Appel des prisonniers du Mesnil-Amelot en lutte aux associations de soutiens aux sans papiers !

Il y a plus de 15 jours le gouvernement à annoncé le confinement et l’état de “pandémie”. Dans le même temps la majorité des frontières étaient fermées.
Depuis le 16 mars les parloirs sont suspendu dans les prisons et les centres de rétentions. Le même jours le contrôleur général des lieux de privation et de liberté (CGLPL) exigaient la fermeture des CRA.
Le soir même les prisonnier.e.s de l’ensemble du CRA étaient en grève de la faim et exigaient leurs libération immédiate.
Les jours suivant les juges (JLD -juges des libertés et détention et TA -Tribunal Administratif) ont libéré beaucoup de prisonniers et prisonnières de ce centre. Souvent contre l’avis de la préfecture qui a essayé d’expulser jusqu’au dernier moment.

Des prisonniers se sont exprimés dans l’émission de l’Actu des luttes du 23 mars pour raconter les conditions d’enfermement là-bas.

Depuis ce sont majoritairement des personnes sortants de prisons et étrangers qui sont amenés au Mesnil-Amelot.

Rien est fait pour protéger les retenus face aux risques liés aux coronavirus qui devraient libéré le plus rapidement possible. Depuis hier matin tous les prisonniers du batiment 9 et 10 et quelques prisonniers du batiment 11 sont en grève de la faim pour exiger leurs libération immédiate. Ils ont écrit un communiqué, à relayer un maximum, que vous pouvez trouver ici.

Aujourd’hui, mardi 31 mars, les prisonniers demandent aux associations:  de relayer un maximum leur communiqué, de contacter la préfecture pour exiger la fermeture du centre,  de contacter des journalistes pour que les prisonniers soient entendu dehors.

Je vous écris au nom de tous les détenus du CRA2 du Mesnil-Amelot. On demande à la CIMADE ainsi qu’à toutes les associations de soutiens aux sans-papiers de nous défendre, de faire une demande auprès de la préfecture de la fermeture du CRA. On demande a l’ADE, l’association de défense des étrangers de nous défendre parce qu’on est jugé sans avocat, sans voir le juge. En fait on est jugé sans notre présence ou notre dossier.

A toutes ces associations: s’il vous plait, aidez nous. On a peur de la suite.

Le numéro de la cabine de Mesnil-Amelot pour joindre directement les prisonniers en grève de la faim : 01.60.54.16.56

Révoltes et luttes pour la liberté dans les CRA – Actualisé au 29 mars

N'importe qui peut discuter avec les prisonnier-es en CRA en appelant les cabines.

En ce moment encore plus que d'habitude, vous pouvez appeler les cabines des CRA pour témoigner de votre solidarité. Si vous ne l'avez jamais fait et que vous vous demandez quoi dire, voilà quelques idées : Soutenir les retenu.e.s – Numéros et adresses des CRA

MISE A JOUR 29 MARS/

Le 16 mars le gouvernement annonce le début de la période de confinement pour au moins 15 jours (prolongé depuis de 15 jours supplémentaires), et dans la foulée la suspension des parloirs pour les prisons et pour les centres de rétentions. La majorité des frontières sont fermées empêchant les expulsions des étranger.e.s enfermé.e.s dans les centres de rétention.
 
Avant l’annonce de la pandémie par le gouvernement, les personnes enfermées en CRA connaissaient déjà des gros problèmes d’accès aux soins: rupture de traitement à leurs arrivées, distribution massive de médicament de type calmant, anxyolitique sans ordonnance et sans prescription, présence très rare des médecins de garde, infirmerie sous équipée pour soigner. De plus, lorsque les prisonniers essaient d’appeler les pompiers, régulièrement les flics de la PAF(*Police aux frontières) les bloquent à l’entrée du centre, s’en foutant complètement de l’état des gens enfermés. Le recours systématique aux anxyolitiques et aux somnifères pour mater les rétenus et pouvoir mieux les maitriser a amené en novembre dernier à la mort par overdose d’un prisonnier à Vincennes, Mohammed.
 
En plus de ces problèmes d’accès aux soins, les prisons pour sans papiers étaient déjà confrontées avant la pandémie, a des problèmes d’hygiènes importants (douches et toilettes collectives peu ou pas lavées, problème pour faire nettoyer son linge, parfois des problèmes de gale).
Lors des mouvements de luttes qui ont eu lieu cette année dans beaucoup de centres de rétention les prisonniers et prisonnières ont quasiment toujours exigé l’accès à une nourriture correcte, végétarienne ou halal (c’était encore le cas à Oissel lors d’une grève de la faim commencée le 22 janvier par l’ensemble des prisonniers de la section homme, mouvement de luttes de plusieurs semaines).
 
Dans les jours qui ont suivi les fermetures des frontières, les préfectures ont fait le choix de continuer d’enfermer les prisonnier.e.s. Les problèmes sanitaires se sont amplifiés, l’accès aux soins s’est encore dégradé (si c’était possible), il n’y a plus d’approvisionnement en nouvelle nourriture dans certains centres: les repas sont régulièrement froids et périmés de plusieurs jours. L’Ofii (Office français de l’immigration et de l’intégration) n’est plus présent dans certaines prisons ou alors pendant des horaires beaucoup plus restreints. Et c’est le même Ofii qui gère les cantines (c’est à dire là où les prisonniers peuvent acheter des gâteaux, des cigarettes ou du crédit pour les téléphones) en centre de rétention.
 
Les associations humanitaires qui sont censés faire du soutien juridiques dans ces prisons ne sont plus présentes physiquement. Pour la majorité elles ont mis à disposition des permanences juridiques par téléphone. De la même manière les jugements (au juge des libertés et détention JLD, ou au tribunal administratif) se font en visioconférence, souvent sans avocat.e.
 
A tout ce qui vient d’être énuméré se rajoute le manque d’information encore plus violent à l’intérieur des prisons qu’à l’extérieur.
 
Les prisonniers et prisonnières de différents centre de rétentions se sont révolté.e.s (grève de la faim collective, blocage, incendie de cellules…) pour exiger leurs libération immédiate à partir du 15 mars à Lille-Lesquin, Mesnil-Amelot (CRA2 & CRA3), Vincennes (CRA1), Lyon et Metz au moins. (voir plus bas dans l’article)
 
Plusieurs associations ont porté un référé devant le Conseil d’Etat, dénonçant la gestion de la crise sanitaire dans les cra et demandant leur fermeture temporaire. Sans pour autant parler des conditions de vie en général en CRA avant la pandémie. Ce reféré a été rejeté le 27 mars par le conseil d’Etat , estimant que « les conditions de fonctionnement des CRA dans ces circonstances particulières ne sauraient caractériser une carence dans l’accès aux soins ou à la mise à disposition de produits d’hygiène dans le cadre de la lutte contre l’épidémie de Covid-19. Pourtant dans certains CRA les prisonniers sont clairement malades, comme au CRA de Oissel ou les retenus ont des symptômes du Covid-19.
 
Si dans la majorité des CRA il y a eu beaucoup de libérations, cependant il continue à y avoir des arrivées et principalement de sortants de prisons. Cette stratégie de la préfecture de réprimer particulièrement celles et ceux qui sortent de prison n’est pas nouvelle. Elle semble par
contre s’amplifier ces derniers jours.
 
