“C’est simple on demande la liberté” / témoignages de prisonniers en grève de la faim au CRA de Vincennes – batiment 1

La grève de la faim, débutée par les retenus samedi soir (21 mars), continue au batiment 1 du CRA de Vincennes. Encore beaucoup de prisonniers n’ont pas mangé hier soir les repas avec comme revendication principale, la liberté.

Beaucoup de prisonniers ont des problèmes de santé et l’équipe médicale ne fait rien à part donner des cachets. Un prisonnier a des graves problèmes respiratoires, il a appelé les pompiers à plusieurs reprises mais les flics ne les laissent pas entrer dans le CRA.

Voici ici deux témoignages de retenus, du batiment 1, en grève de la faim.

“Du coté de l’hygiène il y a plus rien, plus de nettoyage, rien. Les pigeons sont morts dans la cour c’est flippant. Les draps sont dégueulasses et pas changés, les toilettes collectives beaucoup sont fermées, il reste que 3 ou 4 toilettes et on est encore, quoi ? une vingtaine de personnes.. Parfois pendant plusieurs jours il y a plus l’Offi donc on peut rien acheter. Aussi la machine à clope elle accepte que les pièces. Certains ils ont des billets de dix mais ils peuvent pas acheter de cigarettes. Et puis depuis pas mal de jours déjà plus de visite ça c’est pas normal non? c’est la déprime un peu quand même..

La bouffe c’est de la merde c’est le même repas chaque jours à chaque repas… On a aussi un petit morceau de pain de genre 5cm c’est pas assez… Et il y en a qui mangent pas de porc mais la police ils veulent rien changer. Jusqu’à il y a encore 5 à 6 jours il y en a qui ont été emmené à l’aéroport. De retour au CRA ils ont été libéré. C’est arrivé à une dizaine de personnes à peu près. Mais depuis plusieurs jours il y a plus de libération on sait pas pourquoi. Par contre ils nous ont donné des dates de jugements : 28 mars, 30 mars, jusqu’au 7 avril pour certain, c’est pas possible !

A part deux ou trois, on est toujours en grève de la faim c’est simple on demande la liberté.”


« Ca fait trois jours que j’ai rien mangé, le policier m’a dit : ça n’a rien à voir avec la libération, tu vas à l’hôpital et tu reviens ici. J’ai dit tant pis… ça fais quatre jours que je mange pas, que de l’eau, de l’eau de l’eau. J’ai perdu 8 ou 10 kilo depuis le début, je suis très très maigre…

La police aussi a peur du virus, ils font rien pour nous. Ils sont pas des chefs, sont des stagiaires. Même la police ne se sent pas en sécurité, ils ont rien, ni masque ni rien. Même les infirmiers ont pas de masque, juste un médecin qui m’a donné un masque, avant hier.

À infirmerie, ils nous donnent que du Diazepam et du Valium. Que de ça. Moi je prends que du diazepam et de l’eau, je suis devenu très très maigre, je suis déshydraté…

Le ménage, de temps en temps. Le mec il a pas de masque, tout le monde qui travaille depuis l’extérieur n’a pas de masques ni de gants.
On a peur, c’est un virus mortel on le sait. Et on voit les pigeons qui meurent dans la cour. Même eux ils sont malades.

Pendant deux jours, tout le monde a rien mangé. Mais pas tout le monde a continué, ils ont peur de mourir. Il n’y a que trois ou quatre personnes qui ne mangent pas depuis quatre jours.

La bouffe, c’est de la bouffe périmée…

Il n’y a pas de vol, tout le monde ne peut pas rentrer… donc moi, je ne suis pas pourquoi je suis là. La date de l’avion est passée…

Il y a pas de visite, et s’il y a pas de visite, il n’y a pas d’argent et je peux pas payer le crédit pour parler avec ma famille. Je sais rien de ce qui se passe avec ma famille, avec ma femme et mon enfant, s’ils sont malades ou pas malades…

Avec les policiers, comment ça se passe ? Ils sont toujours agressifs avec vous ?

Pas tout le monde est agressif, mais si un est agressif, les autres suivent. Ils suivent les ordres…

Aucune personne parle de nous.
Ça fait une semaine, dix jours que les gens mangent le même… juste ils changent l’étiquette.

