Mesnil : Greve de le Faim, Jour 3

Dans le CRA 3 du Mesnil Amelot, une grève de la faim est en cours depuis samedi. La grève a l’air d’être généralisée dans tous les bâtiments et les prisonniers sont solidaires entre eux. Les flics et la direction du centre ne sont pas contents et essaient de casser la grève, par exemple en empêchant aux grévistes de prendre leur traitement, comme l’expliquent deux prisonniers :

“Si tu vas à l’infirmerie prendre ton traitement ils te demandent si tu as mangé. Si tu dis que non, que tu fais la grève de la faim, ils refusent de te donner le traitement. C’est leur technique, ils utilisent ça contre la grève, pour mettre la pression pour que certains lâchent. C’est soit tu manges soit t’as pas ton traitement, t’imagines ? forcément des gens ils mangent. C’est arrivé même qu’il y ait des bagarres entre nous à cause de ça, des gens qui sont en manque de leur traitement, ils sont obligés de manger.”

“J’ai un ami malade, il a la main cassé, ils lui donnent rien ils veulent pas donner le doliprane. Ils disent “si tu manges pas je donne pas le doliprane”. Il y a beaucoup de gens malades ici.”

Malgré la répression la grève tient, un autre prisonnier rappelle :

“On continue la grève de la faim, notre seule demande c’est que quelqu’un vienne nous écouter.”

Dimanche en fin d’après-midi, plusieurs personnes sont allées derrière le CRA pour crier leur soutien aux grévistes, qui nous ont répondu par dessus les barbelés, en sortant en masse dans la promenade et en restant ensemble malgré les menaces des keufs. Un autre gréviste raconte :

“On vous entendait dehors crier ‘Liberté, liberté!’, nous aussi on a crié. Ça nous a fait beaucoup de bien !”

Comme d’habitude c’était un beau moment de rage, pour une fois on peut entendre les voix de ceux de l’intérieur pour de vrai et ensemble, sans le box du parloir qui isole des autres, sans le flic qui te fouille à l’entrée, sans l’intermédiaire du téléphone.
Cette fois-ci le groupe de solidaires n’a pas échappé au contrôle d’identité à la sortie… Dommage que la plupart n’avait pas leurs papiers sur eux.elles 😉

Les grévistes ont besoin de force, hésitez pas à appeler les cabines, à aller en visite, ou encore mieux à vous organiser collectivement pour aller gueuler dehors, devant le CRA ou ailleurs dans les rues !

La solidarité est une arme
Feu aux CRA, et nique la PAF

“Ici on est pas des esclaves” : GREVE DE LA FAIM EN COURS AU CRA DE MESNIL !

Quelques heures après la fin de la grande marche des sans-papiers, les prisonniers du CRA de Mensil-Amelot répondent en lançant une grève de la faim.

On était des milliers dans la rue aujourd’hui à Paris pour exiger la régularisation de toustes les sans-papiers et l’abolition des centres de rétention. A l’intérieur et à l’extérieur de ces prisons, la lutte continue : soyons solidaires avec les prisonniers et les prisonnières !

Voici le témoignaige d’un prisonnier en lutte, à faire tourner au max.

A BAS LES CRA !


” On fait une grève de la faim pour plusieurs raisons :
– les gens qui font 90 jours puis on les envoie en garde à vue, puis on les ramène pour 90 jours à nouveau. Par exemple les Tunisiens : pour un refus de test ils t’envoient en prison, tu te prends une condamnation de 3 ans ! Ou alors tu fais 90 jours, puis on te ramène en prison quelques temps, puis on te ramène au CRA encore 90 jours, ça c’est pas possible.
– les algériens : on les met en CRA alors que les frontières sont fermées. Pourquoi ? Ils disent “oui on te met en CRA parce que ça va bientôt réouvrir” mais c’est pas vrai on voit les informations on voit que partout il y a le Covid, ici il y a le couvre feu, en Tunisie par exemple encore pire il y a le couvre feu et les hôpitaux qui sont pleins.
– alors qu’il y a le Covid ici il ramènent des vieux, ils font pas de test, ils ramènent n’importe qui, chaque jour ils ramènent des gens. Un vieux a 79 ou 80 ans vous imaginez il a peut-être même vécu la guerre ?
– La nourriture est pas bonne, ils nous crient dessus, ils tabassent les gens. Il se passe des trucs de ouf ici, ils tabassent les gens, il y a pas de chauffage dans les cellules vous imaginez ? J’ai une seule couverture à l’heure où je vous parle.

