Madrid et Rome – Communiqué et mise à jour sur les CIE/CPR

On traduit et on relaie deux textes parus sur hurriya.noblogs.org sur la situation dans les prisons pour sans papiers en Espagne et en Italie

  • COMMUNIQUE DES PRISONNIERS DU CRA DE ALUCHE, MADRID

Voici le communiqué qui nous ont fait parvenir les rétenus du CIE de Aluche, Madrid, après la révolte du 17 mars.
Ne les laissons pas seuls, soyons solidaires avec eux !
Feux aux CIE !*

*Centro de Internamiento de Extranjeros

Aux juges, à la presse, aux journalistes, aux citoyen.ne.s de Madrid, par la présente nous vous informons de notre situation actuelle, aujourd’hui 17 mars 2020, dans un moment de pandémie mondiale.
Notre état de santé est en grand danger, parce qu’il y a beaucoup de détenus avec des symptômes de cette pandémie qu’on appelle Coronavirus. On est à risque, 145 prisonniers, et nous voulons souligner les points suivants :
1. La nourriture qu’on nous donne est préparée par des personnes qui rentrent chez eux comme si de rien n’était et qui reviennent dans cette structure, et donc qui nous exposent au Coronavirus. Si les bar, les resto sont fermés, pourquoi nous, qui sommes emprisonnés pour une raison administrative, nous devons nous exposer à ce risque ? Nous demandons le droit à l’égalité.
2. Il y a une pandémie et les policiers qui nous surveillent exercent leurs fonctions et changements d’équipes comme si de rien n’était, en rentrant tous les jours chez eux, et donc ils peuvent nous infecter.
3. Il y a un médecin qui nous a traité avec des antidouleurs mais beaucoup d’entre nous présentent des symptômes de cette maladie et nous n’avons pas été testés pour savoir si on a été contaminés.
4. De plus, le médecin rentre aussi chez lui comme si tout était normal, les infirmières aussi. Nous ne savons pas s’il ou elles travaillent dans d’autres institutions et le risque augmente davantage.
5. Nous demandons de l’aide immédiatement parce qu’on est des êtres humains et on nous traite comme des animaux.
6. On joint à ce communiqué les signatures de tous les détenus.
7. À partir de maintenant nous nous mettons en grève de la faim.

Voici une vidéo qui circule sur la lutte dans le CIE :

 

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  • NOUVELLES DEPUIS LE CPR DE PONTE GALERIA, ROME

Depuis l’intérieur on nous fait savoir que pour l’instant il n’y a pas de révoltes, les copines se sont confinées dans leurs chambres parce qu’elles ont peur d’être contaminées à cause du virus. Par contre elles nous racontent qu’il y a deux jours une femme tunisienne a avalé de la javel et elle a été amenée à l’hôpital. Elle n’est pas encore revenue au centre, on n’a pas de nouvelles d’elle.  Après cette histoire le Directeur du centre s’est adressé aux prisonnières, qui lui ont demandé des meilleures conditions de vie (nourriture, soins) et qui ont exprimé leurs craintes par rapport à la contagion, mais à ce qu’il paraît le Directeur a fait le sourd et il est parti en leur disant juste « je suis désolé ».
Il paraît que ces derniers jours aucune nouvelle personne est arrivée au centre, cependant on nous dit que hier deux hommes ont été amenés au centre, mais on n’a pas eu de nouvelles du bâtiment des hommes.
Par d’autres sources, on sait qu’il y a 30 femmes à l’intérieur du CPR, de différentes nationalités, dont 10 qui viennent du Maroc et de la Tunisie. Les entrées dans le CPR sont fermées pour l’instant, mais cependant on continue à donner des laissez-passer.
Ni les associations ni les avocats peuvent entre à Ponte Galeria. Les seuls qui sont autorisés à le faire sont la « communauté de Saint Egidio » ; les copines par contre nous disent que jusqu’à présent elles ont vu personne.