Une meuf, une policière m’a dit : si tu parles avec moi, tu dois respecter un mètre de distance, c’est la norme. Mais nous, entre nous les prisonniers, y a pas un mètre ! On fait comment ?

L’autre soir [pendant la grève de la faim], ils nous ont réveillé à trois heures du mat, pour nous casser les couilles, aucune raison a été donnée, juste comme ça.

Avant j’étais dans une chambre pour deux personnes, avec les toilettes et les douches. Maintenant ils m’ont changé d’étage, dans une chambre avec quatre personnes ! Les douches sont fermées, les chiottes bouchées… Les portes sont cassées, il fait froid et les pigeons peuvent rentrer jusque dans la chambre. »

À bas les CRA !
À bas l’enfermement !
Liberté pour tou.t.es !

«Ils ont endormis tout le monde en disant que le CRA était fermé !» / témoignage d’un prisonnier du CRA de Bordeaux (toujours ouvert!))

Malgré ce qui a pu être dit, le CRA de Bordeaux n’est plus vide, il y a actuellement 9 personnes (la 9e vient d’arriver à l’instant) et visiblement d’autres personnes vont y être enfermées dans les prochains jours (probablement des transferts depuis d’autres CRA ou des sortie de prison). Les retenus de Bordeaux ont en effet été libérés, mais la préfecture y enferme maintenant les retenus qui n’ont pas été libéré du CRA de Hendaye ou bien des anciens détenus des taules de Mont-de-Marsan ou de Pau. Le Juge des Liberté et de la Détention de Hendaye a refusé leur demande de mise en liberté, ils sont maintenant en attente pour certains d’un appel de cette décision, pour d’autres d’une nouvelle audience au tribunal de Bordeaux.

Dans ce CRA que la préfecture rempli avec les personnes qui sortent de taule, les conditions de vie sont encore plus pourries que d’habitude, et surtout la situation médicale, voici le témoignage d’un retenu :

« Ici, on vient tous du CRA de Hendaye ou de la maison d’arrêt de Mont-de-Marsan.

Le CRA c’est le désert en ce moment, la Cimade est pas là l’Offi non plus et l’équipe de nottoyage non plus. Les flics sont distants, quand on va à la bagagerie ils sont distants mais si il y a un danger laissez nous sortir ! Le chambre sont salles les toilettes et les douches c’est pire. Ils ont endormis tout le monde en disant que le CRA était fermé et par derrière ils ont rempli, c’est du foutage de gueule !

De présent sur place, il y a que l’équipe médicale. Mais il y a pas de consultation c’est que pour la disribution des médicaments de ceux qui ont des traitements. Sauf qu’ils viennent qu’une fois par jour donc t’es obligé de tout prendre d’un coup, à 16h30 pour toute la journée. Moi par exemple j’ai un traitement que je suis depuis des années que je dois prendre 3 fois par jour parce qu’il fait effet que pendant 8h. Eh ben le reste de la journée je suis trop dans le mal.. Il y a un gars qui a été opéré, le médecin lui a interdit l’eau du robinet pendant un temps mais ici ils donne pas plus d’une bouteille de 50cl sinon c’est robinet. Alors je lui donne le mienne parce que moi ca me dérange pas mais c’est pas normal quand même! Il y a un gars il a 70 ans il arrête pas de tousser il est allongé toute la journée et il a toujours pas de RDV avec le médecin.

Normalement le médecin vient cet après midi mais on sait pas. Il y a un autre gars qui est dans la chambre de celui qui tousse qui a voulu changer de chambre mais les flics ont dit que non parce que il y a de nouvelles personnes qui vont arriver demain.. »

“Je me sens bouillir à l’intérieur, comme si j’allais exploser”

Nous relayons ici le témoignage d’un retenu CRA du Mesnil-Amelot prisonnier depuis 45 jours.

Il entame aujourd’hui la deuxième moitiée de sa periode d’enfermement, sachant très bien dès maintenant qu’il ira jusqu’aux 90 jours devenus légaux et habituels depuis 2018 (loi Asile et Immigration).

A bas les CRA !

A bas l’enfermement !              

 

Je vais faire 90 jours, J’en suis à 42.

