Témoignages depuis deux centres de rétention en IDF

Comme d’habitude et encore plus en période de pandémie de Covid19, l’accès au soin en CRA est inexistant, et nous publions ici deux témoignages de prisonniers qui le montrent bien : initialement enfermés tous les deux au CRA du Mesnil Amelot, l’un a été transféré à Plaisir, le « CRA Covid » où sont envoyés tous les testés positifs ; l’autre raconte la mobilisation collective mise en place pour tenter de faire venir les pompiers pour une personne gravement malade. Le test Covid sert visiblement uniquement d’outil de répression : quand des prisonniers refusent de le faire pour échapper à la déportation vers des pays exigeant un test négatif, ils sont envoyés en GAV et prennent parfois du ferme ; par contre quand ils demandent des tests pour des raisons de santé, suite à l’exposition à des cas positifs, on ne leur en donne pas.

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Nouveaux témoignages de prisonniers de Plaisir et Vincennes

Les voix à l’intérieur des CRA continuent de crier, faisons les sortir !
Vous pouvez communiquer à l’intérieur des CRA, et envoyer vos messages sur ce site. Ne laissons pas les personnes détenues seules !

Nous relayons ici deux témoignages reçu sur notre mail:

22 mars 2020, Paris Vincennes CRA 1 :

On parle avec vous tout les jours, il se passe rien, personne parle de nous. On vient comme des animaux. Tout le monde s’en fou

Y’a des gens qui sont malades, ils vivent avec nous.

Y’a des pigeons mort ici, ils nous ramènent le virus.

Ça fait 3 jours y’en a qui mangent plus, la bouffe elle est périmé. Ils mettent un autre ticket sur les vieux ticket, on enlève le ticket la bouffe est périmé depuis 3 jours. Bizarement pendant 3,4 jours on nous serre la même bouffe. Ils veulent nous tuer.

Tout les jours ils libèrent 10,15 personnes. Nous on est encore 28.

J’ai 58 ans je suis diabétique, je suis malade et ils laissent pas passer l’ambulance.

Ici ont a rien, on ramasse les mégots, ont se transmet les microbes.

On passe la nuit à pleurer ici, y a plus d’avion on fait quoi ici ?

Tout le monde souffre on pleure en larme.

Je connaît même pas mon pays on a la rage.

Il nous manque beaucoup de soutien, voila comment on vit.

22 mars 2020, CRA de Plaisir

On est vraiment dans la merde, on est 3

Ils nous laissent enfermés comme des chiens.

Les policiers ils nous disent faut patienter faut patienter

On est dans la merde, on va se suicider, ils s’en battent les couilles.

Nous ils nous ont pas libéré, on sait même pas pourquoi.

On pète les plombs

On a pas de medecin rien du tout

Je vous jure on va se suicider

Au CRA de Plaisir : violences, humiliations et provocations quotidiennes

Le CRA de Plaisir est une prison pour sans-papiers dans le 78, situé à l’intérieur même d’un commissariat. Fin septembre, les prisonniers avaient lancé une grève de la faim pour lutter contre l’interdiction des visites (les keufs avaient décidé arbitrairement de bloquer les parloirs pour les proches) et le refus de soin d’un prisonnier, qui devait être hospitalisé alors que la police refusait.

Les prisonniers, qui avaient écrit un communiqué sur cette histoire, ont subi une forte représsion : les flics avaient cassé la grève avec la force, en tabassant les gens, en les déportant et en les transferant dans d’autres CRA (des témoignages sonores ici).

Plaisir - Encore un jeune homme arrêté pour fraude à ...

Depuis, c’est toujours la merde. La situation reste très tendue. Il y a deux semaines, une personne a voulu se suicider avec ses draps. Le CRA est presque plein, 24 places prises sur 26. L’accès au soin, c’est du foutage de gueule. Le médecin et les infiermières ne donnent que du doliprane ou du tramadol, mais pas les médicaments que les retenus ont besoin alors meme qu’ils ont les ordonnances.

La nouriture n’est pas hallal et donc pleins de personnes ne peuvent pas manger. Ils apprennent à la dernière minute leur déportation ce qui est une énorme source de stresse pour tout le monde. Les violences des keufs sont quotidiennes, les humiliations et les provocations aussi, ils poussent vraiment les gens au bout dans l’impunité la plus totale, et ils déportent sans cesse. On relaie ici le témoignage d’un prisonnier qui raconte tout ça.

« C’est hard-core »

« Depuis le début ils jouent avec mes nerfs. Je me suis tapé contre le mur et je me suis fracturé le bras. C’était lent pour que l’ambulance vienne, je suis parti à l’hôpital, ils m’ont fait un plâtre. Après 4 jours, javais un rdv avec le chirurgien. »

Il raconte qu’il est descendu comme d’hab pour prendre ses médocs mais c’était un piège tendu par la police car à ce moment là ils lui ont dit qu’il avait un vol caché.

« J’étais choqué, j’ai vomi, j’avais envie de me suicider, j’étais mal mal mal. »

Quand il vomissait, il demandait à avoir un sac, les policiers ont d’abord refusé puis lui ont donné un sac percé.

« A l’aéroport j’ai refusé le vol, du coup je suis retourné au centre, j’étais à bout. Ils m’ont attaché dan une chambre avec mon platre, après une heure ils m’ont relaché. Ils m’ont mit le casque. »

Il avait été provoqué et insulté exprès pour pouvoir l’attacher dans la chambre. A l’isolement, il a été inconscient pendant au moins une heure. Après, les flics l’ont ressorti de la chambre.

« Ils m’ont fait nettoyer de force ce que j’avais vomi dans la voiture »