« Il reste des gens, […] et tous, ils viennent de prison » Des nouvelles de la situation a la prison de Oissel

A la fin de la semaine dernière, pas mal de pays ont annoncé la fermeture de leurs frontières avec la France et la fin des liaisons aériennes – et donc des expulsions vers ces pays : Maroc, Tunisie, Algérie, Italie, etc. Les mesures de confinement annoncées en début de semaine pour l’extérieur ont un effet décuplé dans les taules et les prisons pour étrangers, empêchant tout contact avec l’extérieur, tout contact humain – sinon avec des matons ou des keufs de la PAF (police aux frontières). Les parloirs sont supprimés pour « au moins deux semaines », l’association présente dans le CRA ne vient plus, le greffe refuse de recevoir les prisonnier.e.s et l’OFFI, qui vend ordinairement clopes, gâteaux et recharges, ne vient quasiment plus non plus. A tout ça se rajoute la peur du virus, dans un espace où les prisonnier.e.s ne peuvent pas s’isoler les un.e.s des autres.

Ce vendredi 20 mars en début d’après-midi, il restait une prisonnière dans la section Femmes et huit prisonniers – tous des sortants de prisons – côté hommes. Les huit gars passent en appel demain.

Pour rappel, cette prison pour étranger.e.s est à Oissel, à 20 km de Rouen, dans une école de police au beau milieu d’une forêt, à 4 km de la gare sans transports en commun. Là-bas les violences policières sont quotidiennes, et particulièrement au mitard. Une grève de la faim de tout le bâtiment homme avait commencé  le 22 janvier pour exiger l’arrêt des violences au mitard . Nous publions ici les témoignages de prisonniers encore enfermés dans le centre.

Lien vers le communiqué du 22 janvier:

https://abaslescra.noblogs.org/communique-des-prisonniers-de-oissel-en-lutte/

Ce vendredi 20 mars quand nous publions ce témoignage il restait 6 prisonniers enfermés à Oissel, et une prisonnière. Les deux prisonniers qui ont témoignés ont été libérés dans la journée.

Oissel, le 20 mars 2020

« On reste des humains. On était 50 ici. Tout le monde a été libéré. Il reste que 8 personnes. Les 8 personnes sont passées hier chez le juge : le juge nous a libérés, c’est le procureur qui nous dit non.

Moi, j’ai peur d’être malade, ici. La préfecture fait n’importe quoi. Hier j’ai pris ma feuille de libération, le juge m’a dit : « Attends le procureur. » J’attends 4 heures. A 9 heures de la nuit, on nous dit : « Non, le procureur fait appel. T’as 48 heures pour faire appel. »

Même pour rentrer dans nos pays, on fait comment ? C’est fermé !

Normalement on reste pas ici autant de temps. Moi je meurs ici. Y a pas de nettoyage. La femme de nettoyage rentre pas dans les chambres. La promenade est fermée. La nourriture est pas bonne.

Un deuxième:

“L’OFFI, c’est fermé. Ils viennent que le matin pendant une heure. Même France terre d’asile, ils parlent par téléphone. Ils appellent sur la cabine, ils demandent les infos… mais ca fait deux semaines qu’on les voit pas. Interdits de parloir, interdits de visite… Même des cigarettes, on en a pas. L’Offi vient que le matin, quand on dort tous. Parce que la nuit ici, on dort pas ; on stresse un peu. Même le médecin, c’est fermé. On m’a dit pour ma radio : « Attends demain.» Mais demain, je sais pas, moi.

Ils sont avec nous comme des chiens. On a besoin de solutions.

Ici, quand on parle, on nous frappe et on nous jette à l’isolement.

Aujourd’hui, ils ont libéré deux personnes, c’est tout. Il reste des gens de plein de pays et c’est tout ; et tous, ils viennent de prison. »

«Ils ont endormis tout le monde en disant que le CRA était fermé !» / témoignage d’un prisonnier du CRA de Bordeaux (toujours ouvert!))

