- La simplification des procédures d’expulsion et de la collaboration entre Etats (art 7) : un Etat peut expulser une personne sur la base d’une décision prise par un autre Etat (l’Italie pourrait par exemple, sans nouvelle procédure, expulser une personne qui fait l’objet d’une OQTF en France)
- L’allongement de l’interdiction d’entrée sur le territoire européen, qui peut être permanente dans le cas d’un supposé « risque de sécurité » (art 16) expliciter un peu c’est quoi?
- Le renforcement du flicage et de la répression, avec mention notamment d’une « obligation à coopérer » (art 21 et 22) en gros tu dois participer activement a ton processus d’expulsion.
- La restriction du droit de recours : entre autres le recours contre la mesure d’expulsion ne suspend plus automatiquement la procédure d’expulsion (art 28), et n’est même plus du tout suspensif quand une personne est considérée comme présentant un « risque de sécurité » (art 16)
- Externalisation de l’enfermement par la création de taules dans des pays hors de l’UE (art 17) : il s’agit de poser un cadre pour que les Etats de l’UE, ou l’UE elle-même, passent des accords avec d’autres Etats pour y renvoyer les personnes qu’ils veulent expulser. Il s’agirait concrètement d’envoyer des personnes dans des taules appelées cyniquement « hubs de retour » dans des pays qui n’ont rien à voir ni avec là où elles vivent, ni avec là d’où elles viennent, sur le modèle des accords conclus entre l’Italie et l’Albanie ou entre les Pays-Bas et l’Ouganda.
- Toujours plus d’enfermement : les catégories de recours à l’enfermement sont élargies (art 29), avec évidemment une insistance sur les personnes « présentant des risques pour la sécurité » (art 16), mais aussi des personnes présentant « un risque de fuite » (art 30), deux catégories très floues et très larges (il suffit par exemple de ne pas avoir de logement fixe pour présenter un risque de fuite).
- Les enfants peuvent également être détenus, et les visites soumises à des autorisations.
- Allongement de la durée de la rétention jusqu’à 24 mois (art 32), alors qu’elle était jusqu’ici de 18 mois maximum dans l’Union Européenne . À noter que la durée maximale de rétention est considérée par Etat membre : il serait donc possible de passer 24 mois en détention dans un Etat, puis la même durée dans un pays voisin. A noter qu’après l’expiration du délai, les mesures alternatives à la rétention sont elles aussi encore applicables (obligation de se présenter régulièrement aux autorités, remise de documents d’identité, recours à la surveillance électronique, obligation de résider dans un lieu désigné, etc.
Les frontières tuent et ce n’est pas un accident : c’est un choix politique
Ce règlement, et l’ensemble des mesures racistes qui passent en ce moment ne nous étonnent pas. Nous n’attendons pas des lois qu’elles viennent sauver qui que ce soit, et surtout pas ceux qui sont déjà aux marges de ce système. Il ne s’agit pas d’un dérapage sécuritaire mais bien d’une politique impérialiste inhérente au projet même de l’Europe, grâce auquel elle s’est construite et se maintient.
Pourtant, nous pensons qu’il est important de se positionner par rapport à ce règlement. Les durées de rétention s’allongent mois par mois, les droits acquis sont retirés un à un, les outils de surveillance sont utilisés à des fins de plus en plus répressives. Les morts aux frontières n’étonnent plus, les morts dans les CRA passent inapperçues.
On a du mal à discerner les points de rupture dans ces politiques car on est noyé.e.s par les différentes lois et mesures qui s’accumulent depuis des années ; mais il faut continuer à parler de ces violences étatiques, même si elles ne nous surprennent plus. Passer par la lutte et l’organisation collective est indispensable pour s’opposer à l’appareil pénitenciaire et judiciaire de l’Etat. Il nous semble nécessaire d’affirmer notre colère face à ce texte, et de proposer des espaces de mobilisation dans les semaines à venir, en vue de l’application du Pacte Asile le 12 juin, et potentiellement du règlement retour à la meme date.