A Mesnil-Amelot (77) et à Vincennes (94), après les quelques libérations au JLD de la semaine dernière, les expulsions continuent et des personnes sont enfermées depuis plusieurs semaines, et donc avant l’annonce de la pandémie. Les retenu.e.s dans les centres sont moins nombreux.ses, quand il ou elle ne sont pas carrément seul.e comme pour une prisonnière dans la section femme de Oissel, ou des prisonniers seuls comme ça devient fréquent à Bordeaux et à Metz, le rapport de force est donc plus favorable à la police qui continue de réprimer.
 
Des centres de rétentions semblent avoir bel et bien fermé: Strasbourg (67), Nice (06), Nîmes (30), Sète, Hendaye (64), Palaiseau (91), Plaisir (78). Nous utilisons le conditionnel parce que les CRA de Lyon et Bordeaux avaient été annoncé comme fermés avant que des prisonniers étrangers sortant de prisons y soient emmenés (avec en plus un transferts des derniers prisonniers d’Hendaye au cra de Bordeaux). Les préfectures ont communiqué sur les centres qui se vident pour mieux cacher qu’il restent des personnes enfermées dans ces prisons.
 
Samedi 21 mars, quasiment tout le CRA1 a décidé de se remettre en grève de la faim avec toujours les mêmes exigences : libérations, amélioration de la bouffe (la nourriture était périmée, les fournisseurs ne ramènent plus de nourriture dans le centre depuis plusieurs jours) et des soins.
Le lendemain ils étaient suivi par une trentaine de prisonniers du CRA2B, en grève de la faim aussi. La PAF (police aux frontières) a immédiatement commencé à leur mettre la pression. Quelques jours plus tard, une nouvelle grève de la faim recommençait au 2B face au silence de la préfecture. 
 
 
A Oissel des prisonniers qui présentent les symptômes du coronavirus sont peu ou pas soigné. Ils continuent d’être enfermé dans un batiment. Ils ont sorti un communiqué le 25 mars pour exiger la libération immédiate des prisonniers pas encore atteint par les symptômes du coronavirus et un vrai traitement médical pour les autres.
 
Au Mesnil-Amelot tous les prisonniers restant ont été regroupé dans deux batiments du CRA2. Les derniers prisonniers de Plaisir et de Palaiseau y ont été transféré. La décision de regrouper les prisonniers ensemble augmente les risques de transmission du coronavirus parmi les retenus et permet uniquement de réduire le nombre de policier de la PAF sur le terrain.
 
En ce moment encore plus que d’habitude, vous pouvez appeler les cabines des CRA pour témoigner de votre solidarité. Si vous ne l’avez jamais fait et que vous vous demandez quoi dire, voilà quelques idées.
 


MISE A JOUR 22 MARS/

en audio ici

Alors que d’un coté certain·e·s retenu·e·s sont peu à peu libéré·e·s, les préfectures ne sont pas pour autant dans une politique de fermeture des CRA face aux risques de l’épidémie en cours.

Si certains CRA libèrent assez rapidement sur ordonnance du JLD ou décision de la pref, dans d’autres centres, JLD et préfectures restent opposés aux mises en liberté (comme à Rennes, Coquelles ou Perpignan), et de nombreuses personnes sont encore enfermées sans savoir si elles seront ou non libérées dans les prochains jours… A Coquelles, CRA particulièrement sur peuplé au moment du début de l’épidémie, les demandes mise en liberté déposées par FTDA ont été examinées par le JLD de Boulogne-sur-Mer. Les retenus du centre ont été progressivement libérés les 19, 20 et 21 mars. A présent il ne reste plus que deux personnes au centre, lesquelles doivent passer au JLD aujourd’hui, 22 mars, selon l’administration.”

Ailleurs, beaucoup de CRA sont utilisés pour ré-enfermer les personnes qui sortent de taule. C’est le cas notamment du CRA de Bordeaux qui a été annoncé vide mais que la préfecture à ré-ouvert dans les heures suivantes pour y transférer d’ancien·e·s détenu·e·s.
Au CRA de Metz la situation est similaire. A la prison pour étranger.e.s de Marseille, la rumeur de la fermeture du centre de rétention a tourné toute la semaine : c’était pour samedi, puis pour lundi… Les dernières infos semblent plutôt dire le contraire : il ne va pas fermer et des personnes continuent à y être enfermées. Si la plupart des prisonniers ont été libérés, certains y sont encore enfermés aujourd’hui. Ces derniers jours, de nouveaux prisonniers sont arrivés, tous sortants des différentes prisons de la région : Luynes, à Aix, ou la Farlède à Toulon, par exemple.
Les deux derniers retenus du CRA de Coquelles y ont également été transférés à l’issue de leur peine de prison.

Les aller-retours CRA-prison-CRA étaient déjà bien connus mais aujourd’hui cela parait quasi systématique pour les personnes qui sortent de taule. Si certaines y reste quelques jours avant de sortir libres, d’autres, pas forcément suite à de plus longues peines, y restent prisonnières ou bien sortent avec des assignations à résidences strictes (pointage quotidien). En effet le gouvernement a modifié par décret le premier décret du 16 mars qui réglementait les permissions de sortir de chez soi, réaffirmant que les personnes assignées à résidence devaient continuer de pointer même pendant cette période de confinement.

En finir avec la bouffe et l’hygiène dégueulasses ainsi que le mépris des médecins et les refus de soins sont des revendications constamment portées par les retenu·e·s en lutte, bien avant la crise du Covid-19. Actuellement, la situation empire d’avantage et les retenu·e·s dénoncent les conditions sanitaires alors que dans certains CRA le nettoyage n’est plus fait et la qualité des repas reste toujours épouvantable (dans certains CRA, la nourriture chaude n’était plus autorisée mais seulement des repas froids servis par les flics). L’absence de l’OFFI rend impossible l’achat de cartes sim, de cigarettes, etc. L’arrêt des visites prive également les retenu·e·s des soutiens affectif et matériel de leurs proches. Les prisonnièr·e·s qui restent enfermé·e·s sont encore plus isolé·e·s par la situation actuelle : « On n’est plus nombreux du tout, donc avec les keufs c’est encore pire. »

Les prisonnièr·e·s se révoltent aussi face à la situation toujours plus exécrable des soins dûe à l’absence des médecins. En effet, dans certains CRA les médecins ne se déplacent plus et l’équipe médicale est réduite à une pharmacie qui distribue quelques médicament, voire est complètement absente. Pire, les retenu·e·s qui signalaient des symptômes similaires à ceux du covid-19 ont été placés à l’isolement dans plusieurs CRA. Ielles sont dès lors doublement enfermé·e·s au lieu d’être pris en charge par l’équipe médicale. Leurs co-retenu·e·s n’ont pas eu non plus de visite médicale. Les flics quant à eux, entrent et sortent du CRA sans aucun contrôle de leur température, ni aucune autre précaution.

Les prisonnièr·e·s dénoncent la coupure brutale de leur traitements médicaux ou encore le mépris des médecins face à des situations de danger et bien sur l’absence totale de mesures en lien avec l’épidémie. Tou·te·s réclament une libération immédiate de tou·te·s les retenu·e·s ! Pour appuyer des revendications, les luttes continuent, à la fois des luttes individuelles, (un incendie de cellule a eu lieu au CRA de Perpignan le 20 mars), mais aussi collectives. Au CRA de Vincennes ou il reste encore une trentaine de prisonniers dans chacun des deux bâtiments (un 3e bâtiment avait été rendu inutilisable par l’incendie du 4 février) une grève commune aux retenus des deux bâtiments est en cours en ce moment. Elle a été initiée par les prisonniers du bâtiment 1 samedi soir (21 mars) puis suivie aujourd’hui par les retenus du bâtiment 2B.