Je suis un peu… comment dirais-je… j’ai eu une longue peine, de 98 à.. jusqu’à là il y a 42 jours. Donc de 98 jusqu’à maintenant. Mon problème c’est de rester ici, je veux rentrer mais le consul maintenant il ne veut pas donner de laissez-passer. Bon j’ai une attache ici, j’ai un fils qui est grand, qui est marié. Ma seule attache c’est mon fils ici. Il me laissent pas rentrer et je sais que je vais rester ici. Et ces 3 mois c’est comme… Il s’est passé 22 ans et ces 3 mois là ils sont… c’est les plus durs. C’est les plus durs parce que ici c’est… qu’est ce que je peut dire… je sais pas, je peux pas vous la définir comme ça… c’est vraiment… Ça fait 42 jours que j’ai pas pu voir mon visage déjà. Il y a pas de glace, il y a rien du tout. Tout est dégueulasse, tout est… je sais pas, sale. Je sais pas vous définir.. Il faut toujours aller à la fouille pour quoi que ce soit. Pour se couper les ongles il faut aller à la fouille! on peut pas avoir de coupe ongle ici. Je sais pas vraiment c’est difficile d’expliquer, ça paraît pas grand chose là mais… je saurai pas dire exactement… Bref mon malheur c’est d’être dans un centre de rétention parce que moi je croyais rentrer à la sortie de prison mais non ils m’ont amené ici. Même là bas je crois que je serai en centre de rétention en Algérie. Mais je sais pas pour l’instant.

Après il y a les flics il y en a certains ça va mais il y en a certains c’est des vraiment nazis, pire que des nazis, aucun respect. c’est la façon dont ils parlent, la façon dont ils… il y a une altercation ici avec une surveillante, je l’ai mal pris et… c’est la façon dont ils nous appellent, je sais pas je décris pas je peux pas décrire ça c’est vraiment… certains ils sont corrects et certains ils sont… racistes. Il y en a qui… je peux pas vous décrire, des fois j’ai envie de crier, des fois j’ai envie d’hurler mais.. je m’abstiens, j’me dis non il faut pas euh… si j’me les mets à dos… Je reste toujours un peu à l’écart de tout le monde et comme ici il y a que des jeunes et moi je suis âgé, je suis obligé de m’éloigner.. Ils me gardent ici alors que je partirais pas et ils le savent déjà. Parfois le policier il me dit « tu vas aller à 90 toi, pas le choix ». On est là, c’est un camp de concentration ici. Je te raconte ça je me sens bouillir à l’intérieur, comme si j’allais exploser. Des fois on pense à des trucs, je peux même pas le dire ici.

C’est une double peine j’ai pas vu la liberté depuis.. j’ai vu que le fourgon de gendarmes qui m’a ramené ici. Je me servais pas du téléphone en prison. Que pour appeler mes petits enfants, la famille quoi, mais sinon rien. Et là je dois me servir d’un téléphone et j’ai un peu du mal à m’en servir, je connais pas, j’essaye d’apprendre.

Il m’a donné 28 jours je lui dit « mais vous êtes le juge vous avez les lois, vous avez des textes de lois normalement vous devriez pas me mettre dans un centre de rétention. Vous devez me mettre, à la limite, en résidence surveillée, ce que je veux c’est rentrer chez moi. » J’ai déchiré le papier, j’ai pas signé, je lui ai dit « non je ne reconnais pas ce jugement » Une semaine après encore il m’a envoyé pour passer au tribunal administratif. J’ai accepté d’y aller mais deux jours après j’ai reçu un document avec écrit « RADIÉ ». Qu’est ce que ça veut dire ça? j’ai demandé à une personne à la Cimade. On peut radier un cadre, un avocat du barreau, mais là radié qu’est ce que ça veut dire ? Après elle m’a expliqué, elle m’a dit « votre cas il est un peu spécial » et depuis j’attend. Il m’ont dit que je dois attendre pour repasser au tribunal, pour savoir sur quoi ils auront statué et… pour l’instant j’attends… La Cimade elle fait rien pour moi. Mais je crois qu’elle peut rien faire en fait.

