La justice en boucle pour enfermer… Retour sur le procès d’une révolte

Vendredi 5 mars 2021 avait lieu au tribunal de Meaux le procès des personnes inculpées pour la révolte du CRA du Mesnil-Amelot (https://abaslescra.noblogs.org/le-cra-du-mesnil-en-feu-7-revoltes-en-proces-soutien-a-la-rebellion-en-reunion/). On y était présent.es, pour soutenir les révoltés et les luttes des prisonnier.es en général !
On a déjà beaucoup parlé de la révolte qui a eu lieu en janvier. Pour un rappel des faits, n’hésitez pas à lire cet article : https://abaslescra.noblogs.org/les-prisonnier-es-dans-les-cra-se-rebellent-soyons-solidaires-appel-pour-une-reunion-publique-samedi-23-janvier/.
Depuis, l’Assemblée contre les CRA Paris-IDF a organisé, en soutien, une réunion publique, une cantine et un rassemblement devant le tribunal le 5 mars. Le but : que soient visibilisés au maximum la révolte et les conditions d’enfermement dégueulasses, ainsi que la criminalisation du refus des tests PCR et le doublement des 90 jours de rétention (https://abaslescra.noblogs.org/les-tests-covid-un-nouvel-outil-de-criminalisation-ou-comment-letat-reussit-a-doubler-le-temps-de-retention/). 
Devant le tribunal on était une quarantaine de personnes venues pour soutenir les inculpés de la révolte. On n’a pas pu rentrer, les jauges Covid étant un bon prétexte pour supprimer la publicité des audiences ; la bonne dizaine de policiers présents devant les portes nous ont donc repoussé.es.

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Opération policière au Marbré et amendes du 27 février : réunion pour contester ensemble les amendes

Samedi 27 février dernier, nous organisions une cantine au Marbré afin de soutenir les personnes incarcérées à Meaux suite à l’incendie du CRA du Mesnil Amelot en janvier.
Le Marbré est un squat d’habitation et d’organisation politique, ouvert depuis septembre 2020. Lors de la cantine les keufs avaient profité de la présence de dizaines de personnes pour intervenir sous le prétexte de « fête illégale » et « mise en danger de la vie d’autrui » (voir https://fr.squat.net/2021/02/27/montreuil-93-expulsion-du-marbre/); une centaine de flics avaient encerclé le lieu et avaient fini par rentrer en enfonçant la porte au bélier. La quarantaine de personnes à l’intérieur avaient été soumises à un contrôle d’identité : malgré une stratégie collective visant à refuser le contrôle ou donner de faux blazes, plusieurs personnes ont été fouillées et les keufs ont trouvé leurs papiers et leur ont collé des amendes.
Ce contrôle a d’ailleurs été l’occasion de constater le pouvoir toujours plus grand des moyens technologiques des keufs sur nos tentatives de passer entre les mailles du filet du fichage : plusieurs personnes ont donné une identité « écorchée » (quelques lettres changées dans le nom, un chiffre dans la date de naissance, etc) et les keufs ont pu retrouver leur vraie identité dans les fichiers (FPR, TAJ ?) ; au moins une personne a refusé le contrôle, a été prise en photo et identifiée grâce à un logiciel de reconnaissance faciale sur les tablettes des flics.
Depuis, nous sommes plusieurs à avoir reçu des amendes pour « réunion interdite ». Contre le fichage et contre l’extension des pouvoirs des keufs grâce aux mesures sanitaires, qui tous les jours depuis un an limitent de plus en plus nos capacités d’organisation et de lutte, nous souhaitons nous organiser pour contester ensemble ces amendes.
Nous appelons donc toutes les personnes ayant reçu une amende à une réunion au Marbré le mardi 23 mars à 18h. 

Témoignage d’Aly, enfermé au CRA de Lesquin – « C’est pas facile de rester comme ça sans rien ! »

Les ami.es du Nord nous ont envoyé cet entretien avec Aly, prisonnier au CRA de Lesquin.  On le publie ici.

Du coup pour commencer, si ça te va, tu peux peut-être te présenter ?

Ah d’accord, je m’appelle Aly. J’ai vingt ans. Je suis venu en Europe depuis 2016 avec un monsieur qui m’a aidé pour venir. Dès qu’on est rentré en Italie, c’est lui qui a fait toutes les démarches par rapport à l’asile mais moi je ne savais pas qu’il avait demandé l’asile pour moi. Ils m’ont pris mes empreintes sur la machine. J’ai demandé pourquoi, ils m’ont dit que c’était pour savoir le nombre de personnes qui rentrent en Italie. Ils m’ont pas dit que c’était pour une demande d’asile, moi je ne savais rien de tout ça. Je suis arrivé en Europe à l’âge de 15ans. Je ne suis même pas resté plus de trois semaines en Italie après je suis venu en France. À la gare, un monsieur m’a dit qu’il connaissait une association qui s’occupait des enfants, qui s’occupe des mineurs et il m’a montré là-bas c’est EMA [Évaluation Mise à l’Abri, chargée de l’évaluation des mineurs non accompagnés]. J’ai été accepté et après j’ai été transféré à Valenciennes. Là-bas j’ai fais deux ans de CAP. J’ai eu le diplôme et après j’ai fais encore un an de CAP plomberie. Maintenant je suis en train de terminer mon Bac Pro en finition de bâtiment. Donc ça fait cinq ans que je suis en France et personne ne peut dire que j’ai fait des choses de mal. Depuis que je suis ici moi j’ai seulement été à l’école parce qu’en Guinée ma mère n’avait pas de possibilité de m’envoyer à l’école. Quand je suis arrivé ici et que j’ai pu aller à l’école, je me suis fort motivé. Moi j’ai envie de rester en France. Quand on est jeune, l’éducation c’est très important. Maintenant la question c’est de me libérer pour que je continue mon Bac Pro.

D’accord, et tu peux nous expliquer un peu comment tu t’es retrouvé au centre de rétention ?

Oui la première fois qu’on m’a arrêté c’était fin 2020. J’étais en train de quitter le stage, ils m’ont arrêté devant la porte. Ils m’ont amené au centre de Calais (Coquelles). Après je suis passé devant le JLD [Juge des Libertés et de la Détention] qui m’a libéré avec une assignation à résidence. J’ai toujours respecté d’aller signer. Un jour le commissariat, ils m’ont convoqué pour me dire qu’ils ont réservé le billet pour que je rentre chez moi. J’y suis allé avec mon prof d’anglais. Ils ont dit qu’il y avait un billet pour moi à Paris mais c’est pas obligatoire. Si tu as envie, il y a les papiers tu peux les signer. Si j’ai pas envie, c’est pas obligatoire, je ne dois pas signer les documents. J’ai dit que je ne voulais pas retourner en Guinée parce que un je n’ai pas de parent là-bas et deux ma vie est en danger. Je veux rester en France et continuer mes études. Le policier a tout noté et il m’a dit qu’il le donnait au sous-préfet. Après ça, le 5 février les policiers ils sont venus chez moi à 06h05. Ils sont rentrés dans ma chambre comme si on était en guerre ou si j’étais un criminel recherché.

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