Voici plusieurs communiqués et témoignages écrits par des retenus de plusieurs CRA partout en France, à faire circuler au max !


La situation dans plusieurs CRA en France
à l’époque du coronavirus

Alors que la gestion de l’urgence de l’épidémie de coronavirus s’étend partout en France, avec l’imposition du confinement et les contrôles de police dans les rues, à l’intérieur des lieux d’enfermement la violence et la répression de l’État se font de plus en plus dures. Et c’est les plus précaires qui seront le plus touché: celleux qui sont à la rue et/ou qui n’ont pas de papiers.

Dans les prisons et dans les centres de rétention administrative interdiction des parloirs et toute autre activité collective, les mesures sanitaires prisent sont ridicules, et il n’y  aucune information donnée aux personnes enfermées. Tout ça alors même que depuis la diffusion massive du Covid-19, plusieurs pays ont fermé leurs frontières aux avions venus de France, empêchant les déportations, et laissant comme seule fonction au CRA d’être des prisons.

Dans les tribunaux, alors que la plupart des audiences a été annulée et plusieurs la majorité des avocat.e.s arrêtent de s’y rendre, les JLD et les comparutions immédiates continuent d’avoir lieux, la preuve que les rêves d’enfermement de l’État vont bien au-delà du confinement pour contenir le virus.

Certaines associations humanitaires qui travaillent dans les centres (Cimade, Assfam, France Terre d’Asile, Forum Réfugiée, l’Ordre de Malte) ont arrêté de venir dans les CRA. Les personnels de nettoyage ne sont plus dans les centres, et dans plein de batiment y a plus de savons disponible pour les prisonnier.e.s. Dans la plupart des centres de rétentions y a plus ou quasiment plus l’OFFI (Office français de l’immigration et de l’intégration) donc plus d’achat de clopes ou du crédit pour téléphone. L’infirmerie et les médecins continuent de mépriser les prisonnièr.e.s retenu.es, les flics se tiennent à des mètres de distance d’eux, alors qu’on sait bien que les seuls qui sortent du centre et qui peuvent ramener le virus à l’intérieur c’est bien les flics…

Face à tout ça les prisonnier.e.s n’arrêtent pas de lutter et résister par plein de moyens différents. Le dimanche 15 puis le lundi 16 mars, à Vincennes, Mesnil-Amelot, Lyon, et Lille-Lesquin les prisonnier.es se mettent en grève de le faim. Dans certains centres il y a aussi eu des départs de feu, des évasions collectives, des blocages et du bordel en tous genre (comme à Metz).

Iels dénoncent le manque d’hygiène, pas de masques ni de gants pour les flics ni pour elleux, la violence de la part de la police et le mépris des médecins. Iels demandent la libération de tout le monde.


Voici plusieurs communiqués et témoignages publiés depuis le dimanche 15 mars, à faire circuler au max !

Communiqué des prisonniers de Mesnil-Amelot :
    CRA2
:https://abaslescra.noblogs.org/de-toute-facon-le-resultat-pour-nous-cest-la-misere-communique-de-prisonnier-du-cra2-du-mesnil-amelot/
    CRA3
:https://abaslescra.noblogs.org/vraiment-on-nous-a-oublie-ici-comminuque-de-greve-de-la-faim-des-retenus-mesnil-amelot/

Communiqué des prisonniers du centre de rétention de Lille-Lesquin :
https://abaslescra.noblogs.org/on-prefere-mourir-de-faim-que-de-cette-merde-communique-des-prisonniers-du-centre-de-retention-de-lille-lesquin-du-15-mars/

Communiqué de prisonniers du cra 1 de Vincennes le 16 mars :
https://abaslescra.noblogs.org/greve-de-la-faim-et-foutage-de-gueule-paroles-de-linterieur-du-cra-de-vincennes/

Témoignage d’un prisonnier de Lyon St Ex le 17 mars:
https://crametoncralyon.noblogs.org/temoignage-au-cra-de-lyon-st-ex-greve-de-la-faim-face-a-la-suppression-des-visites-et-des-audiences-et-la-crainte-des-prisonnier-es-face-au-coronavirus/

Lettre collective de prisonniers du CRA de Vincennes le 19 mars :
https://abaslescra.noblogs.org/au-cra-de-vincennes-les-prisonniers-sont-encore-plus-isoles-et-encore-moins-en-securite/

Témoignage d’un prisonnier du CRA de Bordeaux le 20 mars :
https://abaslescra.noblogs.org/ils-ont-endormis-tout-le-monde-en-disant-que-le-cra-etait-ferme-temoignage-dun-prisonnier-du-cra-de-bordeaux-toujours-ouvert/

Témoignage de deux prisonnier du CRA de Oissel du 20 mars 2020: https://abaslescra.noblogs.org/il-reste-des-gens-et-tous-ils-viennent-de-prison-des-nouvelles-de-la-situation-a-la-prison-de-oissel/


Après la grande journée de luttes du 16 mars, ça reste très chaud. La bonne nouvelle est que pas mal de prisonniers-ères ont été libéré.e.s depuis mardi dans plusieurs centres. Notamment les personnes qui passent devant le-la juge, celles qui ont pu payer un.e. avocat.e, et celles qui sont en contact avec les associations qui bossent dans les centres et qui ont demandé la mise en liberté des prisonniers-ères. Mais les autres prisonniers-ères restent enfermée dans des conditions qui étaient dégueulasses bien avant le virus, et comme si la situation n’était déjà pas assez grave, les keufs continuent de provoquer les prisonniers-ères, font circuler des rumeurs, font péter des cables.

Les keufs ont fait beaucoup tourner des rumeurs de libérations de tous les prisonniers a Vincennes (et dans d’autres cra) ce lundi avant d’arrêter d’en parler. De ce que disent les prisonniers du CRA1 de Vincennes, il reste encore une trentaine de personnes enfermées là bas;. Alors que dans certains centres il y a des libérations, d’autres continuent d’expulser vers les quelques destination ou il y a encore des vols, voire même d’enfermer de nouvelles personnes : au Mesnil-Amelot le 16 et le 17 mars encore, au matin, des nouvelles personnes sont arrivées au centre. Apparemment, ce sont surtout de personnes qui sortent de taule et sont envoyées directement au CRA. Ainsi la peine pour les sans-pap est prolongée de trois mois de plus, et avec le risque de choper le virus en plus !

À Bordeaux une action collective au tribunal a permis la libération de tous les retenus du CRA, de même pour les CRA de Nîmes et Montpellier qui sont en cours de se vider ! A Toulouse une action du même genre serait en cours pour les 62 prisonnier.e.s. A Rennes, toutes les demandes de remises en liberté ont été refusé ce mercredi 18 mars. À Palaiseau, Strasbourg, Hendaye, Oissel, Plaisir les gens commencent à sortir, vu qu’avec la fermeture des frontières iels peuvent pas être déporté.e.s. Dans certains CRA, à Hendaye comme à Strasbourg, des personnes ont été transférées d’un centre à l’autre.