[…]

ça a coupé

[…]

Mais ici les conditions… surtout les conditions des femmes. C’est pénible ici les conditions des femmes. On les voit parce qu’il y a que le grillage qui nous sépare des femmes. Alors quand on sort, prendre un café ou quoi que ce soit, on voit des femmes qui sont démunies, rien du tout, pas d’argent, rien du tout. Des femmes des fois dans des états catastrophiques, et ça me fait mal au cœur. Il y a des femmes qui ont même des enfants ici, d’autres qui sont séparées de leurs enfants. Quand je leur parle c’est émouvant de voir leur situation. Il y a beaucoup de femme d’Asie et surtout beaucoup de femmes d’Europe de l’Est. De temps en temps on discute, on s’offre des cafés à travers la grille. On peut pas toujours parler parce que elles parlent pas toujours français alors on baragouine. Elles sont géorgiennes parfois mais heureusement il y a des géorgiens ici qui parlent avec elles. Les enfants on les voit jamais, ils restent toujours dans leur centre. Mais il y en a une qui vient d’accoucher. Il y a 3 ou 4 jours qu’elle a accouché. Ils lui ont ramené le bébé hier.

Ici, les grèves de la faim c’est pas possible, vous allez manger, vous allez pas manger, ils s’en foutent. Moi je mange rien. Je suis pas allé au réfectoire, jamais, j’arrive pas à manger. C’est rare et difficile mais parfois des jeunes arrivent à passer la fouille pour rapporter un morceau de pain ou du fromage mais j’y arrive pas. Il faut se rendre compte : on peut rien apporter depuis le réfectoire. Je suis allé voir le médecin une fois il m’a dit « il y a rien mais on va vous faire voir le psychiatre. » « Mais j’ai pas besoin de voir un psychiatre! » Il m’a dit « ben oui! il pourra vous donner un petit cachet » Parce que ici tout le monde prends des cachets, tout le monde va à l’infirmerie. Si vous les voyiez on dirait des zombies. Des zombies. Des fois je parle avec eux, je leur dis mais pourquoi vous prenez ça il faut pas prendre ces cachets. Mais ici, si ils peuvent vous endormir, ils vous endorment. Pour pas vous entendre.

Après il y a les vol cachés, ils en ont pris un il y a deux jours je crois. Il y en a souvent. Nous on est un petit groupe au centre et un jour ils ont pris un de nous et c’était fini pour lui : vol caché. Ils l’ont emmené, vol caché. Ici on peut pas lutter collectivement ici. Des fois je parle aux autres et je leur dit qu’il faut lutter collectivement mais ça vient pas, on est trop divisés. Ou alors moi je suis souvent à l’écart et je sais pas. Des vols cachés il y en a plein… Il y a un gars qui a fait 90 jours et, ce jour là les flics ils ont décidé : l’heure à laquelle vous êtes arrivés au CRA sera l’heure à laquelle vous sortirez pour que ça fasse bien 90 jours. Il lui restait 5h pour qu’il puisse être libéré, eh ben ils l’ont saucissonné ils l’ont amené : vol caché.

Sinon il y a même pas une quinzaine de jours, ils ont expulsés 35 géorgiens. Il y a un avion qui est venu depuis la Géorgie avec la police géorgienne à l’intérieur. Ils en ont pris 4 d’ici et les autres depuis d’autres centres de rétention.

Faut tenir jusqu’au bout et même au bout il y a rien de sur. Mais bon on est obligés de tenir. Mais moi je fais fasse à ça. Pendant 22 ans ils m’ont pas détruit c’est pas maintenant que… Mais il y a de la pression ici, franchement j’ai été dans un milieu carcéral mais ici c’est.. des fois vous avez envie de sauter sur quelqu’un, de l’attraper à la gorge, mais je m’dis oh à quoi je pense là.. Et qu’est ce que tu veux faire ils sont en nombre dès qu’il y a une altercation ils sortent à 15 ou 20. on peut rien y faire.. pfff. Il faudrait que l’extérieur puisse voir des images d’ici…

Bon allez je vous souhaite une bonne soirée allez, ciao.

“Les yeux sont rouge, la bouche est ouverte” Témoignage du CRA1 de Vincennes du 16 décembre

“Les yeux sont rouge, la bouche est ouverte”

 
Un prisonnier est resté inconscient pendant plus de 14h entre la soirée du dimanche 16 décembre et le lendemain matin. Quatorze heures où les keufs n’ont rien fait sauf bloquer les pompiers.
Comme d’habitude ce sont les prisonniers qui se sont montré solidaire de celui qui était mal. Il aura fallu une visite de quelqu’un de sa famille, pour que les keufs de la police aux frontières qui gèrent la prison appelent les secours.
Puis une journée de galère pour ses proches pour savoir dans quel hôpital il était soigné. Finalement le prisonnier resté inconscient pendant plusieurs heures, est ramené le soir même de l’hôpital… dans le centre.
 
