Résistances et virus : mise à jour sur les CRA de Mesnil, Vincennes et Oissel

Depuis début aout, une nouvelle vague de coronavirus a touché les prisonniers-ères sans-papiers enfermé.e.s dans pas mal de CRA, et des luttes et des grèves de la faim se sont diffusées de Mesnil à Marseille, de Nimes à Vincennes… Mais les préfs et les keufs, malgré le fait qu’une bonne partie des frontières sont encore fermées, continuent à enfermer celles et ceux qui n’ont pas les bons papiers, à mettre leurs vies en danger, et à les expulser (notamment vers la Roumanie et d’autres pays européens).

Dans cette situation merdique, les résistances individuelles et collectives n’ont jamais cessées. Du coté des associations qui interviennent dans les CRA, c’est le silence. Alors que pendant le confinement, elles avaient lancé des demandes de mises en liberté massives, désormais plus rien n’est fait dans ce sens-là. Voici une mise à jour sur la situation à Mesnil, à Vincennes et à Oissel, où une grève de la faim est actuellement en cours !

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  • Mesnil-Amelot

A Mesnil-Amelot, un prisonnier s’oppose à sa déportation, les flics réagissent en le tabassant, et un des keufs porte plainte contre lui. Après il est transferé, soi disant parce qu’il était positif au virus. Un copain du retenu, lui aussi enfermé à Mesnil, raconte ce qui s’est passé, et explique aussi que rien n’a été fait du coté de la Cimade (l’asso qui intervient dans le centre, mais qui depuis aout n’est plus physiquement présente à cause de la diffusion du virus dans le CRA).

” Ca s’est passé dans l’après midi, ils ont appelé E. au greffe, quand il est revenu il était paniqué parce qu’ils lui ont dit que c’était pour prendre l’avion. Il a été amené dans un avion presque vide, les flics lui ont dit “est ce que tu vas être tranquille ? si oui on te met pas les menottes”. Alors au début il était tranquille puis il a refusé d’y aller, et ensuite les policiers
l’ont éclaté. Ils l’ont ramené au CRA il était en sang, il est allé à
l’infirmerie.

A l’infirmerie, il a demandé l’article 24, c’est l’article qui permet
de porter plainte contre la police, tu dis ça et on t’amène les papiers pour porter plainte. Et là les policiers sont venus le voir pour lui dire “excuse nous, t’inquiète pas, porte pas plainte et on va s’arranger, tu seras libéré”. Nous on lui a dit de porter plainte quand même. En plus le flic a porté plainte pour coups et blessures. Après ça au moins 3 personnes ont refusé de descendre manger.

Ensuite à 18h15, à l’heure du repas, les flics sont venus le chercher à table et lui ont dit “vous êtes testé positif, prépare tes affaires l’ambulance attend” et ils l’ont emmené à Vincennes. Comme par hasard ! Là il est à Vincennes, il est sûr qu’il est pas positif, ils ont juste fait exprès de l’emmener après ce qu’il s’était passé.

Toute la journée on a essayé d’appeler la Cimade pour leur dire ce qu’il se passait, et comme par hasard ils répondaient pas. On est plusieurs à commencer à se dire qu’ils travaillent avec la police : hier E. avait appelé la Cimade pour savoir s’il y avait des vols, ils lui avaient dit “non non il n’y a pas de vol pour toi” et là le lendemain on vient le chercher. On n’a plus confiance en la Cimade.

Je connais une autre personne qui a réussi à pas partir comme ça : c’était un malien, il prenait un vol de Air Mali et dedans il y avait plein d’autres maliens. Il a commencé à crier, à dire qu’on le renvoyait de force, et il y a 5 ou 6 passagers qui se sont levés et ont commencé à s’embrouiller. Du coup il est descendu, ils l’ont ramené, ils lui ont cassé les dents, après ils l’ont libéré.

Les flics ici c’est tous des racistes. La majorité c’est des flics
d’extrême droite. J’en ai vu un qui a des tatouages de croix gammées, il fait exprès de les montrer.

On a essayé de demander aux copains enfermés à Vincennes si la personne qui a été transféré de Mesnil est avec eux, mais apparemment il n'est pas là-bas. Il est donc probablement en garde à vue, si quelqu'un.e a des informations n'hésitez pas à nous écrire !
  • Vincennes

Entre temps, une nouvelle personne a été testée positive au batiment 2A du CRA de Vincennes ce mercredi 2 septembre. Elle a été transférée dans un autre batiment (le 2B), qui depuis aout est utilisé comme lieu d’enfermement pour les prisonniers malades, sans qu’ils puissent recevoir de visites ou de la bouffe. Les personnes enfermées au 2B sont actuellement deux, dans des conditions très difficiles car en plus de l’isolement le suivi médical est complètement insuffisant.

Suite au test positif, tout le batiment 2A (15 prisonniers) a été mise en “isolement sanitaire” pendant 14 jour. C’est la deuxième fois en un mois.
Encore une fois, au lieu de libérer tout le monde, les préfs et les juges entassent les gens dans ces taules où le risque de contamination est énorme, et une fois qu’ils sont potentiellement positifs ils les mettent en isolement !
Voici le témoignage d’un retenu du 2A.

” Hier il [le prisonnier testé positif] est sorti d’ici, mais il reste dans le centre. C’est pas bien, il a touché tout, les douches et tout. Pourquoi ils laissent pas sortir les gens ici ? La police a dit qu’ils l’ont juste mis en quarantaine, mais ici ils ont rien fait.

Ici c’est pas bon le manger, si t’as pas argent, pas de cigarettes, la télé marche pas, le ping-pong est cassé… Moi j’ai un domicile en France, ma copine est française, j’ai un bébé, mais je peux pas sortir.

Tout le monde dans le bâtiment est en quarantaine maintenant, personne peut sortir, ils ont mis tout le monde en quarantaine pendant 15 jours. On est 15, deux personnes par cellule, mais personne peut sortir.

Il faut faire sortir les personnes, laissez sortir les gens ! “

  • Oissel

Au CRA de Oissel, près de Rouen, une grève de la faim qui concerne presque la totalité des prisonniers (23 grèvistes) est en cours depuis deux jours (mercredi 2 septembre). Il n’y a pas de test à l’entrée, quatre personnes sont malades, plusieurs ont de la fièvre. Une personne malade est en isolement, il a beaucoup de fièvre. Les autres refusent de faire le test et demandent la libération. Un prisonnier a pris 3 mois fermes pour refus de test, jugé hier (un retenu du CRA de Rennes à pris deux mois pour le même motif). Apparemment la personne de France Terre D’Asile ne voulait pas déposer de demandes de mise en liberté auprès du tribunal, mais les prisonniers ont mis la pression et elle l’a finalement fait.

A BAS LES CRA