C’est pour ça que les gens font la grève de la faim ici. Ils veulent que quelqu’un écoute, un magistrat, les journalistes. Ils veulent montrer, envoyer un message, que les gens nous voient. On est pas comme les autres centres ici c’est pire. Par exemple pour venir te voir au parloir, personne ne vient, c’est trop loin et trop compliqué pour venir, et le comportement des policiers fait que les gens ne reviennent pas. Imagine la personne fait un long chemin pour venir, il te ramène de la bouffe, et ici on leur dit que c’est pas possible et on jette la bouffe dans la poubelle !

Toutes les nationalités ici font la grève. Tout le monde fait la grève dans le bâtiment 3, 4, 5, 6, 7 et 8. On a envoyé le message au CRA 2 on va voir comment ça va se passer.

On va faire une grève de la faim jusqu’à ce que quelqu’un nous entende. Ici on est pas des esclaves, c’est fini l’esclavage, ici on vit comme des merdes. ”

“Tu chantes pas, tu manges pas !” // témoignage des prisonnières du CRA du Mesnil-Amelot

Au CRA du Mesnil-Amelot les prisonnières font face au harcèlement policier et à des conditions sanitaires insalubres. Alors qu’une prisonnière est tombée malade suite à une infection (dû au rationnement de serviettes hygiéniques), les prisonnières ont du lutter pour faire intervenir les pompiers. Elles dénoncent les multiples insultes et harcèlements – traitées notamment de « putes » par les flics- et aussi l’humiliation lorsque ils les forcent à chanter « joyeux anniversaire » au chef du centre sous peine de ne pas manger. Elle dénoncent aussi la nourriture périmée qui leur est donnée, qui s’ajoute au froid dans lequel elles vivent. Voici une retranscription de l’émission de l’Envolée du 9 octobre dans lequel une prisonnière raconte tout ça.

 

Bonjour madame

Bonjour, déjà merci de ton appel, est ce que tu vas bien ?

Oui ça va un peu malgré le stress et tout .

Tu voulais nous parler de choses précises aujourd’hui ?

Ouais ouais ce que je vis depuis 2 jours là, ça a commencé avant hier et ça m’a un peu bouleversée, ça ma’a rendue triste et donc c’est pourquoi je voulais le partager avec certaines personnes aussi.

N’hésite pas vas y on t’écoute.

En fait ici sur le CRA des filles, parce que nous sommes aussi avec des filles qui parlent pas français – il y a les albanaises et tout- nous vivons avec elles. Alors il y a de cela 2 jours, il y a une albanaise qui est venue me voir, comme elle parle pas français, elle, elle parle anglais… bah bien que je parle pas trop français je me débrouille quand même. Elle est venue me dire qu’elle avait ses règles et elle voulait avoir des bandes hygiéniques. Elle me dit si je peux l’accompagner à la police pour aller demander des bandes hygiéniques. Là je l’ai accompagnée, arrivées là bas on a trouvé une dame, je lui ai dit voilà, la demoiselle elle a ses règles elle voulait avoir les bandes hygiéniques et la police lui a remis juste 2 bandes. Elle a négocié elle a dit avec 2 bandes qu’est-ce que je vais faire avec ? Et la police l’a grondé. La fille elle a eu peur, on est rentrées. Après dans la journée elle a utilisé les 2 serviettes, ça n’a pas suffit. Donc elle est venue me voir elle a demandé si j’en avais aussi. Moi non plus j’en avais pas. Du coup elle a pris son habit, elle a pris sa blouse, elle l’a déchiré, elle a utilisé ça comme serviette. Sans se rendre compte qu’il y avait des problème avec ça. Et comme la femme, elle est trop fragile elle a attrapé des infections. Elle a commencé à avoir trop mal au niveau du bas ventre et au niveau de la hanche. Elle pleurait tellement fort, elle est venue me dire « je me sens pas bien, j’ai trop trop trop mal », du coup elle est tombée par terre elle a commencé a crier très fort et comme dans notre bâtiment, il y a un bouton là quand vous appuyez directement ça sonne chez la police. Moi j’ai sonné et on a essayé d’appeler la police. La police nous a répondu « nous ne sommes pas là pour vos conneries, donc démerdez vous là bas ». C’est la réponse qu’ils nous ont donnés. Et du coup la fille elle a commencé à pleurer. Au départ on croyait que non ça va passer, c’est juste une douleur, comme on avait pas aussi les antidouleurs rien du tout. Elle pleurait, elle pleurait et plus le temps avançait, la fille elle devenait pale et elle avait une forte fièvre je voyais aussi ses yeux commencer déjà à changer et tout le monde était paniqué. On savait plus quoi faire. Elle pleurai tellement, elle était par terre, elle a commencé à faire… comment appeler ça…