Dans d’autres centres la situation reste tendue, à Calais l’administration  du centre est contre les libérations, soit disant pour protéger les personnes et pour éviter que les retenus une fois sortis s’échappent en Angleterre ou en Belgique. Quelques personnes ont été libérées entre le mardi 17 mars et le mercredi 18 mais il reste beaucoup de prisonnier.e.s à l’intérieur. Des rafles ont eu lieu le weekend dernier, des personnes sur place disent que c’est l’hallu totale, le CRA est surpeuplé, des matelas sont mis par terre dans les cellules, 2 algériens ont été déportés vers l’Algérie et un congolais vers la République du Congo. L’administration bloque l’accès aux dossier et refuse de communiquer la liste des personnes présentes
et les arrêtés. Le tribunal libère au compte-goutte…


Au-delà des CRA, dans les prisons aussi des résistances et des luttes démarrent, depuis l’interdiction des parloirs et des activités collectives les prisonniers ont bougé dans seize taules partout en France, à Metz Epinal, Grasse Perpignan, La Santé, Angers, Nancy, Varennes le grand, Montauban, Aiton, Sequedin, Maubeuge, Douai, Valance, Saint-Etienne, Toulon. Le matin de mercredi 18 un prisonnier malade testé positif au corona virus est mort à la prison de la Santé, tandis que les syndicats de police penitentiaire invitent les familles à calmer leur proches enfermé.e.s.
Plus d’infos sur la situation dans les taules ici:

Le Covid-19 : la prison dans la prison – video


Les revoltes et les luttes des prisonnier.e.s nous indiquent les
responsabilités de l’État dans la crise actuelle.

La seule solution:
libération immédiate de toutes et tous les prisonniers-ères, fermeture et disparition des CRA maintenant !

Plus que jamais, il est important d’appeler les cabines (les numéros ici), de relayer la parole des prisonniers et ce qui se passe à l’intérieur, et de montrer la solidarité depuis l’extérieur !!

“C’est simple on demande la liberté” / témoignages de prisonniers en grève de la faim au CRA de Vincennes – batiment 1

La grève de la faim, débutée par les retenus samedi soir (21 mars), continue au batiment 1 du CRA de Vincennes. Encore beaucoup de prisonniers n’ont pas mangé hier soir les repas avec comme revendication principale, la liberté.

Beaucoup de prisonniers ont des problèmes de santé et l’équipe médicale ne fait rien à part donner des cachets. Un prisonnier a des graves problèmes respiratoires, il a appelé les pompiers à plusieurs reprises mais les flics ne les laissent pas entrer dans le CRA.

Voici ici deux témoignages de retenus, du batiment 1, en grève de la faim.

“Du coté de l’hygiène il y a plus rien, plus de nettoyage, rien. Les pigeons sont morts dans la cour c’est flippant. Les draps sont dégueulasses et pas changés, les toilettes collectives beaucoup sont fermées, il reste que 3 ou 4 toilettes et on est encore, quoi ? une vingtaine de personnes.. Parfois pendant plusieurs jours il y a plus l’Offi donc on peut rien acheter. Aussi la machine à clope elle accepte que les pièces. Certains ils ont des billets de dix mais ils peuvent pas acheter de cigarettes. Et puis depuis pas mal de jours déjà plus de visite ça c’est pas normal non? c’est la déprime un peu quand même..

La bouffe c’est de la merde c’est le même repas chaque jours à chaque repas… On a aussi un petit morceau de pain de genre 5cm c’est pas assez… Et il y en a qui mangent pas de porc mais la police ils veulent rien changer. Jusqu’à il y a encore 5 à 6 jours il y en a qui ont été emmené à l’aéroport. De retour au CRA ils ont été libéré. C’est arrivé à une dizaine de personnes à peu près. Mais depuis plusieurs jours il y a plus de libération on sait pas pourquoi. Par contre ils nous ont donné des dates de jugements : 28 mars, 30 mars, jusqu’au 7 avril pour certain, c’est pas possible !

A part deux ou trois, on est toujours en grève de la faim c’est simple on demande la liberté.”


« Ca fait trois jours que j’ai rien mangé, le policier m’a dit : ça n’a rien à voir avec la libération, tu vas à l’hôpital et tu reviens ici. J’ai dit tant pis… ça fais quatre jours que je mange pas, que de l’eau, de l’eau de l’eau. J’ai perdu 8 ou 10 kilo depuis le début, je suis très très maigre…

La police aussi a peur du virus, ils font rien pour nous. Ils sont pas des chefs, sont des stagiaires. Même la police ne se sent pas en sécurité, ils ont rien, ni masque ni rien. Même les infirmiers ont pas de masque, juste un médecin qui m’a donné un masque, avant hier.

À infirmerie, ils nous donnent que du Diazepam et du Valium. Que de ça. Moi je prends que du diazepam et de l’eau, je suis devenu très très maigre, je suis déshydraté…

Le ménage, de temps en temps. Le mec il a pas de masque, tout le monde qui travaille depuis l’extérieur n’a pas de masques ni de gants.
On a peur, c’est un virus mortel on le sait. Et on voit les pigeons qui meurent dans la cour. Même eux ils sont malades.

Pendant deux jours, tout le monde a rien mangé. Mais pas tout le monde a continué, ils ont peur de mourir. Il n’y a que trois ou quatre personnes qui ne mangent pas depuis quatre jours.

La bouffe, c’est de la bouffe périmée…

Il n’y a pas de vol, tout le monde ne peut pas rentrer… donc moi, je ne suis pas pourquoi je suis là. La date de l’avion est passée…

Il y a pas de visite, et s’il y a pas de visite, il n’y a pas d’argent et je peux pas payer le crédit pour parler avec ma famille. Je sais rien de ce qui se passe avec ma famille, avec ma femme et mon enfant, s’ils sont malades ou pas malades…

Avec les policiers, comment ça se passe ? Ils sont toujours agressifs avec vous ?

Pas tout le monde est agressif, mais si un est agressif, les autres suivent. Ils suivent les ordres…

Aucune personne parle de nous.
Ça fait une semaine, dix jours que les gens mangent le même… juste ils changent l’étiquette.

Une meuf, une policière m’a dit : si tu parles avec moi, tu dois respecter un mètre de distance, c’est la norme. Mais nous, entre nous les prisonniers, y a pas un mètre ! On fait comment ?

L’autre soir [pendant la grève de la faim], ils nous ont réveillé à trois heures du mat, pour nous casser les couilles, aucune raison a été donnée, juste comme ça.

Avant j’étais dans une chambre pour deux personnes, avec les toilettes et les douches. Maintenant ils m’ont changé d’étage, dans une chambre avec quatre personnes ! Les douches sont fermées, les chiottes bouchées… Les portes sont cassées, il fait froid et les pigeons peuvent rentrer jusque dans la chambre. »

À bas les CRA !
À bas l’enfermement !
Liberté pour tou.t.es !

Madrid et Rome – Communiqué et mise à jour sur les CIE/CPR

On traduit et on relaie deux textes parus sur hurriya.noblogs.org sur la situation dans les prisons pour sans papiers en Espagne et en Italie

  • COMMUNIQUE DES PRISONNIERS DU CRA DE ALUCHE, MADRID

Voici le communiqué qui nous ont fait parvenir les rétenus du CIE de Aluche, Madrid, après la révolte du 17 mars.
Ne les laissons pas seuls, soyons solidaires avec eux !
Feux aux CIE !*

*Centro de Internamiento de Extranjeros

Aux juges, à la presse, aux journalistes, aux citoyen.ne.s de Madrid, par la présente nous vous informons de notre situation actuelle, aujourd’hui 17 mars 2020, dans un moment de pandémie mondiale.
Notre état de santé est en grand danger, parce qu’il y a beaucoup de détenus avec des symptômes de cette pandémie qu’on appelle Coronavirus. On est à risque, 145 prisonniers, et nous voulons souligner les points suivants :
1. La nourriture qu’on nous donne est préparée par des personnes qui rentrent chez eux comme si de rien n’était et qui reviennent dans cette structure, et donc qui nous exposent au Coronavirus. Si les bar, les resto sont fermés, pourquoi nous, qui sommes emprisonnés pour une raison administrative, nous devons nous exposer à ce risque ? Nous demandons le droit à l’égalité.
2. Il y a une pandémie et les policiers qui nous surveillent exercent leurs fonctions et changements d’équipes comme si de rien n’était, en rentrant tous les jours chez eux, et donc ils peuvent nous infecter.
3. Il y a un médecin qui nous a traité avec des antidouleurs mais beaucoup d’entre nous présentent des symptômes de cette maladie et nous n’avons pas été testés pour savoir si on a été contaminés.
4. De plus, le médecin rentre aussi chez lui comme si tout était normal, les infirmières aussi. Nous ne savons pas s’il ou elles travaillent dans d’autres institutions et le risque augmente davantage.
5. Nous demandons de l’aide immédiatement parce qu’on est des êtres humains et on nous traite comme des animaux.
6. On joint à ce communiqué les signatures de tous les détenus.
7. À partir de maintenant nous nous mettons en grève de la faim.