Malgré ce qui a pu être dit, le CRA de Bordeaux n’est plus vide, il y a actuellement 9 personnes (la 9e vient d’arriver à l’instant) et visiblement d’autres personnes vont y être enfermées dans les prochains jours (probablement des transferts depuis d’autres CRA ou des sortie de prison). Les retenus de Bordeaux ont en effet été libérés, mais la préfecture y enferme maintenant les retenus qui n’ont pas été libéré du CRA de Hendaye ou bien des anciens détenus des taules de Mont-de-Marsan ou de Pau. Le Juge des Liberté et de la Détention de Hendaye a refusé leur demande de mise en liberté, ils sont maintenant en attente pour certains d’un appel de cette décision, pour d’autres d’une nouvelle audience au tribunal de Bordeaux.

Dans ce CRA que la préfecture rempli avec les personnes qui sortent de taule, les conditions de vie sont encore plus pourries que d’habitude, et surtout la situation médicale, voici le témoignage d’un retenu :

« Ici, on vient tous du CRA de Hendaye ou de la maison d’arrêt de Mont-de-Marsan.

Le CRA c’est le désert en ce moment, la Cimade est pas là l’Offi non plus et l’équipe de nottoyage non plus. Les flics sont distants, quand on va à la bagagerie ils sont distants mais si il y a un danger laissez nous sortir ! Le chambre sont salles les toilettes et les douches c’est pire. Ils ont endormis tout le monde en disant que le CRA était fermé et par derrière ils ont rempli, c’est du foutage de gueule !

De présent sur place, il y a que l’équipe médicale. Mais il y a pas de consultation c’est que pour la disribution des médicaments de ceux qui ont des traitements. Sauf qu’ils viennent qu’une fois par jour donc t’es obligé de tout prendre d’un coup, à 16h30 pour toute la journée. Moi par exemple j’ai un traitement que je suis depuis des années que je dois prendre 3 fois par jour parce qu’il fait effet que pendant 8h. Eh ben le reste de la journée je suis trop dans le mal.. Il y a un gars qui a été opéré, le médecin lui a interdit l’eau du robinet pendant un temps mais ici ils donne pas plus d’une bouteille de 50cl sinon c’est robinet. Alors je lui donne le mienne parce que moi ca me dérange pas mais c’est pas normal quand même! Il y a un gars il a 70 ans il arrête pas de tousser il est allongé toute la journée et il a toujours pas de RDV avec le médecin.

Normalement le médecin vient cet après midi mais on sait pas. Il y a un autre gars qui est dans la chambre de celui qui tousse qui a voulu changer de chambre mais les flics ont dit que non parce que il y a de nouvelles personnes qui vont arriver demain.. »

Au CRA de Vincennes, les prisonniers sont encore plus isolés et encore moins en sécurité

Meme si plusieurs dizaines de prisonniers ont été libérés depuis lundi pour éviter l’explosion de l’épidemie dans le centre, au moins 60 personnes sont encore enfermées dans le CRA de Vincennes. Les conditions d’hygiène et de soin restent dégueulasses et dangereuses pour les prisonniers, et en plus ils sont complètement isolés de leurs proches et de leurs familles.

Les problèmes de santé et de soin à Vincennes ne naissent pas avec le coronavirus, mais avec le CRA meme. Le refus de soin, des prisonniers malades ou blessés qui sont laissés dans leur cellule ou mis en isolement, la pratique courante de cachetonner les prisonniers pour les shooter et tenter de pacifier la situation… les violences policières et médicales sont quotidiennes dans les CRA, et les infirmiers-ères et les médecins collaborent activement avec les keufs pour le maintien de l’ordre dans la prison pour sans-papiers, pour que les prisonniers ne se révoltent pas.

Peu importe si un.e prisonnier-ère est malade, blessé, s’il/elle a de la souffrance psy, s’il/elle a été tabassé par les keufs : il/elle reste enfermé et risque toujours la déportation. Bien avant le coronavirus, etre enfermé dans le CRA signifie risquer de crever. Le risque devient souvent réalité, comme pour Mohamed, mort à Vincennes en novembre 2019.

Aujourd’hui, après la lutte menée par les prisonniers entre dimanche et lundi, la situation reste horrible. Des prisonniers de Vincennes nous ont fait parvenir une liste de problèmes que la préfecture et les keufs refusent de résoudre, qui augmentent le risque pour les détenus et rendent leur enfermement encore plus insupportable.