 
Du coup tu voulais raconter un peu comment ça c’est passé pour la personne qui était a l’hôpital hier soir ?
 
Voila… Comme le monsieur c’est un monsieur il est mauritanien mais moi je le connais pas trop il est venu y a moins de deux semaines. Il parle pas avec les gens donc il est tranquille quoi, ça veut pas dire que c’est une mauvaise personne. Mais à un moment donné ça fait trois jours je le vois pas j’avais pensé qu’il avait été libéré. 
A un moment hier  on me dit qu’il est couché donc qu’il est entrain de mourir. Je suis descendu je l’ai vu, les yeux sont ouvert,  la bouche ouverte, comment dirais-je ? Il fait même pas de mouvements donc il a passé tout le temps comme ça là. Après avec les amis on l’a ramené à l’accueil devant la police pour évacuer, pour appeler comment dirais je ? l’ambulance ou les pompiers. Mais bon… Ils ont dit qu’ils ont appelé les pompiers et que les pompiers ont dit qu’ils vontvenir dans 15 minutes. Mais dans 15 minutes ils sont pas arrivé, ni une heure ils ne sont pas venu.
Nous étions obligé de le prendre encore et de le faire retourner dans sa chambre encore. Donc on a passé toute la nuit jusqu’à 3h comme ça, donc chacun passe pour regarder si il vit ou si il vit pas. Donc c’est ça qui était l’obstacle hier ici, jusqu’à aujourd’hui le matin à 9h15 comme ça.
Moi j’ai écouté, ils ont appelé son nom en visite. Mais lui il peut même pas bouger, il parle même pas. Donc après j’ai vu les pompiers sont rentré, On la attaché avec au fauteuil roulant.  On l’a évacué vers quel hopital je sais pas on l’améné. On l’a évacué vers 9h 9h15.
 
Mais comme nous sommes tous des êtres humains si quelque choses lui arrive dans la nuit c’est pas bon. On l’amène à l’hopital dans une heure de temps ca va mais une heure …deux heures … toute la nuit jusqu’à 9h15.. on l’a amené. C’est ça que je connais là dedans. Je veux pas ajouter plus ni moins. Et puis y avait son compatriote lui il était tomber par terre parce que la manière qu’ils ont vu qu’il était mal.. bon tout le monde même moi ma tension elle a  monté j’ai commencé à pleurer. Mais bon tout cela c’est pour montrer que c’est notre frère, on a pitié de lui. Voila c’était ça.
 
C’est à quelle heures que vous l’avez trouvé inconscient ?
 
C’était entre 19h et 20h comme ça.
 
Donc ils ont mis plus de 14h a arriver les pompiers…
 
Oui. Oui jusqu’à 9h-9h15 comme ça, on l’a amené. Nous depuis 19h 20h comme ça nous étions avec lui a l’accueil de la police pour l’évacuer mais ils n’ont pas voulu. C’était ça en fait.
 
Ca c’est passé comment avec les policiers ?
 
Les policiers sont venu mais ne l’ont pas touché. Je sais pas si c’est pas leurs droit, nous nous étions a côté de lui on a fait tout pour lui. Mais les policiers ne l’ont pas touché ils ont appelé les pompiers Ils disaient que les pompiers vont venir dans 15 ou 20 minutes mais ils ne sont pas venu. Nous étions obligé de le faire rentrer dans sa chambre. Nous étions 5 ou 6 personnes et chacun va le regarder toutes les 30 ou 40 minutes. Jusqu’à 3h où tout le monde est partit dormir. Jusqu’à 9h15 quand les pompiers venu je l’ai regardé, il était pareil que quand on l’a laissé le soir.
 