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Résistances et virus : mise à jour sur les CRA de Mesnil, Vincennes et Oissel

Depuis début aout, une nouvelle vague de coronavirus a touché les prisonniers-ères sans-papiers enfermé.e.s dans pas mal de CRA, et des luttes et des grèves de la faim se sont diffusées de Mesnil à Marseille, de Nimes à Vincennes… Mais les préfs et les keufs, malgré le fait qu’une bonne partie des frontières sont encore fermées, continuent à enfermer celles et ceux qui n’ont pas les bons papiers, à mettre leurs vies en danger, et à les expulser (notamment vers la Roumanie et d’autres pays européens).

Dans cette situation merdique, les résistances individuelles et collectives n’ont jamais cessées. Du coté des associations qui interviennent dans les CRA, c’est le silence. Alors que pendant le confinement, elles avaient lancé des demandes de mises en liberté massives, désormais plus rien n’est fait dans ce sens-là. Voici une mise à jour sur la situation à Mesnil, à Vincennes et à Oissel, où une grève de la faim est actuellement en cours !

liberte pour TOUT LE MONDE, MAINTENANT!

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Mesnil-Amelot : grève de la faim et blocage de la promenade !

Depuis mars et le début des annonces de confinement dans pas mal de pays, la volonté marquée des préfectures de garder ouverts les centres de rétentions montre l’importance de ces prisons dans la gestion des frontières et des personnes par l’état français et les autres états européens.

Ces derniers jours des luttes pour la liberté et l’accès au soin ont eu (et ont encore) lieu aux centres de rétention de Rennes et de Vincennes.

Depuis quelques jours à la prison pour sans papier du Mesnil-Amelot des prisonniers (et au moins trois flics) ont été testés positifs au coronavirus. Les quarante prisonniers du CRA3 ont décidé de bloquer la promenade mercredi soir juste après avoir appris la nouvelle et de lancer une grève de la faim à partir du jour suivant. Ils ont été rejoint immédiatement par l’ensemble des prisonnièr.e.s du CRA2. Comme à chaque fois la direction a décidé de ne même pas discuter avec les prisonnier.e.s qui exigeaient leurs libérations immédiates et la fermeture ces prisons, la prise en charge médicale pour les malades. Les préfectures semblent toujours autant déterminer à enfermer quoiqu’il arrive et à expulser dès que c’est possible.

Un prisonnier du CRA2 raconte la situation tendue à Mesnil.

Salut ca va le moral ? Tu crois que tu peux raconter un peu la situation au Mesnil ?

Ici c’est vraiment la merde tu vois. Le bat 11 à la base c’est celui des arrivants mais là il est fermé. Le CRA 3 on est moins nombreux qu’au CRA2. La dans un batiment y a 3 personnes, au 9 et au 10 y a 10 personnes. Donc on est 23 au moins. Aujourd’hui c’est chaud au CRA3 et au CRA2 et au batiment des femmes. Aujourd’hui ils ont annoncé c’est les tests pour tout le monde. Y en a ils ont refusé parce qu’ils prefèrent le faire quand ils seront libre. C’est normal nan ?