1 /On n’a pas de masque/

2 /Il faut du savon et des désinfectants./

3 /Les contacts entre personnes ne sont pas respectés : il n’y a pas un mètre entre les personnes./

4 /On a aucune consigne des responsables du centre./

5 /Il y a encore eu des arrivées de nouveaux hier. /

6 /Il y a des personnes qui sont malades dans le centre : il n’y a pas l’infirmier, il vient seulement à 9h et à 15h. Normalement il doit être là 24h/24H et il n’y a plus de médecin, c’est seulement s’il y a quelque
chose de très grave./

7 /Les personnels d’entreprise privée ne rentrent plus sur le site : plus d’alimentation, plus de boissons, les distributeurs ne fonctionnent plus.

8 /Les visites sont arrêtées. Il n’y a plus de possibilité de recevoir de colis de famille, ni de vêtements. /

9 /Les personnes ne sont plus présentées au tribunal, qui est fermé.

10 /Il y a de la viande périmée, des repas périmés car le camion qui ramène la nourriture ne vient pas, on mange juste ce qui restait au congélateur et c’est périmé. /

11 /les gens n’ont plus de visite donc plus d’argent donc plus de possibilité d’acheter des cartes pour les appeler : on ne sait pas si nos familles sont mortes ou vivantes, si elles vont bien. /

12 /Il y a des personnes qui ont des problèmes psy ici. Certains ici sont infectés : une personne ici par exemple a une hépatite B chronique avec un traitement, un autre à un problème de cœur. Rien n’est fait. /


Certains CRA sont en train de se vider : c’est bien. Mais ils ne se vident pas complètement, et pour les prisonniers qui sont à l’intérieur, c’est encore plus la merde : il est important de rester solidaires depuis l’extérieur, de continuer à relayer leurs paroles et leurs communiqués, de soutenir les luttes qui ne cessent pas dans les prisons pour sans-papiers.

Jusqu’à quand du dernier CRA il ne restera qu’un tas de ruines.

Grève de la faim et foutage de gueule : paroles de l’intérieur du CRA de Vincennes

Pendant que les prisonniers-ères d’autres CRA se mobilisaient pour dénoncer les conditions de merde dans lesquelles ils et elles sont enfermé.e.s, contre les mesures liées au coronavirus, et pour obtenir la libération immédiate de tout le monde, au CRA de Vincennes aussi une grève de la faim très suivie a été lancée dans le batiment 1 hier lundi 16 mars.

Les tensions avec les flics ne sont pas manquées. Pour calmer les gens, les keufs ont commencé à raconter que tout le monde allait etre libéré hier soir. Après qu’une quinzaine de personnes ont été effectivement libérées, les autres se retrouvent toujours bloqués là-bas. Très peu de gens sortent actuellement, surtout ceux et celles qui passent devant un tribunal (mais pas tout le temps) ou qui ont un.e avocat.e. T’es pas seulement sans-pap, mais aussi trop pauvre pour payer un.e avocat.e ? Virus ou pas virus, tu dois rester dans cette prison.

La colère monte partout dans les CRA, qui dévoilent leur visage : ce sont tout simplement des taules pour sans-papiers. Meme si l’Etat ne peut pas les expulser (à cause du virus, ou bien pour les résistances individuelles et collectives), les personnes qui n’ont pas les bons papiers doivent rester enfermés, et tant pis s’ils crèvent de ça.

Les CRA tuent !

Libération immédiate de tou.te.s les prisonniers-ères !

« Aujourd’hui (16 mars) ils ont libéré plusieurs dizaines de personnes, les autres ils nous traitent comme des animaux, on a mangé de la purée avec du fromage. Il y a certains parmi nous, ils ont fait six ans, dix ans ici, ils ont des enfants, ils ont des femmes. On peut pas rester ici, on respecte les lois. Là on veut pas ramener ça chez nous. On a envie d’essayer de comprendre ce qui se passe. Là je vais te passer mon collègue il va te raconter.»