Moi j’ai appelé les pompiers hier, et ils disaient que la police avait dit que c’était un malaise simulé… 
 
C’est quoi ça ? C’est quoi la simulation ? Eux même ils ont dit « Que non, Qu’ils savaient très bien. »  Nous on a fait le tensiomètre, on a regardé sa tension, le corps était souple. On a tout dit ça. Ca c’est pas vrai.
C’est quoi ça? Nous sommes tous plus de 18 ans, nous sommes des matures, nous sommes pas des bébés. On connaît l’état de notre individu. T’as compris? Voila donc c’était pas ça. Nous on a même pensé qu’il est mort. Ou si c’est le problème comme le diable chez nous, on a pensé tout ça mais il était malade vraiment. C’était pas la simulation, c’était pas ça quand même. Je veux pas parler mal les policiers, je veux pas parler mal envers le monsieur ou personne. je veux juste dire la vérité ce que je connais. Voilà .
C’était pas de la simulation, j’étais la bas, le monsieur peut pas se lever peut pas parler. Il a les yeux qui sont partit. Les yeux sont rouge, la bouche est ouverte. On a essayé de mettre de l’eau pour qu’il puisse boire un peu. On a mis l’eau dans sa bouche mais l’eau ne passe même pas. Nous étions obligé de de tourner sa tête pour verser l’eau sur des mouchoirs pour ne pas lui bloquer la respiration, par exemple si il respire avec la bouche. Voila. Mais ce n’est pas de la simulation quand même. C’est grave quand même !
 
C’est chaud qu’ils se permettent de mentir comme ça. Est ce que tu veux rajouter quelque chose d’autres ?
 
Bon moi j’ai pas d’autres trucs à rajouter seulement comme ça… Nous sommes dans la merde on a pas tué quelqu’un, moi je suis vendeur de cigarette j’ai été opéré. Comment dirais je ? on m’a donné un séjour de 6 mois, il est périmé et après on m’a envoyé un OQTF (Obligation de quitter le territoire français). Donc je travaille pas car les papiers qu’on m’avait donné c’était pour la maladie. On m’a pris on m’a mis ici. Donc j’ai rien fait. C’est ça qui nous étonne beaucoup. Y a des gens ici ils ont rien fait, ceux qui ont fait ça c’est autre chose. Nous sommes des être humains.
Moi j’ai la dette depuis 2017 a janvier 2019. 3000e que je devais à mon logeur. J’ai regardé d’une manière général comment survivre. J’ai commencé à vendre des cigarettes pour payer le loyer de mon logeur et ma nourriture.En faisant ca on m’a attrapé et ça fait un mois et quelques que je suis la.
Peut être qu’ils veulent que je vole ou attaquer les magasins ? Si je fais pas ça comme je peux vivre.
 
Faut bien que tous le monde puisse vivre !
 
Nous sommes pas des bandits, nous aimons le bonheur de la France pour tout le monde effectivement. On veut pas le malheur de la France, on nous considère aujourd’hui comme nous sommes le malheur de la France et ses ennemis. C’est le contraire ! Nous voulons les papiers avec autorisation de travail. 
 
Un deuxième prisonnier prends la parole:
 
Bonjour grand ca va bien ? On voulait, on est la au CRA1 centre de rétention de Vincennes ici là. On veut expliquer ce qui s’est passé hier ici. C’est la vérité.
 
Salut ! Ca te dérange si on relaye aussi ce que tu racontes ?
 
Pourquoi ca me dérangerait ?
Parce que je n’ai rien fait, je suis dans un endroit dangereux. Qu’est ce que j’ai peur ? Mets ça mon grand, j’ai pas peur. 
Dimanche on était tous dans le salon, on regardait le foot un truc comme ça . Et là un ami est venu nous voir. Tout le monde était dans le salon. Le gars il est encore vivant, lui n’est pas mourir. Il est tomber comme ça. Mais les policiers même ils veulent pas le toucher, ils veulent pas l’aider. Ils disent si nous on peut l’aider.Nous on prends lui on le ramène dans l’infirmerie. Déjà c’est pas notre travail à nous. Parce que c’est pas nous qui l’avons ramener ici. On l’a rencontré ici. On est de tel ou tel pays. On fait union ici, nous on est ensemble.
Nous on a beaucoup aidé lui, on a ramené les mouchoirs tout ça. Tout le monde est témoins de ça. De base eux il veut pas dire la vérité à vous. Ils vont dire autre quelque chose qui n’est pas clair.
 
