“Après quelques jours, tout le monde est parti et j’étais toute seule ». Témoignage d’une prisonnière de Oissel

La crise sanitaire, trop peu anticipée, dans les lieux de rétention, a isolé plus encore les prisonnier·es des prisons pour étranger·es. Les règles sanitaires ne sont pas appliquées et l’accès au soin est rendu plus difficile encore. Ici, à nouveau, les femmes trinquent particulièrement : saleté, rareté de la bouffe, peur de la police, manque d’informations et impossible accès au droit. G. raconte :

« Je vous parle ce soir des Pays-Bas où j’ai été renvoyée avant-hier.
Quand je suis sortie de détention de la prison de Rennes, la PAF
m’attendait pour me renvoyer aux Pays-Bas parce que j’ai la nationalité ici. Mais sur la route de l’aéroport, il y a eu un problème de radiateur dans la voiture. Et du coup, j’ai perdu mon vol.
On était presque arrivé à l’aéroport. Donc ils m’ont emmené au centre de rétention de Oissel. C’était lundi ou mardi. Je devais aller au tribunal mais avec le virus du Corona c’était plus possible. Mon avocate m’a dit que si j’avais une adresse, je pourrai rester en France, il y avait des gens qui pouvaient m’accueillir à Paris et que je pouvais rester là. Je
connaissais personne ici donc j’avais que ça.
A la prison de Rennes, le coronavirus on en parlait pas. Ils disaient que le virus n’était pas arrivé, donc il n’y avait pas de protection, de mesures d’hygiène, ils disaient que c’était pas grève. On entendait au journal mais rien de plus.
Quand je suis arrivée au CRA de Oissel le 14 mars, il n’y avait rien. Et j’ai entendu à la télévision qu’il y avait la crise à partir du 16 mars et qu’on avait plus le droit d’être dans la rue et tout. Mais au CRA il n’y avait pas de protection.
Là bas les hommes sont plus protégés que les femmes. Il n’y a rien ni masques ni rien. Eux ils n’ont pas le droit de manger à plus de quatre à table. Nous même quand on sort ils nous protègent même pas. Et la police, ils nous touchent sans gants, sans rien, sans masques, ni des choses comme ça.
Quand je suis arrivée, il y avait quelques femmes. Dont une qui venait aussi de la prison. Quand arrive le jour de la libération, ils venaient nous chercher en prison. Une autre femme libérée, elle avait été emmenée à Oissel aussi. On était libérées de Rennes et la PAF nous amenait là.
La PAF c’était que des hommes. Ou quasi.
C’était très sale. Dans les chambres, ils ne passent que le balai et
c’est hyper sale parce qu’ils ne le font pas bien. Et moi, avec une
Espagnole qui était aussi enfermée, je leur ai demandé un balai et ils n’ont pas voulu nous le donner. Le lendemain, personne n’est venu faire le ménage et mon ami a insisté pour qu’ils nous donnent du matériel pour nettoyer. Nous avons nettoyé le petit coin fumeur qui était très très sale. Nous avons déplacé la machine à café et il y avait du café qui était déjà sec. Ils ne nettoient même pas les tables ou les chaises pour que nous puissions nous asseoir. Nous n’avons pas le droit d’avoir du
matériel de nettoyage
On était 7 femmes. Après quelques jours, tout le monde est parti et j’étais toute seule. Je ne sais pas pourquoi je n’étais pas libérée, mais sans doute parce que je viens des Pays-Bas.
Après quelques jours, j’étais toute seule au centre de rétention.
C’était vraiment bizarre. Ça n’allait pas mais je ne savais pas quoifaire. Et les associations n’étaient plus là. Il y a une femme qui m’aappelé une et deux fois. Et on a essayé de les appeler. Parfois la PAFvenait me voir, savoir comment j’allais, jouer avec moi. Ils faisaientdes commentaires.
Les derniers jours, ils m’ont donné des boîtes de conserves pour le repas.J’avais peur le soir. Il n’y avait que des hommes. Ils jouent beaucoup,
ils faisaient des commentaires pas propres. J’avais peur des policiers. La nuit, j’avais très peur, je me disais que j’étais toute seule et que les hommes pouvaient me faire ce qu’ils voulaient, me violer ou quoi.
Au moins en prison, il y avait des activités, du travail, des gens qui étaient là depuis longtemps et qui ont l’habitude. Là au centre de rétention, il n’y a rien, tu dois juste attendre. Attendre et rien faire.
Je connaissais pas mes droits. J’ai eu une avocate, ils m’ont donné un nom. J’ai vu une juge sur visioconférence à cause du coronavirus.
Un jour j’étais endormie et ils m’ont réveillé pour me dire « tu pars maintenant, tu as un vol ». J’y croyais pas, j’ai pas vu de juge, et là je dois partir là comme dans cinq minutes. Ils ne m’ont pas prévenue à l’avance. Je leur demande pourquoi ils ne m’ont pas dit avant. Ils m’ont dit qu’il n’y avait pas le droit. »

 

Les prisonniers de la section homme de Oissel ont sortit un communiqué sur la situation au CRA le 26 mars.

Un résumé de la situation dans les centres de rétentions qui date du 22 mars est disponible pour celles et ceux qui voudraient plus d’informations.

En ce moment encore plus que d’habitude, vous pouvez appeler les cabines des CRA pour témoigner de votre solidarité. Si vous ne l’avez jamais fait et que vous vous demandez quoi dire, voilà quelques idées.