« Aujourd’hui on a fait grève de la faim. On a envoyé un rapport qui dit avant de 20h vous devez nous répondre. On a fait toute la journée sans manger. Tout le bâtiment. La police ils respectent pas les mesures. Il y a une association dans le cra, eux ils sont pas venus dans le centre depuis ce matin. Ils ont fermé. L’infirmerie aussi on les a pas vu toute la journée. Il y des cas ici, il y a une crise, nous on peut pas rester ici. Il y a certaines ici qui tombent malades, ils vont rien faire. Ils ont pas de masques, rien. Nous on peut pas rester ici, on peut pas. Attends, je vais te passer quelqu’un.

« Oui bonjour, ça va ? Monsieur, on est en train de peter un plomb. Les gens craquent, on veut se manifester pacifiquement, on veut pas de problèmes, on sait qu’on est dans une école de police, il y a la police à côté, on veut pas se manifester avec eux, on veut pas s’embrouiller, on peut rien faire contre eux. Ils veulent pas nous ramener des gens qui tiennent pour parler avec eux, on comprend rien du tout, ce qu’on nous dit c’est injuste, parce qu’ils prennent les décisions, c’est injuste, et puis les aéroports ils sont fermés, ils peuvent pas nous libérer, on peut pas rentrer dans notre pays, notre pays est fermé. Pourquoi on est là ? On est là pour être expulsés. Si on va pas être expulsés pourquoi ils nous lâchent pas ? On comprend pas là. Cet après midi et le matin on a pas mangé à la cantine, rien, et là on a attendu la réponse de 20h, on voulait attendre le discours de Macron, et là qu’est-ce qu’il a dit, il a dit que c’est bon, il y a personne qui va sortir de l’Europe. Je sais pas, maintenant pourquoi ils libèrent pas ? On sait qu’il y a des centres où ils ont libérés. Merci de votre soutien. Moi ça fait 15 ans que je suis en France, on a nos attaches ici, on a des enfants, on a de la famille. »

“Ils jouent avec nous, on va mourir ici” : témoignage d’un prisonnier du CRA de Mesnil Amelot

C’est toujours très chaud dans les CRA : meme si certain.e.s prisonniers-ères ont été libéré.e.s depuis hier, la majorité reste renfermée dans des conditions qui étaient dégueulasses bien avant le virus. Comme si la situation n’était déjà pas assez grave, les keufs continuent de provoquer les prisonniers-ères, font circuler des rumeurs, font péter des cables.

Alors que les luttes dans plusieurs CRA continuent, un copain prisonnier raconte comment ça se passe au CRA de Mesnil-Amelot.

Il n’y a pas d’autre solution : libération immédiate de toutes et tous les prisonniers-ères, fermeture et disparition des CRA maintenant !

 

« On va pas bien, on n’a pas de solution. On n’a pas de masques, quand tu parles à la police ils restent à dix mètres de nous, ils disent parce que « ça se trouve vous avez le corona », ils ont peur, ils restent très loin de nous, pour nous parler, mais pourquoi ?

Tu sais hier soir le président Emmanuel Macron à 20h il a dit que tout le monde doit rester confiné, mais on peut pas ici, on est beaucoup, on est genre 120 personnes. Et le ménage, tu sais, depuis hier et aujourd’hui aussi, ils ont pas fait le ménage, et la Cimade, ils ont fermé, donc si je veux quelque chose la police me dit « Attend, après ». On est 20 dans ce bâtiment, il y a en 20 dans l’autre et 40 dans un autre encore, et il y a des femmes aussi.

Le président a dit à 12h personne doit rester dans les rues, comment peuvent les familles venir nous voir ? Ça n’a pas de sens non ? On doit trouver une solution. La police a dit hier que plusieurs personnes étaient libérés par la préfecture, pourquoi ? Pourquoi nous on reste ici ? On doit partir aussi ! On n’a pas mangé depuis hier, depuis deux jours.

On est en danger, on n’a pas de masques, on n’a rien, on est en train de mourir ici, on est déjà morts. Si on sort, chacun va rentrer chez soi, mais ici il y a tellement de monde, ça n’a pas de sens. La police, ils ont peur pour eux mêmes, mais ils devraient avoir peur pour nous aussi.