Oui faut faire comme vous le sentez de toute façon.

Ouai et on sait pas ce qu’ils vont faire après. Si on est en danger faut nous libérer. Mais là franchement c’est la galère. Ils veulent libérer personne. On a fait la grève de la faim pendant deux jours. Personne est venu nous parler. La cimade est plus là on parle par téléphone, mais ça c’est quand ils répondent..

On nous a dit qu’il y avait plus le droit de visite le temps d’avoir le résultat des tests. Mais au CRA2 ils ont le droit de faire rentrer des gateaux mais que là bas. Chez nous c’est pas possible parce qu’ils disent que c’est pas le même cra genre le CRA2 ce serait la Belgique et ici la France quoi. Mais quand les flics du cra3 ils doivent intervenir au cra2 ils le font sans problème. Tout ça c’est du foutage de gueule.

L’equipe d’aujourd’hui (le 14.08.2020) c’est les moins racistes mais tu rien obtenir. Déjà les flics c’est quelque chose mais alors la PAF c’est vraiment quelque chose…

Par exemple nous on mange à 18h15 le soir mais les flics des fois ils refusent que tu sortes un pain pour te faire un sandwich. Pour la tondeuse tu dois toujours demander plusieurs fois parce qu’ils mentent à chaque fois genre « elle est cassée » ou « on l’a pas ». Ici les flics disent « c’est chacun sa manière de travailler » donc les règles changent tout le temps.. Enfin ils parlent pas de règles ou de lois hein… Une fois on m’ a filé une clé usb en parloir et les flics ont refusé que je l’avais fait rentrer (alors qu’une autre équipe avait déjà accepté) en demandant si y avait pas des appels à la prière dessus. Tu vois c’est toujours comme ça ici.

Au CRA3 y a plus de solidarité. Hier ils ont bloqué la promenade et ils sont tous en grève de la faim.Nous on a fait la grève de la faim deux jours. Mais tu vois là on va dans la promenade pour faire un foot direct les flics interviennent pour vérifier qu’on va pas bloquer. Au bat des femmes aussi elles ont fait grève. La bas c’est chaud, y a au moins deux femmes enceintes.

Nous on veut notre liberté, y a pas de vols rien. Ils nous donnent même pas le minimum. T’es obligé de manger à la gamelle. Même l’ofii (ceux qui vendent des cigarettes dans le CRA) des fois ils sont pas là et t’es pas prévenu donc on se retrouve sans clope. Les machines pour faire de la monnaie ou récupérer du café marchent pas. Ici c’est comme ça. Y a rien. Même avec le covid on est enfermé, y a pas de geste barrière on nous met en danger en fait.

Quand tu rentres dans les zones ou y a les flics, le greffe ou l’ofii là on te donne un masque. Mais des fois c’est le même masque pour toute la journée, pas pour quatre heure.

Tu vois quand ils faisaient chaud y a quelques jours ? Ils nous laissaient galérer dehors 15-20 minutes au soleil jusqu’à ce que tu sois dégouté et que tu repartes.

C’est pour tout ça qu’on a fait la grève de la faim et que ceux du CRA3 ils luttent. Il faut du soutien de dehors et que les journalistes racontent comment ça se passe ici.

C’est grave quand même de continuer à nous enfermer avec le covid, les frontières fermées et tout..

Merci du soutien de dehors !

Soyons solidaires avec les prisonniers-ères,
Liberté et papiers pour toutes et tous !

Appelons les cabines, organisons-nous à l’extérieur
pour faire sortir leurs paroles et casser l’isolement,
et n’oublions pas qui sont les responsables de toute cette merde : les flics, les juges et les prefectures,
les collabos qui font des frics sur l’enfermement
et ceux qui balancent les sans-pap !

