessaire. La grève de la faim se poursuit avec détermination. Les détenues crient, pour se faire entendre de toutes les manières possibles, qu’elles préfèrent mourir, sans faire du mal à personne, plutôt que d’être emprisonnées dans cette prison xénophobe et sexiste pleine de cafards et d’insectes. Nous admirons ces femmes pour leur courage.

L’indifférence meurtrière délibérée des flics et la dévalorisation absolue de la vie des femmes migrantes en lutte se reflètent dans le cas de Fatima qui, le premier jour d’une grève de la soif, s’est évanouie et son état a été ignoré, malgré ses problèmes de santé connus. L’emprisonnement, la poursuite de la violence et la dévalorisation dont souffrent les grévistes à l’heure actuelle ne sont rien de plus qu’une pratique récurrente menée contre les immigrées/détenues à Petrou Ralli et dans tous les centres de rétention. Les coups, la torture, le harcèlement sexuel, le viol, les infrastructures misérables, la manque d’informations sur la durée de la détention et l’avenir des détenues sont des exemples de la répression dont elles sont victimes. Dans un contexte social général de dévalorisation délibérée des personnes immigrées, il n’est pas trompeur d’inclure également les conditions de vie en détention et les luttes qui s’y déroulent. En même temps, l’effort de l’Etat et de ses institutions est de créer une sphère fermée contrôlée pour rendre impossible la communication entre les détenues et leurs avocat.e.s. Tout ce qui précède n’est pas le fruit du hasard, mais un choix politique de l’État. Pour notre part, nous sommes opposées à toute pratique d’emprisonnement, de marginalisation ou de contrôle, et nous continuerons à soutenir la lutte des personnes immigrées.

Nous vous invitons, le dimanche 10 novembre à 15h00, à un rassemblement de solidarité avec les neuf grévistes devant le centre de rétention Petrou Ralli.

Pour leur libération immédiate ! Pour vaincre le fascisme, le racisme et la misogynie à Petrou Ralli et partout ! Fermer les centres de détention pour migrant.e.s et réfugié.e.s. Pour en finir avec les guerres. Pour ouvrir les frontières !

Soyons aux côtés de nos sœurs en difficulté pour crier :

La passion pour la liberté est plus forte que n’importe quelle cellule !

Dans les rues, les places et les cellules de prison, les femmes migrantes ne sont pas seules !

Feu aux centres de détention !

Des documents pour toutes et tous !

The House of Women for the Empowerment & Emancipation

Tentatives d’évasion, auto-mutilations… le quotidien dans le CRA de Vincennes

On relaye ici le témoignage de M., prisonnier au CRA de Vincennes depuis plus de 30 jours. Un témoignage en deux temps ou il raconte d’abord l’auto-mutilation d’un co-retenu puis sa tentative d’évasion quelques jours plus tôt (cette semaine-là plusieurs tentatives d’évasion on eu lieu au CRA de Vincennes ainsi qu’à celui de Mesnil-Amelot). Suite à sa tentative d’évasion M. a fait une garde à vue mais n’a pas été poursuivi.

 

Moi je suis là depuis 33 jours j’ai un vol bientôt. La bouffe c’est pas terrible, les télés, une marche pas et l’autre fait un bruit incroyable tu peux pas rester à coté, y a un ballon de foot tout déchiré on peut pas l’utiliser, il y a deux tables de ping pong mais il y a pas le reste pour jouer. C’est des petites choses mais ça fait beaucoup pour nous on est enfermé 24 sur 24, ça nous sort d’ici un peu, surtout pour la tête.

Il raconte l’auto-mutilation de son pote

Après il y a la personne que j’aime bien ici, j’ai fait une relation d’amitié avec. Je suis son ami il est mon ami voilà. Mais après une visite de sa femme qui s’est pas bien passée, il a explosé il est fatigué voilà d’être maintenu ici sans aucune raison, comme moi. Donc il a explosé, il s’est coupé lui même, avec une lame de rasoir (ici il y a tout ici). Il a eu de la chance j’étais à coté de lui j’ai vu je suis tout de suite venu ça coulais trop, juste sur le ventre il a pris 27 points de suture, c’est quand même beaucoup hein. Je l’ai pris, je l’ai retenu dans mes bras, il avait une force incroyable j’ai mal au dos à cause de ca. Je l’ai pris tout seul, je l’ai ramené à l’infirmerie tout seul, de la police j’avais peur. Je l’ai embrassé, je l’ai pris dans mes bras pour pas le laisser faire plus parce qu’il essayait toujours de donner des coups de tête à la porte tout ça. Et pour éviter ça il faut une force incroyable t’imagine même pas j’ai très mal au dos. Et voilà. Après ça il est allé à l’hôpital, le jour après il est revenu. J’ai fait mon lit « tu dors sur mon lit et je dors par terre ya pas de soucis et demain on va voir. » parce que sa chambre elle est restée fermée. Le jour après ils sont venus nous parler pour dire qu’ils vont ouvrir sa chambre bientôt mais il y avait du sang partout tout ca tout ca. « dans une heure maximum votre chambre elle est ouverte ». Il a passé une heure, deux heures, trois heures, quatre heures, rien. Il a tout dans sa chambre toutes ses affaires, il a manger il a tout. Il est revenu demandé j’étais à coté de lui il y avait un petit policier. (j’appelle ça le syndrome du petit chien, le petit policer qu’on voit en CRA il arrive « wouwouwou… » après il devient un grand chien et « WOUAF! ») et il a commencé a provoquer et il a agressé mon collègue au ventre là ou il a les points de suture et après je me suis mis au milieu et voilà et mon ami il peut pas se défendre contre la police sinon c’est comme s’auto-mutiler encore. il s’est retapé sur la porte après je l’ai repris dans mes bras, ramené à l’infirmerie et il s’est stabilisé. Mais en fait s’est la fatigue, il est arrivé à un point de fatigue, sa femme elle est enceinte de 8 mois bientôt elle va mettre au monde et lui il veut rester à coté de sa femme, t’as compris. C’est un truc de malade.