On l’a dit à la police, tous les jours, on a besoin de masques, on doit nettoyer les chambres, on le fera nous mêmes, donnez nous le matériel et on va nettoyer. Vous devez dire aux gens de nous envoyer une caméra, pour filmer ce qui se passe ici. C’est déjà assez compliqué, on a besoin d’une solution, maintenant.

La préfecture peut tout faire, elle a le pouvoir de nous libérer. La police, ils sont racistes. Tu sais ce qui s’est passé, on voulait aller aux machines pour manger un gâteau, le policier a dit non, « on vous donne trois repas par jour », je lui ai dit « tu me donnes pas d’ordres, ta bouffe n’est pas saine, on veut aller à la machine, c’est mon droit », il m’a dit « mangez vous entre vous », et il m’a dit d’attendre trois heures. Ils jouent avec nous, on va mourir ici ».

“Vraiment on nous a oublié ici” / Communiqué de grève de la faim des retenus Mesnil-Amelot

Alors que beaucoup de pays refusent les avions venus de France, que la Cimade et les personnels de nettoyage ne sont plus dans les centres, que certains JLD n’ont pas lieu, que l’infirmerie et les médecins continuent de mépriser les retenu.es, aujourd’hui pleins de luttes ont lieu dans plein de CRA en France (au moins Vincennes, Mesnil-Amelot, Lyon, Lesquin).

Les prisonnier.es sont en grève de le faim depuis hier soir ou ce matin. dans certains centres il y a aussi eu des départs de feu, des évasions collectives, des blocages et bordel en tous genres. Alors que dans certains centres il y a des libérations (Palaiseau) dans d’autres, les préfectures continuent d’expulser vers les quelques destination où il y a encore des vols, voire même d’enfermer de nouvelles personnes (Mesnil-Amelot encore ce matin)

Voici le communiqué écrit par les retenus du CRA 3 de Mesnil-Amelot en grève de la faim depuis hier soir :

 

Nous sommes retenus du CRA de Mesnil-Amelot au CRA 3. Là on est en grève de la faim, on mange pas. Le CRA 2 est aussi en grève de la faim, le CRA 1 de Vincennes aussi et le CRA de Lyon et celui de Lille il paraît.

Il y a rien ici il y a que la police qui nous enferme. Avec le virus pas de visite au médecin, il s’en fout, et les policiers trainent dans les couloirs sans masque. Aujourd’hui on a parlé avec le chef du CRA, il a dit on s’en fout faites ce que vous voulez. Maintenant il y a les CRS devant le centre.

La plupart des aéroports ferment, les avions sont coupés, pourquoi on est encore là ? On est comme des animaux on enfermés comme en prison sans qu’ils nous expulsent et sans n’avoir rien commis, et ca pendant 3 mois. Il reste que quelques pays avec des avions et ils continuent d’expulser. Il paraît que il y a des CRA ou des gens ont été libérés, mais nous on sais pas on est toujours enfermés et en plus ils ramènent encore des nouveaux prisonniers, aujourd’hui même, c’est pas normal. Au réfectoire on était à 50 personnes dans la même salle.

La Cimade et l’offi c’est fermé donc nous on est au courant de rien. Pas non plus de nettoyage, si ca continue on va faire nous même mais sans produits ou protection.

Vraiment on nous a oublié ici, avec le virus l’état pense à autre chose, le préfet nous a oublié.

Besoin de mobilisation au maximum pour la liberté pour tout.e.s.

« On préfére mourir de faim que de cette merde ! » Communiqué des prisonniers du centre de rétention de Lille-Lesquin du 15 mars