Virus, luttes et représailles : Vincennes, Mesnil et Rennes

Dans la dernière mise à jour sur la lutte en cours depuis vendredi dans la prison pour sans-papiers de Vincennes, on se demandait quelle était la stratégie de l’administration du Cra, quand elle avait décidé d’enfermer tout le monde dans un espace minuscule et y ramener des personnes avec le virus. Une hypothèse : la PAF et les Prefs en ont rien à foutre de la vie des prisonniers, ça c’est clair, mais elles jouent aussi systématiquement à mettre en danger leur vie. Vu qu’elles ne peuvent pas les déporter autant qu’elles voudraient (pas mal de frontières sont encore fermées, même si les vols continuent vers certains pays comme la Roumanie et l’Albanie, et d’autres sont prévus – un grèviste est menacé d’expulsion vers l’Egypte le 16 août !), elles trouvent d’autres moyens pour s’en débarasser.

Des copains enfermés à Vincennes racontent des épisodes trash qui ont eu lieu hier, et qui montrent encore une fois jusqu’où peuvent aller la violence et la hogra de la part des keufs dans ces prisons (et partout ailleurs). Pour casser la lutte des grèvistes qui, depuis vendredi, refusent collectivement la bouffe (dégueulasse) que Gepsa donne aux prisonniers, et pour les obliger à retourner à la cantine, les flics ont fouillé des cellules et ont jeté la nourriture qui était cachée à l’intérieur. Mais les retenus restent déterminés.

Pour rappel, une soixantaine de personnes sans-papiers sont enfermées à quatre-cinq par cellule dans le batiment 1 du Cra, sans que la moindre mesure sanitaire ait été prise. Au moins quatre prisonniers qui avaient été testés positifs ont été déplacés pendant le week-end dans un autre batiment, où ils sont en quarantaine et en isolement. Lundi dernier, deux prisonniers qui étaient enfermés au Cra de Mesnil-Amelot où elles avaient été testées positives ont été transférées… à Vincennes.

A Mesnil aussi le virus est en train de se propager, et la situation devient de plus en plus compliquée : les cas des personnes malades sont nombreux, d'autres transferts sont prévus, la Cimade (l'asso qui intervient dans le centre) et l'entreprise du nettoyage ont décidé d'exercer leur droit de retraite... Les prisonniers se retrouvent encore plus isolés que d'habitude : hésitons pas à appeler les cabines du centre pour les soutenir.

Hier, les prisonniers du Cra Vincennes ont été soumis à nouveau à un test collectif pour le Covid. C’est le deuxième en dix jours… Deux personnes ont refusé de faire le test. La réaction des keufs a été de les punir de la manière la plus sale : ils les ont transférés par la force dans le batiment de quarantaine où sont enfermés les prisonniers testés positifs ! Histoire de les faire tomber malades exprès.

Entre temps, une grève de la faim est en cours au Cra de Rennes depuis lundi, notamment pour dénoncer les conditions pourries d'enfermement. On relie ici le communiqué des retenus en lutte.
Force à eux et à tou.te.s les prisonniers-ères !

Communiqué des personnes enfermées au CRA de Rennes

Au Centre de rétention de Rennes, nous n’avons aucun droit ici, ils sont bafoués. On s’acharne sur nous.
Voilà comment ça se passe une journée au Centre de rétention :

Les policiers nous réveillent tous les matins, sans un bonjour. Ils claquent les portes et allument la lumière. Ils rentrent parfois dans nos chambres, la nuit, pour rien. Il n’y a pas de respect et on entend des « c’est moi le chef, je fais ce que je veux. »
Ensuite de 9h à 11h, on est dehors. Soit disant il y a le ménage donc ils ferment les chambres mais c’est encore sale après. Il y a des souris et des cafards. On va parfois demander des choses à l’accueil mais ils nous disent d’attendre ou veulent rien nous donner. Il n’y a pas de rapports humains.
Si on avait le moral, on ferait un peu de sport mais ce n’est pas le cas.

Puis à partir de 12h, ils nous appellent comme des animaux pour aller manger. Il y a une brigade qui nous laisse manger tous ensemble et on s’assoit où l’on veut alors que l’autre fait des groupes de 5 et nous place.
Parfois on a du porc alors que certains n’en mangent pas et la police nous dit « tu manges ce qu’on te donne ici. ». On nous force aussi à manger de la viande alors qu’on sait que pour certains d’entre nous elle n’est pas halal.

