« Les gens ont les pieds gonflés, tu peux pas vivre dans cet état-là » : au CRA de Vincennes, les personnes addict au crack manquent de soins

Dans son émission du 24 septembre, L’Envolée a discuté avec un prisonnier du CRA de Vincennes. Ils ont notamment parlé ensemble des rafles récentes des keufs à Stalingrad, qui ont conduit de nombreuses personnes sans-papiers et toxicomanes à être enfermées dans les CRA. Le copain retenu, déjà passé par les CRA  en 2010 et en 2014, constate aussi les changements de conditions d’enfermement et de répression à l’intérieur : l’absence d’accès aux soins, les matons qui débarquent à 4 heures du matin dans ta cellule pour empêcher toute résistance, les ELAC qui te scotchent pour t’amener à l’aéroport… On retranscrit ici son témoignage.

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Liens avec des prisonniers condamnés pour violences sexistes : des pistes de réflexions et d’actions

Depuis 3 ans que l’assemblée d’Ile de France contre les centres de rétention existe, il est arrivé qu’on soit confronté à des situations compliquées dans nos liens avec les personnes enfermées à l‘intérieur des CRA. Des retenus avec qui on était en contact avaient parfois été condamnés pour des violences sexistes et sexuelles (harcèlement, violences conjugales, agressions sexuelles, viols). La plupart du temps nous l’avons appris car la personne nous l’a dit elle-même (en général parce qu’elle avait été envoyée en CRA à sa sortie de prison), ou bien parce que sa compagne nous l’a dit. En mars 2021, suite à l’incendie ayant eu lieu au CRA du Mesnil-Amelot, 7 personnes sont passées devant le tribunal de Meaux : au cours du travail d’antirépression que nous avons tenté de faire, nous avons été confronté à leurs dossiers pénaux et appris que plusieurs d’entre eux avaient été condamnés pour des violences sexistes. Ont suivi de nombreux débats sur la forme du soutien que nous avions envie de leur apporter : si nous étions globalement tous.tes d’accord pour continuer le travail minimal d’antirep afin d’exprimer notre solidarité avec la révolte survenue en janvier, il n’y avait pas de consensus sur le fait de pousser le soutien plus loin (notamment maintenir une correspondance avec eux, aller en parloir, envoyer des mandats). Est ce qu’on avait vraiment envie de faire ça ? Si d’habitude, on part plutôt du postulat qu’on interagit avec les personnes en CRA en tant que personnes qui subissent le racisme d’Etat et l’enfermement, sans distinction quant à leurs parcours, que faire une fois que l’on sait que telle personne a commis un viol ou battait sa femme ? Dans le cas des prisonniers de l’incendie, nous avions appris les faits via le dossier judiciaire : est-ce qu’on voulait vraiment se baser sur le casier des gens, c’est-à-dire un produit de la police et de la justice que l’on rejette, pour construire notre action politique ? 

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« J’ai l’impression qu’on n’est que des chiffres » : un prisonnier du CRA du Mesnil-Amelot témoigne

Dans l’émission du 15 octobre 2021, L’Envolée a passé un coup de fil à un prisonnier au Mesnil-Amelot. Le copain est arrivé à l’âge d’un an en France. Ça fait 5 mois qu’il est en CRA – alors que la durée légale de rétention est officiellement de 3 mois. Selon lui, la fréquence des expulsions en ce moment est en hausse. Voici son témoignage.

« Y a pire dans le monde mais en réalité ça va pas trop. En ce moment les expulsions, ça n’arrête pas. Ils font des tirs groupés : ils prennent quelques Tunisiens et les envoie tous ensemble. Des fois, il n’y a plus de places dans les avions, alors y en a un ou deux qui reviennent sur les quatre partis. Sur le papier, on est censé avoir un peu plus de libertés qu’en prison; mais dans les faits, en CRA, on ne peut pas choisir ce qu’on veut manger. Quand on mange tout le temps la même chose, ça n’a plus de goût. On perd l’appétit, on n’a plus la force de manger. On est en stress. J’ai l’impression qu’on n’est que des chiffres. »

« Il y a des personnes qui n’ont rien à faire ici, qui sont arrivés en France à l’âge de 13 ans. Ils ont suivi une scolarité en France.  Ils n’ont pas le droit d’enfermer ces gens-là. Y a des gens, quand on entend leur histoire, on a envie de pleurer. Voir sa famille se faire assassiner devant soi… comment on peut vouloir retourner dans son pays après ça? Quand vous racontez ça, on vous dit que vous êtes un menteur. Les gens, ils sont partis pour sortir de la misère dans laquelle ils vivaient. Il y a des pays où c’est tendu actuellement. J’essaie de rester positif. Quand j’entends qu’à Haïti les enfants, ils mangent des galettes de terre, je me dis que je suis pas à plaindre. »

« Moi je suis arrivé à l’âge d’un an. Ma mère m’a laissé avec mes deux frères dans une famille d’accueil. Ma tante nous a récupérés. Je suis allé à l’école française. Je ne connais pas le pays dans lequel ils veulent m’envoyer. Je ne parle même pas la langue de mon pays. Là-bas, il y a la guerre. Pour moi, l’expulsion, c’est comme une mise à mort. »

« A chaque avion qui décolle, on panique. On tremble. Toutes les dix minutes, j’ai peur. J’appréhende qu’on m’annonce une mauvaise nouvelle. Ils viennent te chercher dans ta chambre à 4 heures du matin comme s’ils venaient te perquisitionner. Après t’arrives à l’aéroport, tu te dis que tu vas pouvoir refuser le vol à ce moment, mais en fait tu te retrouves face à une équipe de ninjas prêts à te ligoter. »

« A l’intérieur, j’ai vu des actions de solidarité que j’avais jamais vu à l’extérieur. Comme j’ai aussi vu la misère pousser des gens à se faire du mal à l’intérieur. Il y a énormément de bagarres ici. Un mec s’est embrouillé avec des gens d’un autre bâtiment. Les surveillants ont organisé son tabassage en le transférant dans la zone où se trouvaient les gens avec qui il s’était embrouillé. »