“« On préfére mourir de faim que de cette merde ! »

le 15/03/2020 Infos depuis le Centre de Rétention Administratif (CRA) de Lesquin.
Vendredi, le 13/03/2020, nous avons appris qu’au moins un cas de coronavirus a été confirmé au sein du CRA. Si la personne a été évacuée, aucune mesure n’a été prise pour notre sécurité vis-à-vis de l’épidémie.
Les policiers de la Police aux Frontiéres (PAF) ont des gants et des masques, et nous, rien.
Nous avons donc décidé d’arréter de fréquenter Ies espaces collectifs du centre de rétention, afin de nous protéger, ce qui implique le réfectoire. Nous ne mangeons donc plus depuis maintenant trois jours pour beaucoup d’entre nous.
Autres conséquences :
– l’association, présente habituellement pour nous aider à faire valoir nos droits, est absente. Comment nous défendre et nous informer ?
– les visites de nos proches et soutiens sont également interdites renforqant notre isolement.
– de nombreuses audiences du juge des libertés et de Ia détention sont reportées, or c’est à l’occasion de ces audiences que nous pouvons étre Iibérés. Et nous ne pouvons pas rester enfermés sans autorisation dujuge.
– la plupart des liaisons internationales en avion (et notamment vers I’ltalie, le Maroc) sont annulées. Si dans tous les cas nous ne pouvons pas étre expulsés à quoi bon nous garder ?

Pour notre survie et le respect de nos droits, nous exigeons la liberté immédiate de toutes les personnes enfermées au CRA de Lesquin et dans tous les centres de rétention !
Face à I’isolement et l’inquiétude dans lesquels nous sommes, nous souhaitons faire entendre nos voix via la diffusion de ce message. Faites — tourner !
Vous pouvez aussi nous appeler sur les numéros de cabine du CRA pour prendre de nos nouvelles, faire sortir nos messages.
Hall : 03.20.44.74.13 Zone A : 03.20.32.76.20 Zone B : 03.20.32.70.53 Zone C : 03.20.32.75.31 “

 

STOP AUX EXPULSIONS. FERMETURE DE TOUS LES CENTRES DE DÉTENTION, MAINTENANT !

LIBERTÉ POUR TOU.TE.S ! MAISON POUR TOU.TE.S !

“De toute façon le résultat pour nous c’est la misère” Communiqué de prisonnier du CRA2 du Mesnil-Amelot

Depuis ce midi quasiment tous les prisonniers et prisonnières du centre de rétention de Mesnil-Amelot (240 prisonnièr.e.s) sont en grève de la faim pour exiger leurs libérations suite aux rumeurs de confinement qui tourne un peu partout.

Dans le même temps une grève de la faim a lieu au CRA1 de la prison de Vincennes, de Lille Lesquin et et Lyon (voir des temoignages de prisonnier de ce CRA).

Hier une centaine de prisonniers du centre pénitentier de Metz ont bloqué quatre promenades pour protester contre les mesures liés aux coronavirus.

“On est en grève de la faim depuis ce midi dans tout le centre de rétention de Mesnil-Amelot.

On mange pas à cause du virus et de tout ça:

-La fermeture de l’OFFI: y a pas de clopes, y a pas de recharges téléphoniques tout ce qui s’achète, tout ce qui est à demander à la préfecture on peut pas le demander. Même les gens qui veulent demander un vol tout ça ils pevent pas. A cause de cette fermeture.

-Y a plus de ménage dans les chambres, le couloir, la salle de bain ou les toilettes.

-Y a pas d’hygiène ici: tout ce qui est savon, papier toilette, lame gillette, rasoir y a pas.

-Y a pas de test de coronavirus pour les nouveaux retenus qui arrivent y a pas. Ca exste pas ici. Y a pas de médecin au centre, ca existe pas un médecin qui va faire des test de coronavirus au centre. Les policiers ça se trouve, ils ramènent le coronavirus au centre.

-La cimade -l’association de soutien juridique- n’est pas là aujourd’hui et on ne nous dit rien.

-La nourriture, tout ce qui est de la bouffe tout ça, ils donnent des barquettes: la bouffe est degueulasse. On mange mal quoi.

-Sur les visites: Ils (la police) te laissent rien rentrer: ni la bouffe, ni le shampoing ni tout ce qui a lien avec l’hygiène il laisse rien à part argent et cigarette.

-Sur les soins: déjà c’est difficile d’habitude. Y a des gens qui sont diabétiques au centre, y a des gens qui ont ds maladies psychiatriques et des crises.