Puis l’après-midi, de 13h à 15h, tout est fermé. On ne peut même pas acheter une bouteille d’eau. On ne fait rien, on est des zombis, on est des animaux.
Après 15h, on ne fait rien non plus. Parfois on nous donne un ballon et parfois on ne peut même pas le prendre. On attend 19h, le repas.

De 19h à 21h, on mange puis on ne fait rien.
A 21h, ils ferment les cages. Ils nous enferment dans les bâtiments où nous avons nos chambres, comme dans un zoo. On entend aussi des phrases racistes. Dans certaines chambres il y a une télé mais pas dans toutes. On est enfermés donc si une personne essaye de se suicider, on ne peut rien faire.
On a du mal à dormir, on fait des nuits blanches et des cauchemars.

Sinon, au centre on peut acheter que des cigarettes. On a une tondeuse et un coupe ongle pour tout le monde.

Pour eux, on est de passage donc nous n’avons pas autant de droits. Certains n’ont même pas d’habits, rien. Ils nous disent « qu’il est temps que vous rentriez chez vous. »
Mais, ils ne nous préviennent pas quand les vols sont annulés. Les médecins, on les demande plusieurs fois mais on ne les voit pas souvent.
En fait, ils sont contents quand on rentre au bled.

Ce qui nous choque le plus c’est que nous ne soyons pas respectés. Qu’on nous insulte et qu’on nous pousse à bout. C’est aussi l’abandon que l’on ressent. Une personne a fait une tentative de suicide il y a quelques jours et elle n’a vu aucun médecin, aucun infirmier. Ils l’ont laissé comme ça. Et puis, le racisme aussi envers nous, la façon dont les policiers nous parlent.

C’est par rapport à tout ça qu’on a décidé de commencer une grève de la faim. On attend que quelque chose change. Pas pour nous forcément mais pour le futur, pour les autres. Pour l’instant ils font du chantage : tu manges pas donc tu n’as pas le droit de jouer à la Nintendo. C’est pour calmer les personnes.

Nous, ce qu’on veut c’est que nos droits soient respectés.

Des gars du CRA de Rennes

Soyons solidaires avec les prisonniers-ères
Liberté et papiers pour toutes et tous !

Appelons les cabines, organisons-nous à l’extérieur
pour faire sortir leurs paroles et casser l’isolement,
et n’oublions pas qui sont les responsables de toute cette merde : les flics, les juges et les prefectures,
les collabos qui font des frics sur l’enfermement
et ceux qui balancent les sans-pap !

[radio] Témoignages de prisonniers à Mesnil, Vincennes, Oissel, Lille

Les paroles des prisonniers de plusieurs CRA dans deux émissions récentes de l’Envolée. Bonne écoute !

29 mai : Vincennes et Mesnil

 

  • Nouvelles des Centre de rétention administrative: une nouvelle grève de la faim au Mesnil-Amelot ; des jugements sans visio en absence des prévenus.
  • Interview de trois prisonniers du CRA de Vincennes.

 

ÉMISSION DU 29 MAI 2020 : les prisonnier.es face au (dé)confinement

12 juin : Oissel

Appel : un prisonnier de la prison pour étranger de Oissel, qui nous raconte les violences policières ainsi que les conditions de vie et sanitaire dans les CRA

Emission du 12 juin 2020 : Les prisons toujours confinées, meurtres policiers et violences policières en CRA

19 juin : Lille

Contamination au CRA de Lille déjà plein : des masques et des tests que pour les keufs, les 80 prisonniers refusent les repas depuis jeudi : appel de l’intérieur

EMISSION DU 19 JUIN 2020 – Gilets Jaunes face à la justice // COVID et mouvement collectif au CRA de Lille

Grève de la faim en cours au CRA de Mesnil Amelot !