Voici une vidéo qui circule sur la lutte dans le CIE :

 

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  • NOUVELLES DEPUIS LE CPR DE PONTE GALERIA, ROME

Depuis l’intérieur on nous fait savoir que pour l’instant il n’y a pas de révoltes, les copines se sont confinées dans leurs chambres parce qu’elles ont peur d’être contaminées à cause du virus. Par contre elles nous racontent qu’il y a deux jours une femme tunisienne a avalé de la javel et elle a été amenée à l’hôpital. Elle n’est pas encore revenue au centre, on n’a pas de nouvelles d’elle.  Après cette histoire le Directeur du centre s’est adressé aux prisonnières, qui lui ont demandé des meilleures conditions de vie (nourriture, soins) et qui ont exprimé leurs craintes par rapport à la contagion, mais à ce qu’il paraît le Directeur a fait le sourd et il est parti en leur disant juste « je suis désolé ».
Il paraît que ces derniers jours aucune nouvelle personne est arrivée au centre, cependant on nous dit que hier deux hommes ont été amenés au centre, mais on n’a pas eu de nouvelles du bâtiment des hommes.
Par d’autres sources, on sait qu’il y a 30 femmes à l’intérieur du CPR, de différentes nationalités, dont 10 qui viennent du Maroc et de la Tunisie. Les entrées dans le CPR sont fermées pour l’instant, mais cependant on continue à donner des laissez-passer.
Ni les associations ni les avocats peuvent entre à Ponte Galeria. Les seuls qui sont autorisés à le faire sont la « communauté de Saint Egidio » ; les copines par contre nous disent que jusqu’à présent elles ont vu personne.

“De toute façon le résultat pour nous c’est la misère” Communiqué de prisonnier du CRA2 du Mesnil-Amelot

Depuis ce midi quasiment tous les prisonniers et prisonnières du centre de rétention de Mesnil-Amelot (240 prisonnièr.e.s) sont en grève de la faim pour exiger leurs libérations suite aux rumeurs de confinement qui tourne un peu partout.

Dans le même temps une grève de la faim a lieu au CRA1 de la prison de Vincennes, de Lille Lesquin et et Lyon (voir des temoignages de prisonnier de ce CRA).

Hier une centaine de prisonniers du centre pénitentier de Metz ont bloqué quatre promenades pour protester contre les mesures liés aux coronavirus.

“On est en grève de la faim depuis ce midi dans tout le centre de rétention de Mesnil-Amelot.

On mange pas à cause du virus et de tout ça:

-La fermeture de l’OFFI: y a pas de clopes, y a pas de recharges téléphoniques tout ce qui s’achète, tout ce qui est à demander à la préfecture on peut pas le demander. Même les gens qui veulent demander un vol tout ça ils pevent pas. A cause de cette fermeture.

-Y a plus de ménage dans les chambres, le couloir, la salle de bain ou les toilettes.

-Y a pas d’hygiène ici: tout ce qui est savon, papier toilette, lame gillette, rasoir y a pas.

-Y a pas de test de coronavirus pour les nouveaux retenus qui arrivent y a pas. Ca exste pas ici. Y a pas de médecin au centre, ca existe pas un médecin qui va faire des test de coronavirus au centre. Les policiers ça se trouve, ils ramènent le coronavirus au centre.

-La cimade -l’association de soutien juridique- n’est pas là aujourd’hui et on ne nous dit rien.

-La nourriture, tout ce qui est de la bouffe tout ça, ils donnent des barquettes: la bouffe est degueulasse. On mange mal quoi.

-Sur les visites: Ils (la police) te laissent rien rentrer: ni la bouffe, ni le shampoing ni tout ce qui a lien avec l’hygiène il laisse rien à part argent et cigarette.

-Sur les soins: déjà c’est difficile d’habitude. Y a des gens qui sont diabétiques au centre, y a des gens qui ont ds maladies psychiatriques et des crises.

On demande la libération de tous les prisonniers et prisonnières. Mais y a personne qui réponds pour le moment, même la directrice n’a rien dit pour le moment.

Parce que pour le moment on est en danger. Si y a quelqu’un de malade tout le monde va être malade. Y a des gens malades et on mange pas bien alors c’est dur de guérir. Déjà les gens sont mal soigné. Le diabétique, les policiers ils ont déchiré son dossier médical.

On demande à être tous libéré. Et une vraie amélioration pour l’hygiène parce que tout est sale. On peut pas changer les couvertures. On a demandé ils (les policiers) “On va voir ce qu’on va faire”.

La police, elle s’en fout. Eux ils sont équipés. Ils ont des savons dans leurs poches et tout. Y a pas de sécurité médicale pour nous. On a même pas de savonnete pour se laver le visage le matin.

Y a une rumeur comme quoi c’est l’armée qui va remplacer la police aux frontières dans le CRA. Y a des policiers qui disent qu’ils ont peur et que c’est comme ça que ca va finir: “Dans deux-trois jours on arrête de travailler.” Nous on sait pas comment ça va se passer.

De toute façon le résultat pour nous c’est la misère, les policiers traitent les gens mal. Ils leurs parlent mal. Ils font comme ils veulent, genre c’est eux qui décident.

La nourriture est pas bonne, la police fait pas son travail jste ils parlent mal aux retenus tout ça. Tout est sale. Même si tu vis dehors tu peux pas vivre ici même pas 24 h.

Des prisonniers du CRA2 de Mesnil-Amelot, le 16 mars 2020

TEMOIGNAGE AU CRA DE LYON ST EX : GREVE DE LA FAIM FACE A LA SUPPRESSION DES VISITES ET DES AUDIENCES ET LA CRAINTE DES PRISONNIER-ES FACE AU CORONAVIRUS !

Des luttes sont en cours dans pas mal de prisons pour étrangèr.e.s contre les mesures liés aux coronavirus. On relaye un maximum de communiqué:

Plusieurs grèves de la faim ont lieu dans d’autres CRA (Lesquin, Vincennes, Mesnil-Amelot notamment) en ce moment même.
Liberté pour tou-te-s les prisonnier-e-s !!!!

 » Bonjour,

En fait nous on est au centre de rétention de Lyon.

On est en train de faire une grève de faim parceque ils nous a enlevé nos visites. Ya plus les tribunaux qui travaillent.

Et voilà, nous aussi euh on essaye de faire notre mouvement parce que nous aussi on a peur pour nos vies. Que le virus il rentre ici voilà. Nous on est enfermés ici et ya pas de mesures de sécurité ! Ya pas de médecins qui font on va dire des controles et tout ça.

Alors du coup tout le monde il a peur. Du coté retenu-e-s et du coté policier aussi. Tout le monde il a peur. Et voilà.