On demande la libération de tous les prisonniers et prisonnières. Mais y a personne qui réponds pour le moment, même la directrice n’a rien dit pour le moment.

Parce que pour le moment on est en danger. Si y a quelqu’un de malade tout le monde va être malade. Y a des gens malades et on mange pas bien alors c’est dur de guérir. Déjà les gens sont mal soigné. Le diabétique, les policiers ils ont déchiré son dossier médical.

On demande à être tous libéré. Et une vraie amélioration pour l’hygiène parce que tout est sale. On peut pas changer les couvertures. On a demandé ils (les policiers) “On va voir ce qu’on va faire”.

La police, elle s’en fout. Eux ils sont équipés. Ils ont des savons dans leurs poches et tout. Y a pas de sécurité médicale pour nous. On a même pas de savonnete pour se laver le visage le matin.

Y a une rumeur comme quoi c’est l’armée qui va remplacer la police aux frontières dans le CRA. Y a des policiers qui disent qu’ils ont peur et que c’est comme ça que ca va finir: “Dans deux-trois jours on arrête de travailler.” Nous on sait pas comment ça va se passer.

De toute façon le résultat pour nous c’est la misère, les policiers traitent les gens mal. Ils leurs parlent mal. Ils font comme ils veulent, genre c’est eux qui décident.

La nourriture est pas bonne, la police fait pas son travail jste ils parlent mal aux retenus tout ça. Tout est sale. Même si tu vis dehors tu peux pas vivre ici même pas 24 h.

Des prisonniers du CRA2 de Mesnil-Amelot, le 16 mars 2020

TEMOIGNAGE AU CRA DE LYON ST EX : GREVE DE LA FAIM FACE A LA SUPPRESSION DES VISITES ET DES AUDIENCES ET LA CRAINTE DES PRISONNIER-ES FACE AU CORONAVIRUS !

Des luttes sont en cours dans pas mal de prisons pour étrangèr.e.s contre les mesures liés aux coronavirus. On relaye un maximum de communiqué:

Plusieurs grèves de la faim ont lieu dans d’autres CRA (Lesquin, Vincennes, Mesnil-Amelot notamment) en ce moment même.
Liberté pour tou-te-s les prisonnier-e-s !!!!

 » Bonjour,

En fait nous on est au centre de rétention de Lyon.

On est en train de faire une grève de faim parceque ils nous a enlevé nos visites. Ya plus les tribunaux qui travaillent.

Et voilà, nous aussi euh on essaye de faire notre mouvement parce que nous aussi on a peur pour nos vies. Que le virus il rentre ici voilà. Nous on est enfermés ici et ya pas de mesures de sécurité ! Ya pas de médecins qui font on va dire des controles et tout ça.

Alors du coup tout le monde il a peur. Du coté retenu-e-s et du coté policier aussi. Tout le monde il a peur. Et voilà.

Jusque là on mange pas. Cet après-midi ils vont faire une réunion pour euh… décider qu’est-ce qu’ils vont faire avec nous quoi. Parce que même les policiers ils ont plus envie de venir travailler.
C’est ça le problème aussi.
Et voilà là on est en mouvement et on attend la réponse de l’après-midi.

C’est à peu près tout ce qui se passe ici. Et en plus ils nous ont enfermé tout le monde dans les promenades. On peut pas descendre ya rien du tout.

T’as dit ils nous ont enfermé dans quoi ?

En promenade, dehors. Ya pa un échange c’est fermé. Eux-même ils ont peur.

– Et quand tu parles des audiences, tu dis ya pas d’audiences ça veut dire quoi ?

Ca veut dire les tribunaux ils ferment. Ya plus de juges, ya plus d’avocats, ya plus rien du tout.
Aujourd’hui il y a des gens qui ont été labas. Yavait des juges mais ils ont dit qu’ils vont fermer. A partir de demain tout va fermer.
Aujourdhui yavait des gens qui ont été labas mais ya pas eu d’audiences.

Et en plus les visites elles ont été coupées, ya plus de visites parce qu’ils ont peur. J’sais pas nous on est [passage inaudible] ont sait pas quoi faire quoi. »

trouvé sur: crametoncra.noblogs.org