Nous qui est la aussi ce que nous on peut expliquer c’est ça ! Ils l’ont pas touché, même si en une minute ils peuvent sauver sa vie. Si y a quelqu’un de fatigué comme ça tu le laisses et souffrir souffrir même si il doit sauver sa vie, il va mourir.  
Ici moi je voulais parler de ce qu’ils font avec les immigrés.Quand on te prends dans la rue on te dit « Nan c’est juste pour vérifier les papiers les documents tout ça. C’est rien. » Mais en fait c’est des problemes en vrai. Mais ils vont te ramener ici, ils te traitent comme un animal ou tu n’es plus vivant. Ils vont te traiter comme quelqu’un qui est animal. 
Y a plein de gens qui sont malade ici même mais ils vont pas ramener les gens à l’hopital. Ils mettent les gens malade contre les gens qui ne sont pas maladie. Tu vois ?
C’est pas normal tu connais lui il est malade déjà tu l’amène a l’hôpital. Quelqu’un qui est malade contre quelqu’un qui n’est pas malade, il est content même? La semaine passé. C’est pas qu’hier,. La semaine dernière y a un mec jsais pas si c’était un algérien. Il est tombé et il a commencé à vomir le sang. Il est tombé par terre boum ! Il n’est même pas partit à l’hôpital. 
 
A l’infirmerie ici dans le centre de rétention à Vincennes y a pas un bon docteur. T’es malade il va te donner que le dolipranne. C’est pas le dolipranne qui guérit le corps de quelqu’un. Quelqu’un de malade il doit voir le docteur, il doit l’ausculter, faire radio, faire l’autre chose. Ici quand qqlun tombe par terre, il le donne à l’infirmerie. C’est un policier civil mais eux ils dit tout le monde c’est une infirmerie. C’est pas une infirmerie c’est la police. Mais l’infirmerie ils te font pas une piqure ou une radio. Comment tu vas dire que c’est un docteur ça ? Moi aussi je peux faire. La vie de ma mère je peux faire.  Moi aussi je peux ouvrir une boite de dolipranne et la donner à tout le monde. Moi aussi je peux faire ca.
 Y a des gens qui sont forcés, avec des départs volontaires. Avec des avions cachés ils arrivent à 4 ou 5 personnes pour te forcer à partir sans prévenir que la semaine prochaine tu dois voyager. Tu peux dormir à 5h du matin eux ils te prennent comme ça . A 5h du matin ils te ramenent dans ton pays d’origine.
 
Les français maintenant ils ont l’air d’en avoir contre les africains. Maintenant arriver afrique ils disent qu’ils ont des droits la bas. Mais si les africains font ca contre les français la bas. 
Mais ils demandent pas les francais de titre de séjours, les français arrivent avec leurs documents de france. Ils font ce qu’ils veulent la bas.C’est le gouvernement de l’afrique qui ont pas suivi ce qui passe. Ils ont pas suivi.
 
Y a plein de gens ici ils dorment dans la rue. Les autres ils travaillent vraiment pour gagner leurs vies. Ils ont pas besoin des bagarres ou ils cherchent même pas les problèmes. Mais eux ils regardent pas ça. Moi avant de créer un problème avec eux je regarde la situation de la personne. Non moi je peux pas dire je peux pas le garder ou le soutenir dans la merde. Même quelqu’un qui a rien fait tu sais que c’est vrai qu’il a pas de document
Mais c’est quelqu’un qui cherche le document. Il a pas document, mais tu donnes le document. Si tu lui donnes le document mais tous les immigrés ne sont pas venu de l’Afrique avec les documents.
Tu viens immigrer ici tu cherches les documents. Mais si ils donnent pas les documents comment les immigrés ils vont chercher les documents ?
C’est nous qui construisons l’Afrique c’est pas eux. Ca va pas continuer comme ça. Ca peut pas. 
Si on est ami tu viens tout le temps chez moi mais tu aimes pas me voir chez toi. Comment on va dire qu’on est ami ? C’est pas possible. Et c’est les gouvernements à nous qui ont pas suivi.
Bon je laisse. Merci mon grand, respect à vous. Ce qui se passe ici la vérité, ils disent pas la vérité. Y a plein de gens qui sont malade, qui ont eu des crises cardiaques, des tensions qui montent tout le temps. On va pas tout dire, l’histoire de nourriture on va laisser à côté. Si y a de l’eau à boire déjà c’est bon. Mais tout lemonde peut pas tenir avec le pain sec et un sachet de mayonnaise. Il donne deux sachets, et un sachet de ketchup. Mais c’est pas la nourriture qu’on vient chercher.
On laisse ça a côté. Mais le probleme vraiment c’est comment ils traitent les gens.
Y a pas bon docteur ici. Tu tombes maladie tu vas mourir comme ça. L’infirmerie ici c’est des policiers, ils sont pas la pour aider les immigrés.
Tu pars demander renseignement sur l’association, eux ils disent ils connaissent rien du tout.
Ils disent pas la vérité, ils restent enfermé dans le bureau. Mais si tu connais rien pourquoi tu vas dans ton bureau ? Moi je suis désolé. Des fois le gars il vient avec les documents d’espagne, mais eux ils ramenent en Afrique. Tellement il est pervers. Il les ramene pas en territoire espagnol mais en territoire africain. Déjà c’est pas normal.
Merci beaucoup, y a quelqu’un qui doit rajouter quelque chose. Pour moi c’est bon.
 
