Témoignages des camarades en grève de la faim à Mesnil

Témoignages sonores des camarades en grève de la faim au CRA de Mesnil Amelot, pendant l’émission Actualité des luttes de mercredi 20 novembre.

MOUVEMENT DE GREVE EN CENTRE DE RÉTENTION

Mise à jour de la situation à Mesnil : après 4 jours de lutte, la grève de la faim a été suspendue. Après avoir joué à l’apaisement, les keufs ont changé d’attitude : maintenant ils menacent et mettent de coups de pression aux camarades. Fouilles des chambres et fouilles à nu, interdiction de la cour et d’accès à la Cimade (l’association qui opère dans le centre)…

Ne laissons pas les flics faire leur sale boulot de représsion et d’isolement !

Soyons solidaires avec les prisonniers qui résistent !

Turin – Grève de la faim au CPR (CRA) de Corso Brunelleschi

Depuis vendredi 22 novembre, les prisonniers de la section « violette » du CPR (CRA en italien) de Corso Brunelleschi à Turin sont en grève de la faim. Ils ont écrit un texte collectif et appellent  les prisonniers des autres sections et les solidaires à l’extérieur à la solidarité et à la lutte.

On traduit ici leur communiqué, paru sur le blog Macerie (autistici.org/macerie). Les conditions d’enfermement qu’ils racontent sont à peu près les memes que celles des CRA français. Leurs révendications aussi.

La lutte contre les frontières n’a pas de frontière !

A bas les CRA, en France, en Italie et partout !

Nous, les retenus de la section violette du CPR de Corso Brunelleschi, demandons à la Direction de communiquer à la Préfecture que le jour 22/11/2019, tous les prisonniers entrent en grève de la faim pour protester contre les éléments indiqués ci-dessous :

  1.  Les temps de permanence pour l’identification sont trop longs (6 mois)
  2. Les conditions dishumaines dans lesquelles on est obligé de vivre
  3. Les lieux insalubres où nous sommes renfermés : des chambres c’est-à-dire des cellules sans fenêtres ni circulation d’air respirable, ce qui produit une manque d’oxygène
  4. Les douches et les toilettes que nous sommes obligés d’utiliser sont dégueulasses
  5. Le retard dans l’approvisionnement de la nourriture, qui arrive à 14h30 voire plus tard
  6. La bouffe est dégueuelasse
  7. Les produits hygiéniques sont quasi absents
  8. L’assistance sanitaire qui ne fonctionne pas
  9. Les passages au tabac de la part des agents
  10. Les 2,50 euros pour les achats ne suffisent pas
  11. Les couvertures ne sont pas lavées
  12. Les pièces qui font 4,20×9,60 mètres carrés, toilettes incluses, avec 7 personnes dedans.

Pour Mohammed et tou.te.s les autres

Vendredi 8 novembre, un prisonnier est décédé au centre de rétention de Vincennes. Il avait 19 ans, il était enfermé depuis 28 jours. Au matin, ses co-détenus l’ont découvert entre la vie et la mort dans son lit. Deux jours plus tard, un hommage lui a été rendu avec et par les prisonniers dans la cour du CRA :

« Quand on a su pour le jeune Mohammed, on a voulu lui faire un hommage, un genre une prière avec tout le monde. Au début on a demandé le pardon tout ça comme le veut la tradition islamique, et après on est allés voir tout le monde de toutes les religions et ceux qui n’ont pas de religion.

On a dit : on va faire un hommage symbolique dans la cour et on a vu que tout les prisonniers étaient d’accord, c’était avec plaisir pour eux. On a dit à midi tout le monde va chercher son ticket pour le restaurant et avant qu’il parte au restaurant pour manger il faut qu’il monte vers la cour comme ça il vient pour faire une prière, un hommage symbolique pour lui.

Comme ça fait un message pour les responsables ici, parce que cette histoire elle pourrait arriver à n’importe lequel d’entre nous. On a fait une petite prière debout, il y a un gars qui a lu un peu du coran et après il y a un demandé à un monsieur âgé il a 65 ans, il est d’origine de Russie, il est là, il est chrétien, il a fait un peu de prière avec la bible.

La police ils ont remarqué, ils sont venus ils ont dit « qu’est ce que vous préparez ? qu’est ce que vous préparez ? » ils voyaient qu’on va faire quelque chose de casse mais c’était juste un symbole pour le jeune tunisien et ça s’est passé tranquille après on a repris la normale.»

A l’extérieur aussi, il était important de faire quelque chose. Vendredi, nous étions plusieurs à vouloir nous rendre ensemble derrière le CRA de Vincennes pour faire un parloir sauvage (se rapprocher le plus possible des grilles et se faire entendre des retenus), crier notre solidarité aux personnes à l’intérieur et notre colère contre les CRA et les frontières qui tuent.

Mais les RG avaient visiblement intercepté l’info puisque 3 camions de flics étaient stationnés devant le CRA, et des flics en civil nous attendaient au RER et nous ont empêché de faire le parloir, confisquant au passage notre banderole.

On a donc décidé de remettre ça au dimanche soir : cette fois-ci on a pu se rapprocher du CRA et crier, les gens de l’intérieur nous ont entendu et ont répondu ; deux minutes après 3 camions de flics ont débarqué et nous ont nassé-es pendant quelques minutes, avant de nous raccompagner jusqu’au RER – nous on a crié nos slogans jusque dans le wagon.

Tout cela montre quand même que les flics et la préfecture sont sur les dents en ce moment : ils savent qu’une mort en CRA ne reste pas sans réaction ; ils ont peur des révoltes de prisonnier-es et ils ont peur des liens qui peuvent être faits entre intérieur et extérieur, et accentuent donc la surveillance et la répression des deux côtés.

Mais les camarades qui ont entendu le parloir depuis l’intérieur du CRA appellent à la solidarité et à la mobilisation  : « Il faut faire beaucoup de manifs ! tous les jours si c’est possible ! C’est pas croyable ce qu’il se passe ici ». Nous on est toujours plus déterminé-es : on reviendra!

Pour Mohammed et tou.te.s les autres, ni oubli ni pardon.

Liberté pour tou.te.s!

A bas les CRA!