Le CRA du Mesnil-Amelot n’a cessé de se remplir de nouveaux prisonniers pendant le confinement (notamment ceux qui n’ont pas été enfermés à Vincennes suite à la décision du TA). Ces nouveaux prisonniers du CRA ne sont pas testés, ce qui augmente le risque que le virus se diffuse : c’est exactement ce qui s’est passé au CRA de Vincennes, où une personne sortant de prison a été ramenée directement au centre malgré le fait qu’elle était déjà malade. Une fois de plus, les flics et la préfecture jouent avec la vie des gens, ce sont eux memes qui produisent la contamination !
 
https://paris-luttes.info/IMG/arton13854.jpg
 

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Feux de cellules et vol charter: des nouvelles de la prison du Mesnil-Amelot

Des prisonniers enfermés au Mesnil-Amelot continuent de faire sortir régulièrement des nouvelles. Le Mesnil c’est la plus grosse prison pour sans-papier de France, à côté de l’aéroport Charles de Gaulles avec plus de 240 places pour enfermés les étranger.e.s. C’est aussi la seule prison pour étrangère en Ile de France où la préfecture peut enfermer des femmes et des enfants.

Depuis le début du confinement – et du surenfermement dans les prisons : plus de parloirs, encore moins de possibilité de recours juridique : les prisonnier.e.s du Mesnil-Amelot sont jugé sans leurs présence – les prisonnier.e.s se sont révoltés très régulièrement. Dès le 16 mars une première grève de la faim des prisonniers du CRA 2 et du CRA 3 se mettent en grève de la faim pour exiger la fermeture de la prison et du matériel pour se protéger. Depuis différentes formes de lutte ont eu lieu : blocage de promenade, grève de la faim, communiqué, feu de cellule.. La direction et la préfecture n’ont quasiment rien laché face à ces différents mouvements : toujours pas de test massifs des prisonnier.e.s et des keufs, toujours plus de personnes enfermées, toujours pas de moyen pour que les prisonnier.e.s puissent se protéger face au virus (masques, gel ou savon).

Depuis le début du ramadan, le 24 avril, les prisonniers qui font le ramadan ont été séparés des autres.

Le mercredi 29 avril différentes préfectures ont mis en œuvre l’expulsion d’une cinquantaine de personnes enfermées dans les prisons du Mesnil-Amelot,de Lille-Lesquin et de Toulouse (au moins) vers la Roumanie à travers un vol spécialement affrétés par Tarom, une compagnie roumaine.

Le jeudi 30 avril plusieurs cellules sont brulés dans le batiment 11 avant qu’un prisonnier accusé par les keufs de la PAF (police aux frontières) soient d’abord placé à l’isolement, le lendemain 3 personnes ont fait une gav, deux on été réenfermé au CRAla 3éme a surement été jugé en comparution immédiate. Les pompiers et des employés d’EDF interviennent pour retaper au plus vite et que la PAF puissent continuer d’enfermer toujours plus. Les prisonniers ont été regroupé dans un même batiment, ce retrouvant jusqu’à 4 par chambre.

Le 3 mai une cellule du bâtiment 10 est brûlé. Les pompiers sont en ce début d’après-midi encore au CRA. Cette fois impossible de déplacés les retenus, ils devront dormir dans des chambres encore pleine de cendre. Pas encore d’information sur de possible placement en GAV.

Depuis plusieurs jours des prisonniers se plaignent régulièrement d’effets « étranges » après les repas : fatigues intenses, langue sèche. Leurs compagnes racontent qu’ils dorment l’après midi-entière contrairement à leurs habitudes et qu’il ont la voix pâteuse au téléphone. Ils dénoncent l’utilisation de médicament dans la nourriture pour calmer les prisonniers et les empêcher de se révolter.