Jusque là on mange pas. Cet après-midi ils vont faire une réunion pour euh… décider qu’est-ce qu’ils vont faire avec nous quoi. Parce que même les policiers ils ont plus envie de venir travailler.
C’est ça le problème aussi.
Et voilà là on est en mouvement et on attend la réponse de l’après-midi.

C’est à peu près tout ce qui se passe ici. Et en plus ils nous ont enfermé tout le monde dans les promenades. On peut pas descendre ya rien du tout.

T’as dit ils nous ont enfermé dans quoi ?

En promenade, dehors. Ya pa un échange c’est fermé. Eux-même ils ont peur.

– Et quand tu parles des audiences, tu dis ya pas d’audiences ça veut dire quoi ?

Ca veut dire les tribunaux ils ferment. Ya plus de juges, ya plus d’avocats, ya plus rien du tout.
Aujourd’hui il y a des gens qui ont été labas. Yavait des juges mais ils ont dit qu’ils vont fermer. A partir de demain tout va fermer.
Aujourdhui yavait des gens qui ont été labas mais ya pas eu d’audiences.

Et en plus les visites elles ont été coupées, ya plus de visites parce qu’ils ont peur. J’sais pas nous on est [passage inaudible] ont sait pas quoi faire quoi. »

trouvé sur: crametoncra.noblogs.org

Vincennes, Oissel, Mesnil Amelot : une nouvelle année de luttes contre les CRA a commencé !

Depuis deux mois, les luttes des prisonniers-ères sans-papiers dans les centres de rétention administrative (CRA) sont intenses et déterminées. La répression ne se fait pas attendre : on ne peut pas regarder sans réagir !

A l’extérieur des CRA, les rafles, les contrôles au faciès, les expulsions des campements continuent sans cesse et permettent de renfermer et de déporter de plus en plus d’étrangers-ères (27.000 expulsions depuis Mayotte en 2019, 18 906 expulsions depuis la France hexagonale en 2019 contre 15 677 en 2018). A l’intérieur des ces prisons, les personnes enfermées qui n’ont pas les « bons papiers » s’organisent et se révoltent, contre les violences policières, contre des conditions d’enfermement vraiment pourries, mais aussi pour obtenir la liberté et pour que ces lieux disparaissent.

Ils et elles nous montrent que ce ne sont pas les pétitions, les articles journalistiques, les visites des élu.e.s ou l’indignation citoyenne à pouvoir ralentir et enrayer cette machine d’enfermement et d’expulsions, mais les luttes des prisonniers-ères. C’est pour soutenir ces luttes qu’il est urgent et nécessaire, à l’extérieur, de construire une solidarité active.


          • Oissel : en lutte contre les violences des flics et contre celleux qui les couvrent

Les copains qui sont passés dans le CRA de Oissel disent tous la même chose : passages à tabac systématiques, humiliations quotidiennes, racisme, la cellule d’isolement (mitard) où les prisonniers, menottés et casqués, sont frappés violemment… Fin janvier, après que les keufs aient tabassé un prisonnier qui protestait contre la mise au mitard d’un autre prisonnier, les prisonniers du CRA de Oissel ont lancé une lutte qui continue jusqu’à aujourd’hui.

Des grèves de la faim et des résistances collectives se sont organisées, un collectif de prisonniers a fait sortir plusieurs communiqués, où il dénonce les violences subies, les conditions d’enfermement et la collaboration entre France Terre d’Asile (FTDA) et les condés. Leurs paroles et leur rage sont sorties des murs de la prison, malgré les tentative des keufs, des journalistes et de FTDA de les faire taire et de les isoler encore plus.

Les flics ont intimidé tout le monde, déporté et transféré certains prisonniers vers d’autres CRA, tabassé d’autres. Dans les journaux les prisonniers sont décrits comme des individus « manipulés » par l’extérieur. La seule parole relayée par la presse est celle des flics, qui justifient les violences et qui décrivent Oissel comme un hôtel à 5 étoiles. France Terre d’Asile, l’association qui est payée par l’État pour fournir un suivi juridique aux prisonniers-ères de Oissel, montre une fois de plus son vrai visage, en soutenant la version des keufs et niant celle des prisonniers.

Malgré la répression et les mensonges de FTDA et des flics les prisonniers restent déters, et ils continuent à rappeler à l’administration du CRA qu’ils n’ont besoin d’aucune manipulation de l’extérieur pour se révolter contre leurs conditions d’enfermement. À l’extérieur un groupe de personnes solidaires et ennemies de toutes les prisons a montré sa complicité à la lutte de Oissel en rappelant à Pierre Henry, le directeur général de FTDA, quelle est la place de ceux qui font du profit sur l’enfermement des gens. Lundi dernier lors d’une discussion publique où il était censé présenter sa liste aux élections municipales du 10e arrondissement il a été contesté et empêché de parler. Pas de place pour les collabos !

Des assos de Rouen ont appelé à un rassemblement devant le CRA le 15 février dernier en solidarité avec les prisonnièr.e.s enfermées.

On rappelle que dans cette prison y a aussi un batiment pour enfermer les femmes étrangèr.e.s. Elles sont très peu nombreuses (7 à 8 prisonnières ces dernières semaines) et donc particulièrement sous pression des keufs, insultées, menacées de déportation tout le temps.

Entre temps, les résistances et les luttes dans le CRA n’ont pas arrêté : samedi dernier, une cellule a pris le feu, et un prisonnier est arrivé à s’échapper de la prison pour sans-papiers. Bonne cavale à lui, et courage à toustes les autres ! Hier aussi, lundi 24 février, un prisonnier est arrivé à s’échapper…


            • Vincennes : le CRA en feu !

Le premier février les prisonniers du bâtiment 2A du CRA de Vincennes lancent une grève de la faim, qui tient trois jours mais elle est violemment réprimée. Pendant 3 jours, ils ont refusé de manger à la cantine, ils sont restés soudés et solidaires, mais ont dû faire face à la répression violente de la part des keufs.

Les flics ont tout fait pour faire craquer les gens et casser la lutte : samedi soir, au début de la grève de la faim, les prisonniers sont renfermés dans le bâtiment et ils sont fouillés dans toutes les cellules; dimanche, un prisonnier est tabassé par les keufs, qui refusent aussi l’accès à l’infirmerie pour les prisonniers malades; lundi, les prisonniers se font réveiller par des douches anti-incendie, d’autres tabassages ont lieu, les keufs viennent avec les chiens; mardi, l’eau du bâtiment est coupée, pas de douches ni rien.

Le mardi 4 février, un gros incendie touche le bâtiment 2A et une partie du bâtiment 2B. Le 2A est fortement endommagé, il reste fermé jusqu’à aujourd’hui. Après une nuit dans la cour, sous la pluie, encerclés et menacés par les flics et les maîtres-chiens, une trentaine de prisonniers du CRA 2A ont été emmenés passer la nuit de l’incendie dans un comico, vu que les chambres étaient inutilisables. Le lendemain, certains ont été transférés au CRA 1 où ils sont maintenant encore plus nombreux par chambre ; d’autres au CRA 2B où certains ont été obligés de dormir sur des matelas brûlés ; et encore d’autres au CRA de Palaiseau ou du Mesnil-Amelot.

Suite à l’incendie du batiment 2A du CRA de Vincennes, jeudi 6 février matin les flics sont venus au petit matin chercher plusieurs prisonniers. Plusieurs d’entre ont été amenés en garde à vue, et après 36 heures retransférés dans le CRA. La préfecture à annoncée l’ouverture d’une enquête. Depuis, les déportations, les passages à tabac, les menaces et les humiliations n’ont pas arrêté.