Il raconte sa tentative d’évasion

On a du temps pour penser ici ! La première fois que je suis arrivé ici j’ai commencé à voir les points fragiles pour sortir. J’ai mis dix jours pour regarder les angle mort des caméra et tout pour trouver la faille. Comme je travaille dans le bâtiment je connais les matériaux je connais comment ca marche c’est pour ça que c’est facile pour moi d’identifier certaines choses ou qu’est ce que tas besoin de couper.. voilà. Après j’ai trouvé, j’ai fait un outil avec la poignée de la porte de ma chambre et deux vis, pour couper le grillage. Sauf que j’avais besoin de huit carrés de grillage pour passer, mais je suis arrivé à la 7e et mon outil il s’est cassé. Mais j’ai pensé quand même sept peut être je passe, je force un peu.. j’ai essayé de passé mais euh.. c’était pas suffisant. Comme je suis pas passé j’ai donné du temps à la vigilance, ils ont un local au fond et la police m’a vu elle a déclenché l’alarme. Après je suis rentré j’ai changé de vêtements et j’ai mangé beaucoup, vite fait, je savais qu’après j’allais aller en garde à vu et après je peux plus manger. Et après j’ai attendu qu’ils viennent me chercher, c’est tout.

“Ici c’est le terminus, si tu arrives à t’en sortir c’est que t’as vraiment un mental d’acier”.Témoignage d’une prisonnière du Mesnil-Amelot

Pas beaucoup de monde semble en etre au courant : dans le CRA de Mesnil-Amelot une section est réservée aux prisonnières.
En plus du racisme et de la guerre contre les pauvres, le CRA est aussi un lieu de violences sexistes contre les meufs qui n’ont pas les bons papiers.

On relaye ici le témoignage d’une prisonnière du CRA de Mesnil-Amelot:

 

Je suis ici depuis début septembre, j’étais d’abord au centre de Metz. Après un mois, il m’ont ramené à Charles de Gaulle pour un vol, j’ai refusé, ils m’ont mis en garde à vue et après ils m’ont mis ici à Mesnil Amelot. Quand je suis arrivé, j’avais des médicaments que je prenais à Metz mais ils m’ont tout pris. J’ai pleuré, j’ai tout fait mais rien. C’était limite comme si je parlais avec personne, ils s’en foutaient.
Du coup ils m’ont pris de force et ils m’ont mis dans la cellule. Là j’ai compris que c’est comme une prison, c’est encore pire qu’à Metz. Ça ressemble beaucoup à une prison, la zone est insalubre, c’est dégradé et pas entretenu, les toilettes sont sales et bouchées.
La laverie c’est pas bien, les vêtements ils sentent, on est obligé de les laver après, mais nous non plus on a pas vraiment de savon, on a un petit savon, qui ne te permet même pas de te laver.
J’ai compris que c’est à toi d’aller voir auprès de l’administration, quand tu pars si t’as la chance tu rentres voir l’administration, si t’as pas de chance tu peux rester pendant 3 – 4 heures début. Tu dois passer par une porte avec les policiers, s’ils te laissent pas rentrer tu peux pas voir l’administration, pareil pour infirmerie.
Par exemple, j’ai mal aux dents et j’ai essayé d’aller à infirmerie et ils me laissent pas rentrer car ils disent que c’est trop tard pour aujourd’hui, ce sera demain 14h. c’est pour dire qu’ils s’en foutent, si t’as mal ou pas, ils s’en foutent.

Ça se passe comment avec la police ?

Les policiers sont là quand on mange, ils nous surveillent pendant qu’on mange, après ils ferment et ils nous ramènent dans la cellule. Pour l’embarquement c’est eux qui arrivent pour te porter même de force. Souvent le dimanche ils font la fouille, ils viennent en masse, même si t’es en train de te laver et tout tu dois sortir. Tout le monde dans la cour, et ils peuvent tout jeter de tes affaires pendant la fouille. Finie la fouille, tu peux rentrer.

Tu disais que t’as eu beaucoup de tentative d’embarquements ?

Oui moi c’est déjà la cinquième fois qu’ils me ramènent pour un vol, c’est pas normal. Surtout parce que j’ai juste un problème de papiers, je n’ai plus de visa, c’est tout.

Vous êtes combien dans la section ?

C’est organisé que les hommes sont d’un côté et les femmes de l’autre, on est séparées par un grillage. De femmes ici on est une vingtaine, voire plus, une trentaine. Avec différents cas, certaines sont ici pour les papiers seulement, d’autres sortent de prison, d’autres doivent être rapatriées en Italie ou en Espagne car elles sont dublinées. Il y a de femmes enceintes actuellement, un couple dont la femme est enceinte, et une autre toute seule, elle est enceinte de deux jumeaux en plus.

Cela pour te dire qu’ici c’est le terminus, si tu arrives à t’en sortir c’est que t’as vraiment un mental d’acier. Beaucoup ne résistent pas et ont des troubles à la tête. Tous les jours tu dors, tu manges et t’attends d’être libérée, au tribunal s’ils te libèrent pas ils te ramènent ici, toujours la même chose.