“Les mesures de sécurité contre le COVID 19 sont très très faible, mais on y est confronté et on est limite livré à nous même“ : témoignage d’un prisonnier du CRA de Mesnil Amelot

Depuis fin mars, les prisonnièr.es des cra de Palaiseau et de Plaisir ont été régroupé.es dans le cra de Mesnil Amelot, à proximité de l’aéroport Charles de Gaulle. Les révoltes qui se sont produites dans le centre pour protester contre le manque absolue de mesures de protection contre la propagation du covid-19 ont été réprimées avec le déplacement de certains prisonniers vers les cra de Lille et de Oissel (Rouen). Au Mesnil, rien n’a changé aux conditions de saleté et proximité dans lesquelles les détenu.es sont obligés à vivre – pire, deux bâtiments du centre ont été vidés et tous les détenus ont été regroupés dans une même structure. Entre samedi et dimanche dernière, 22 personnes en plus ont été renfermées à Mesnil.

 Je suis rentré au CRA le 12 avril, je suis passé auprès du tribunal qui m’a assigné à résidence, ils m’ont relaché. Ils m’ont dit d’aller au commissariat pour signature. Je suis parti au comissariat, ils m’ont juste dit respecte bien ce qui est écrit dans le jugement. Parce que le tribunal m’a condamné à signer 3 fois pendant 28 jours, chaque mercredi je dois me présenter au commissariat. Et puis je suis revenu chez moi.
Le lendemain je suis allongé tranquille avec ma femme, ça a sonné, on a ouvert la porte. Ils disent venez avec nous pour vous dire comment faire la procédure de signature. Je leur ai dit c’est bon c’est clair, y a rien à expliquer, ils ont insisté, “la chef voudrait vous parlez”. Personnellement je suis sorti en short. Après ils m’ont emmené au commissariat, et là hop retournement de situation, ils m’ont menoté, et dit monsieur vous allez repartir au CRA.
 
Ils nous harcèlent, y a pas que moi.
 
Personnellement je viens pas de prison, même les policiers y disent toi t’as rien à faire ici, il devait pas t’embarquer. Mon histoire à moi je la comprends pas.
 
Je me suis retrouvé encore dans le CRA, comme si j’avais dormi, j’ai rêvé que j’étais chez moi et le lendemain quand je me suis révéillée…
 
Actuellement je suis toujours au centre de rétention. Je vais vous parler de ce qui se passe en mesure d’hygiène et sanitaire. Les mesures de sécruité contre le COVID 19 sont très très faible, mais on y est confronté et on est limite livré à nous même.
 
Moi personnellement pour toucher les portes et tout ça j’utilise un tee-shirt et je le lave après.
 
En 1er lieu y a des gens qui viennent de prison, ils les amènent au CRA et puis ils subissent rien, ni dépistages, ni gants, ni solution hydro-alcoolique rien, pas de mesure de sécurité.
 
Les chambres c’est des petites chambres avec des lits superposés, les mesures de sécurités sont trés faibles donc on essaie.
 
Moi personnellement dans ma chambre quand mon co-détenu commence a tousser, je sors dans la petite cours, je préfère rester une heure ou deux dans le froid la nuit que d’affronter ce virus que je connais même pas le remède, que même les plus grands chercheurs, les plus grands médecins trouvent pas la solution.
 
Y a plusieurs cas, moi je trouve qu’ils ont les symptomes. Ils vous le disent carrément, j’ai du mal à respirer, j’ai du mal à avaler, ils ont les larmes aux yeux, ils toussent, ils vomissent.
 
Pourquoi je prends des risques moi à rester ici. D’une part il nous dise y a le blocage y a pas d’avion, et d’une autre part on est livré à nous même, à affronter ce virus que même même les states, même les états unis ont pas réussi à trouver le remède.
 
Y a des gens qui disent, moi personellement si y avait un avion je préfère rentrer chez moi, quitter là.
 
L’allume cigare c’est des petits boutons dans le mur sur le côté, tout le monde y touche, les robinets tout le monde y touche, les portes…
 
Dans refectoire on est tous collé, y a même pas 5 à 10 cm de distance entre nous, on n’a pas de petite bouteille d’eau, on touche tous le même pichet, y a encore plus de contact là bas, alors j’évite de manger.
 
Même les policiers ils ont pas de masques, ils ont pas de gants, ils ont rien eux aussi, voilà limite on est tous les 2 confrontés à nous même.
 
Le danger ça vient de l’extérieur.