La vengeance des keufs continuent et ils ont pas mal visé des prisonniers qui étaient du 2A ces dernières semaines semaine. Un prisonnier a été accusé de parler à des journalistes (et en général à l’extérieur) au moment où une dizaine de keufs le tabassait avant de le mettre au mitard.. puis de l’expulser par un vol caché quelques heures plus tard.

Encore ce soir mardi 25, les keufs sont rentrés dans des chambres du batiment 1 en provoquant et en tabassant les prisonniers, deux ont été ramené au mitard, où ils se trouvent actuellement.

La révolte a quand-même payé : le bâtiment 2a du CRA, rendu inutilisable par l’incendie, reste fermé. Dans les jours suivants, il y a eu des libérations, apparemment au moins 14 ! Et en tout cas, un bâtiment fermé ça veut dire environ 60 places de moins où enfermer et torturer pour tenter d’expulser les sans-papiers !

À l’extérieur on continue de soutenir les prisonniers et de diffuser leur parole. Un parloir sauvage a eu lieu la nuit après l’incendie, pour donner force et courage et montrer solidarité à ceux qui se révoltent. Un rassemblement en soutien aux révoltés de Vincennes a également eu lieu le dimanche 9 février à Barbès, avec prises de parole de l’intérieur.


            • Mesnil Amelot

Au Mesnil-Amelot y a deux CRA qui n’ont pas les mêmes règles / manières de fonctionner : le CRA2 (où y a aussi un batiment pour enfermer les prisonnières) & le CRA3.

Depuis l’incendie du bâtiment 2A à la prison pour sans papiers de Vincennes, le mardi 4 février, il n’est plus possible de faire rentrer de la bouffe au CRA3. Pour s’opposer à cette nouvelle interdiction des keufs, une trentaine de prisonniers ont refusé les repas le lundi 10 février à midi. Une pétition a été signée par pas mal de prisonniers de plusieurs bâtiments et filée à la direction du CRA. Le lendemain de la bouffe passait en parloir (mais c’était pas les mêmes keufs ni les mêmes gradés)

Les prisonniers ont fait sortir des témoignages de la situation au Mesnil depuis le début de l’année : violences policières, racisme, conditions de détention pourries et manque de soins. Voici le lien aux témoignages des copains enfermés


Pour rappel: Rendez vous tous les mercredi à 18h au CICP pour l’assemblée d’IDF contre les centres de rétention ! C’est au 21ter rue Voltaire, métro rue des boulets sur la ligne 9.

A BAS LES CRA !

SOLIDARITE AVEC LES REVOLTE.E.S !

LIBERTE POUR TOU.TE.S !

Grève de la faim et répression au CRA de Vincennes

Depuis samedi dernier, les prisonniers du batiment 2A du CRA de Vincennes sont en lutte : pendant 3 jours, ils ont réfusé de manger à la cantine, ils sont restés soudés et solidaires, mais ont dû faire face à la répression violente de la part des keufs.

Les flics ont tout fait pour faire craquer les gens et casser la lutte : samedi soir, au début de la grève de la faim, les prisonniers sont renfermés dans le batiment et ils sont fouillés dans toutes les chambres ; dimanche, un prisonnier est tabassé par les keufs, qui refusent aussi l’accès à l’infermerie pour les prisonniers malades ; lundi, les prisonniers se font réveiller par des douches incendie, d’autres tabassages ont lieu, les keufs avec les chiens ; mardi, l’eau du batiment est coupée, pas de douches ni rien.

Un prisonnier du batiment 2A raconte des conditions de vie à l’intérieur, et de ces derniers jours de luttes et de répression (à partir de la minute 35) :

CENTRE DE RETENTION

Et voici, le témoignage écrit d’un prisonnier :

On veut juste des conditions de vie normale parce que nous on vit ici c’est trois mois c’est une vraie peine de prison. Une peine mais nous on veut juste sortir, on a des enfants ici. Le CRA c’est invivable surtout à cause de la violence des policiers et aussi parce qu’il essaient de nous faire craquer. Les gens qui sortent d’ici certains deviennent fous.

Ils nous rendent fous. À l’intérieur on les voit devenir fous petit à petit. Il y a quelqu’un la dernière fois ils lui l’ont appelés pour une prise de sang, et quand il est revenu il s’est écroulé en tremblant et tout, on comprend pas si ils essaient de nous tuer parfois.

Il y a un mec qui a le bras cassé à cause de flics qui lui sont tombés dessus. On essaie de l’aider comme on peut mais le soir il crie, il peut pas dormir.

On savait pas que c’était comme ça a France, tant de racisme. Il y a même un policier qui a craqué quand il a réalisé ce qu’il se passait dans le centre. Les policiers c’est tous des stagiaires donc ils font de la merde. Ils essaient de nous faire craquer avec des fouilles tous les jours, des tabassages de gens avec les jambes et les mains scotchées…

Nous on craque ici on a envie de sortir d’ici le plus vite possible.

Samedi soir on a commencé une grève de la faim on était 28 je pense. Les policiers sont venus pour nous foutre la pression on leur a dit que la nourriture c’est immangeable. L’entreprise qui fait la nourriture c’est GEPSA ils donnent pas de sel, pas d’eau, les plats sont immangeables, c’est GEPSA on peut lire sur leurs gilets. On leur a dit aussi il y a pas de porte dans les toilettes et des toilettes sales avec des gens malades partout.

L’infirmerie fait pas sont travail. Ici beaucoup on la gale. Dès que tu viens qui tu dis que t’es malade ils donnent juste des gros calmant, c’est une pharmacie pas une infirmerie. Les infirmières sont super méchantes. Pharmacie : Valium, Rivotril, Subutex, Tramadol… les gens qui prennent ça ont les voit devenir dingues.

Cette nuit là vers 4h ils nous ont arrosés avec les douches incendies. Ils ont arrosé tous le monde, toutes les chambres. Les vêtements, les matelas, les couvertures tout était mouillé. On tremblait on pouvait pas dormir dans ce froid. Au haut-parleur ils ont dit : « si vous mangez pas demain à midi ca va continuer » Ils voulaient nous faire craquer.

Heureusement que certains ont des chambres tellement sales qu’ils dorment dans les couloirs ou dans la salle commune. Eux ils avaient les couvertures sèches. Alors on s’est mis tous dans la même salle pour se réchauffer avec les couvertures sèches et essayer de dormir.

C’était horrible, le lendemain on était plus que 18 en grève de la faim. Ils nous ont notés et après ils sont venus nous taper, juste pour en découdre ?

Le lendemain donc hier, ils ont coupé l’eau. Ça a commencé hier soir certains étaient réveillés, mais nous on s’en est rendu compte que ce matin : d’un coup plus d’eau dans les douches, robinets, toilettes. Tout le monde est paniqué ou énervé. Même la machine pour boire elle est coupée. Quand on demande pourquoi, ils disent : « arrêtez de nous casser les couilles ».

On en a marre on en peut plus des fois on pense au suicide. Même aux USA les prison c’est pas comme ça.