Le troisième prends la parole :
 
Je crois ils ont tout dit tout ce qu’il se passait. Il a raconté l’histoire d’hier, il a raconté qu’est ce qui arrive ici en général. Ici ou en dehors de cette prison. Tout ce qu’on pense même nous.
 
 

A bas les médecins et les infirmiers collabos !

Le CRA est un des maillons le plus brutal du système de l’expulsion : isolement, harcèlement et menaces, sous-nutrition, attente et ennui, expulsion à tout moment.

Les médecins et les infirmiers collaborent activement au fonctionnement de ces prisons : ils refusent de filer les medocs aux prisonniers-ères qui en ont besoin, ils filent des calmants et similaires aux autres pour shooter les gens et pour essayer de pacifier la situation. On relaie ici le témoignage d’un prisonnier d’un CRA francilien, qui parle de tout ça.

Voilà pourquoi ce n’est jamais un accident si quelqu’un.e crève dans ces taules, comme c’était le cas de Mohamed, mort au CRA de Vincennes le 8 novembre. Le CRA, c’est une boucherie, une machine à tuer.

« Même moi j’ai fait la grève deux jours quand je suis arrivé, mais les policiers ils s’en foutent, et ya 2 mois ils ont fait la grève, les policiers ils les ont menacés de carrément plus donner les repas. Franchement j’ai tout fait pour sortir au jld (juge des libertés et de la détention), je sais pas ce que je fous là, j’ai toute ma famille ici.

Mais je suis allé à l’infirmerie, je leur ai demandé de me donner quelque chose parce que je fume et je voulais me calmer un peu et ils m’ont donné des choses super fortes, j’ai pris leurs cachets je me suis senti hyper mal… et des fois, je fais des crises, parce que j’ai des petits traumatismes de quand j’étais jeune, et l’infirmière, elle me dit que je fais semblant de faire des crises. Et maintenant je suis obligé de prendre ces cachets.

Hier j’ai arrêté de prendre les médicaments, j’étais trop mal, ils ont dit au médecin de descendre, il m’a même pas vu au final. L’autre fois, je suis même tombé sur la tête, ils ont du me ramener à l’hôpital. Des fois, je pète les plombs, on nous trop parle mal, parce que j’en peux plus, ils me ramènent l’infirmière, elle me menace, elle me dit on va te mettre en hôpital psychiatrique, on va te piquer. L’autre fois ils me ramènent au juge, ils m’avaient attaché les pieds, franchement, je vais en finir.

Les policiers ils boivent après ils nous poussent, ils nous insultent, jte jure ça empeste l’alcool. Moi je pète des plombs et après ils envoient des rapports à la préfecture. Pour ça, personne ne parle ils ont peur. »

Tout est fait pour désarmer les personnes qui se retrouvent à l’intérieur… détruites pour être plus facilement expulsable. A l’intérieur, il ne reste plus que le rapport de force direct pour tenter de ne pas complètement se faire bouffer. A l’extérieur, nous devons créer et renforcer la solidarité réelle, qui parte de la parole et des luttes des prisonniers-ères pour entraver et détruire, avec tous les moyens, la machine à expulser.

Pour ça, une assemblée contre les CRA se réunit chaque mercredi à 18h, au CICP (21ter rue Voltaire).