Les CRA existent pour isoler les prisonniers-ères, pour leur faire croire qu’iels sont seul.e.s face aux flics, aux juges, aux avocats, aux associations. La solidarité depuis l’extérieur est une arme, ça permet aux prisonniers-ères de tenir le coup. Soyons solidaires avec les prisonniers du batiment 2A de Vincennes, et tou.te.s les autres. Par exemple, en appellant les cabines du CRA pour montrer notre soutien à la lutte, en faisant des parloirs et des parloirs sauvages… voici toutes les infos.
Numéros des cabines de Vincennes 2A :
01 48 93 69 47
01 48 93 69 62
01 48 93 90 42

PS Dimanche dernier, avant un parloir, des personnes de l’Assemblée contre les CRA ont assisté à une tentative d’évasion à Vincennes. Elles racontent ce qui s’est passé :
Vers 16h30, alors qu’on attend depuis pret de deux heures, une alarme retentit. Des flics se mettent à courrir, nous aussi. Un homme saute par dessus un portail qui l’améne à l’extétieur du CRA (côté batiment 1), traverse la route malheureusement face à lui un parking grillagé. Là une quinzaine de flics arrivant de toute part le rattrape sous nos cris et nos yeux impuissant alors qu’il est suspendu au grillage. Ils le transporteront allongé jusqu’à la voiture qui l’emmenera en garde à vu. Il ne se débatait même plus comme si il avait mis tout le reste de son énergie dans cette tentative d’évasion.

LIBERTE POUR TOU.TE.S
SOLIDARITÉ AVEC LES PRISONNIERS-ÈRES EN LUTTE
A BAS LES CRA !

 

Deuxième communiqué des prisonniers de Oissel en lutte

Rouen-Oissel Centre de Rétention Administrative in France ...

Les prisonniers du CRA de Oissel continuent leur lutte. Après la grève de la faim du 22 janvier (voici le communiqué), quelques journalistes et politiciens se sont rappelés de l’existance de ces prisons pour étrangers-ères. Mais la situation à l’intérieur n’a pas changé beaucoup, et les prisonniers restent mobilisés et déterminés. Force et courage à eux!

Le deuxième communiqué du collectif des prisonniers de Oissel :

Suite à notre mouvement de grève nous avons eu la visite, vendredi 24 janvier, de personnalités comme le député David Cormand qui ont pu constater les conditions dans lesquelles nous vivons.

Aujourd’hui, il y a eu une petite amélioration pour ce qui concerne les repas. Mais nous ne sommes pas dupes. Ce que nous voulons c’est de voir l’ensemble de nos revendications aboutir. Nous denonçons les mauvaises conditions de vie que nous subissons. Ainsi que les méthodes représsives de la police.

La personne retenue qui a été tabssé a été transféré à 5h du matin au CRA de Rennes. Pourquoi donc cette précipitation? Nous souhaitons que ces agissements cessent.

Le collectif des personnes retenues remercie vivement toutes les associations et les personnes de bonne volonté qui nous ont soutenu durant cette grève.

Le collectif

Contre le refus de soin, un prisonnier en grève de la faim depuis 7 jours

Voici le témoignage d’un prisonnier au CRA de Vincennes, en grève de la faim depuis 7 jours (5 au moment du témoignage) pour dénoncer l’enfermement et le refus de soin qu’il subit. Assez de violences policières et médicales ! Organisons le soutien à l’extérieur !
 
Comment ça se passe à l’intérieur ?

Hier soir y a un policier qui traite comme des chiens les gens ici. Quand tu demandes un truc, Assfam ou quelque chose, il te frappe, il te cogne contre la porte.
La bouffe est immangeable, j’ai un problème dans l’estomac, mon estomac est déchiré, j’ai une ulcère et je peux pas manger comme ça. Normalement je me soigne normalement, je me soigne et tout, mais ici ils ne te donnent pas les médicaments mais de calmants. Et ça ne soigne pas, ça devient encore pire et après c’est mort.

C’est pour ça que t’en en grève de la faim ?

Moi je suis en grève parce qu’ils m’ont ramené ici et ils ont dit On va t’expulser en Algérie. Moi j’ai dit d’accord, je suis pas contre, vous allez m’expulser. Mais le juge a dit qu’on me laisse un mois ici. Et moi j’ai dit : Pourquoi ? Il m’a dit tu restes un mois ici. Moi j’ai dit, dans mon dossier y a rien du tout, ni procès ni rien, je vis depuis 5 ans avec une femme… mais sans les papiers. J’ai ramené les preuves des factures etc, les preuves de 5 ans de vie en France. Mais rien, le juge a dit tu restes un mois. Et après un mois, ils te donnent un autre mois. Pourquoi ? Je suis malade et j’ai accepté de partir, pourquoi vous voulez me laisser ici 90 jours ? Pourquoi je perds mon temps ici. Je ne suis pas hors la loi, je travaille tranquillement, je n’ai pas eu de problème avec la police ni rien, juste un problème avec mon passeport, l’ambassade de l’Algérie ne veut pas donner mon passeport.

Et après si tu demandes de t’acheter quelque chose (à l’Ofii) ils te donnent que des cigarettes, t’as pas droit de faire rentrer la bouffe, ils te donnent que du poison. La dernière fois y a un ami qui a ramené de la bouffe et les flics m’ont dit Tu manges ici (en parloir), ça ne peut pas rentrer. Mais moi je peux manger seulement des trucs cuits à la vapeur, ni de viande ni le reste, pourquoi ça ? L’autre fois y a un mec qui avait mal aux dents mais ils lui ont rien filé. Pour ça, je préfère ne pas manger, je préfère mourir tranquillement. Soit vous me renvoyez dans mon pays, soit je sors, vous me libérez.

Ça fait combien de jours que tu manges pas ?

ça fait 5 jours que je ne mange pas. Je demande qu’ils m’achètent de la bouffe mais ils refusent, que des cigarettes, que du poison, et le paquet ça coûte 10 euros. Que des trucs immangeables.

Les médicins sont passés ?

Les médicins, ou infirmiers je sais pas, ils te donnent que le poison, que des cachets de poison.
Ils te donnent que des cachets pour dormir, pour te droguer, tu deviens comme un fou, comme un toxique, comme les accros qui traînent dans le métro. Ils te donnent des trucs qu’après ça se termine comme pour le tunisien qui est mort ici. Moi j’ai dit, je veux descendre (rentrer au bled), dès le premier jour j’ai dit ça, mais vous me laissez pas ici. Ils te disent Non tu restes ici, pour te voir souffrir. C’est ça le problème.

Et tu parlais des flics tout à l’heure…

Hier ils sont rentrés, les flics, et un il provoque tout le temps, hier il en a frappé deux, deux ! Il te prend pour provoquer, dès que tu réponds il te frappe. Hier il a frappé deux qui ont rien fait. Un s’est ouvert dans sa tête, il a des pincements, un avait déjà fait une opération avant et il avait une barre dans sa main et après qu’il a été frappé la barre a bougé et maintenant il peut plus bouger sa main.

Et entre vous, vous arrivez à rester soudés ?

Entre nous, nous on est tranquille. Par exemple, on a pas droit de prendre du café, la machine de café ne marche pas depuis un an, même le Nescafé tu peux pas l’acheter, que de cigarettes et un téléphone. Si tu veux boire un café et t’as pas de visites, tu fais comment ? Du coup par exemple, si une personne me demande de boire du café moi je donne le mien, on fait comme ça, on partage.

Quand quelqu’un est malade, moi je ne demande même pas qu’ils me soignent avec leur argent, mais avec le mien. Quand tu prends quelqu’un qui est un ouvrier, qui travaille, qui n’est pas hors la loi. Quand le juge te laisse dédains encore un mois, qu’est-ce que ce ça signifie ? Ça veut dire quoi ? c’est quoi la loi ? Ça dépend du juge avec qui tu tombes. C’est pas la loi ça, c’est injuste.
C’est à cause de ça que je mange pas.